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Le projet de recherche Horizon: héberger les victimes d’exploitation sexuelle pour mieux les aider

Une ressource de logement sera offerte aux victimes pour leur permettre de sortir du milieu criminel.

14/08/2017 12:56 EDT | Actualisé 14/08/2017 12:58 EDT
gremlin via Getty Images

Grâce au travail de l'organisme, La Sortie, les victimes d'exploitation sexuelle pourront voir une première lumière au bout du tunnel. Le projet de recherche Horizon venant tout juste de lancer vise à développer un modèle d'intervention en logement — à Montréal et dans le reste de la province — pour ces femmes et hommes en détresse. Une première étape cruciale vers leur réinsertion sociale.

Un premier pas vers la liberté

Ronald Lepage est directeur La Sortie, un organisme fondé en 2013 et dont les rôles sont la sensibilisation (quant aux besoins des victimes), la recherche et l'intervention auprès des personnes victimes d'exploitation sexuelle.

Horizon, le projet de recherche que son équipe vient de lancer, vise à développer un modèle d'intervention en logement de façon à offrir aux victimes une porte de sortie du milieu criminel.

« Au départ, l'organisme a été fondé dans cet objectif ultime : créer une ressource d'hébergement pour les victimes, affirme Ronald Lepage. Le conseil d'administration travaille activement, depuis 2012, sur ce point précis, car nous nous sommes rendu compte qu'aucune ressource disponible n'était propre aux femmes dans ce milieu. »

Le directeur et fondateur affirme que l'hébergement est la première étape que ces femmes et ces hommes doivent franchir afin de se sortir de ce milieu. Ils pourront ensuite se diriger vers un processus de réinsertion sociale.

« Plusieurs de ces jeunes gens ont perdu leur identité, ajoute-t-il. C'est ce qui arrive quand tu vis dans la peur constante, que tu es exploité et qu'on te dit comment agir, comment penser... C'est un contrôle qui est si grand sur la personne qu'après, la victime a beaucoup de difficulté à penser par elle-même et à être rationnelle. Il y a tout un travail de stabilisation à faire lorsqu'elle arrive chez nous, car plusieurs victimes refusent d'accepter ce qu'elles ont vécu. Il y a beaucoup de travail à faire, mais pour nous cela est plus qu'un travail, c'est une mission. »

Selon une récente étude du Conseil du statut de la femme, 89 % des travailleuses du sexe souhaitent quitter le milieu.

Dans le cadre du programme de contribution contre les crimes graves et le crime organisé, Sécurité publique Canada avait fait un appel de sélection auprès de six organismes à travers l'est du Canada susceptible de lancer un projet de recherche dans le but de créer un modèle d'intervention en logement pour les victimes d'exploitation sexuelle. C'est ainsi que l'organisme La Sortie a été sélectionné.

« Nous faisions déjà beaucoup d'activités de promotion du besoin des ressources d'intervention, notamment en logement. On est d'ailleurs toujours en période de financement. On a une résidence qui nous attend, faisant l'objet d'une offre d'achat. Le lancement du projet de recherche signifie l'éclosion de cette maison d'hébergement », ajoute le directeur.

C'est le Dr Eric Latimer qui agira à titre de chercheur responsable du projet. Le professeur, titulaire au département de psychiatrie à l'université McGill, se spécialise dans le développement d'offre de logement pour les personnes vulnérables. Il est l'homme à l'origine de la politique en logement en itinérance au Canada.

La recherche débutera en septembre notamment avec les entrevues avec les survivantes et les intervenants. Ensuite, on travaillera sur la confection du modèle d'intervention en logement. Puis, il faudra communiquer et mobiliser les partenaires désirant s'inscrire à l'intérieur de cette offre précise et répartir les ressources selon les besoins, à travers la province.

À la suite d'une tournée des divers centres du Canada, Ronald Lepage et son équipe affirment « qu'on a tout intérêt à s'inspirer de cette diversité pour pouvoir l'offrir à notre tour, au Québec. Il peut, par exemple, y avoir de l'hébergement avec services, sans service (autonomie complète, sans intervention) ou encore avec une structure de communauté à travers la résidence. On existe aussi des modèles de logements avec ou sans accompagnement, tout comme des services à l'extérieur ou directement à la résidence. Il existe de nombreux modèles. »

Un témoignage inspirant

Aujourd'hui bénévole au sein de l'organisme La Sortie, Chantal a été escorte afin de payer loyer et nourriture lorsqu'elle s'est fait mettre à la porte de la maison familiale à l'âge de 17 ans.

« J'ai quarante ans et je me suis retrouvée dans le domaine de la prostitution il y a environ vingt ans, explique-t-elle. La Sortie n'existait pas à l'époque, mais j'ai connu l'organisme il y a un an alors qu'il voulait acheter une maison dans mon quartier pour en faire un centre d'hébergement pour accueillir les jeunes filles qui sortent des gangs de rue. J'ai pris parole en faveur du projet lors du conseil d'arrondissement. J'ai parlé devant tout le monde en disant que ces jeunes filles sont des personnes normales qui ont simplement besoin d'aide. Qu'après, elles vont devenir des êtres humains normaux, comme n'importe qui d'autre sur Terre. Qu'elles ont juste besoin d'un coup de main pour devenir de bonnes personnes. C'est ce qui m'est arrivé. »

L'organisme lui a tout de suite demandé de devenir leur message d'espoir à offrir à ces jeunes filles. « J'ai accepté, car j'ai envie de leur expliquer que malgré ce qu'elles vont avoir vécu pendant ce court ou ce plus long moment difficile, il y a de belles années à venir à vivre, qu'elles peuvent être heureuses, ajoute-t-elle. Mais que cela prend des outils pour le faire et des filles qui veulent s'en sortir. C'est ce que La Sortie propose et c'est ce qui va permettre à ces jeunes filles de s'en sortir, après avoir vécu cet enfer. Ce n'est qu'une minime partie de la vie qui a été un enfer, mais il reste tout un paradis à aller chercher ensuite. »

Les organismes œuvrant auprès des mineurs qui se prostituent estiment qu'environ 4 000 filles et garçons, âgés de 12 à 25 ans, seraient engagés dans des activités sexuelles commerciales à Montréal seulement. « Probablement plus, car les plusieurs personnes ne s'identifient pas comme des victimes », ajoute Ronald Lepage.

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