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Demandeurs d'asile: le Canada «n'est pas la terre promise», selon un conseiller de la Ville de New York

Mathieu Eugène était en visite à Montréal pour en apprendre davantage sur la situation des nombreux demandeurs d'asile haïtiens.

15/08/2017 19:40 EDT | Actualisé 15/08/2017 19:42 EDT
Pacific Press via Getty Images

Un conseiller de la Ville de New York d'origine haïtienne compte informer ses «frères et sœurs haïtiens» des États-Unis que le Canada «n'est pas la terre promise» comme certains le pensent en franchissant illégalement la frontière canado-américaine.

«La réalité, c'est qu'ils n'ont pas reçu la bonne information», a laissé tomber le conseiller Mathieu Eugène, qui était en visite à Montréal mardi pour en apprendre davantage sur la situation des nombreux demandeurs d'asile haïtiens qui sont hébergés temporairement dans la métropole.

«Ils sont convaincus que les portes sont ouvertes, qu'il y a de l'espoir et qu'ils vont rester ici au Canada», a-t-il ajouté lors d'une conférence de presse à la Maison d'Haïti.

M. Eugène a assuré qu'il donnera l'heure juste aux Haïtiens de New York à son retour et qu'il les incitera à y «penser dix fois» avant de faire leur traversée.

Selon le conseiller américain, les Haïtiens habitant aux États-Unis sont grandement préoccupés par une lettre envoyée par le gouvernement américain les informant qu'ils devraient se préparer à retourner en Haïti après l'expiration d'un statut de protection temporaire en janvier prochain.

De plus, des «rumeurs» circulent aux États-Unis selon lesquelles le Canada serait une terre d'accueil parfaite pour eux. M. Eugène a aussi relevé que plusieurs Haïtiens ont déjà des membres de leur famille au Canada, qui pourraient les encourager à les rejoindre.

«Je vais leur dire : "Ce n'est pas la terre promise comme vous pensez." Évidemment, nous remercions le Canada d'avoir donné le (soutien) humanitaire à ces Haïtiens, mais alors personne ne sait quels seront exactement le résultat et le futur de ces Haïtiens», a-t-il soutenu.

M. Eugène n'est toutefois pas allé jusqu'à dire qu'il allait les «décourager» à venir.

«Il serait vraiment difficile de les décourager ou (de leur éviter) cette décision de venir au Canada. Je ne peux pas contrôler tous les Haïtiens qui sont à New York», a-t-il déclaré.

M. Eugène a assuré qu'il travaillerait d'arrache-pied pour que l'administration Trump prolonge une fois de plus le statut de protection temporaire accordé aux Haïtiens depuis le tremblement de terre dévastateur de 2010.

Bien que plusieurs années se soient écoulées depuis le séisme, la situation en Haïti demeure «trouble», selon M. Eugène, ce qui peut expliquer pourquoi ces migrants ne veulent pas retourner chez eux.

Et il faut beaucoup de temps pour que le pays se remette véritablement de ce drame, a-t-il expliqué, ajoutant que ses compatriotes tentaient seulement de «survivre». S'ils avaient le choix, ils resteraient aux États-Unis, ils ne migreraient pas vers le Nord, a-t-il ajouté.

En date du 14 août, 2943 demandeurs d'asile étaient hébergés temporairement dans la grande région de Montréal, selon le ministère québécois de l'Immigration.

Inquiétude sur les conditions des ressortissants

La Maison d'Haïti a d'ailleurs fait part de ses inquiétudes sur les conditions dans lesquelles sont hébergés les demandeurs d'asile.

«On reçoit relativement bien les Haïtiens en leur donnant de la nourriture, etc. Mais on se demande s'il n'y aurait pas lieu de faire mieux», a déclaré Chantal Ismé, vice-présidente de la Maison d'Haïti.

«Quand on pense que la plupart de ces personnes qui sont sous les tentes ont fui des conditions de vie sous des tentes après le séisme. On peut se poser la question : est-ce que ça ne risque pas de réveiller des traumatismes?»

Mme Ismé rappelle que l'arrivée massive de migrants n'est pas une première dans l'histoire du Québec. «Mais c'est la première fois qu'on donne cette réponse», a-t-elle fait remarquer.

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