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L'expulsion d'un journaliste indépendant suspendue par la justice russe

Attaque contre la liberté de presse

08/08/2017 13:30 EDT | Actualisé 08/08/2017 13:32 EDT
Reuters

L'expulsion vers l'Ouzbékistan d'Ali Ferouz, journaliste au média indépendant russe Novaïa Gazeta, a été suspendue mardi par la justice russe dans l'attente de l'examen de sa plainte par la Cour européenne des droits de l'Homme (CEDH).

M. Ferouz, 30 ans, est maintenu jusqu'à nouvel ordre en détention provisoire.

Arrêté la semaine dernière par la police lors d'un contrôle d'identité, il avait été condamné à être expulsé vers l'Ouzbékistan et avait tenté de s'automutiler lors de l'examen de son dossier par un tribunal moscovite.

Un autre tribunal moscovite a annulé mardi cette décision et ordonné le maintien du journaliste dans un centre de détention provisoire le temps que la CEDH statue sur son cas, selon la décision du juge citée par l'agence Ria Novosti.

Cette décision a été saluée comme une "étape positive" par l'ONG Amnesty International.

"Cependant, la prolongation de la détention (d'Ali Ferouz) malgré le fait qu'il affirme avoir été battu est scandaleuse", a déclaré dans un communiqué Denis Krivocheïev, directeur adjoint d'Amnesty International pour l'Europe et l'Asie centrale.

"Il n'a commis aucun crime et il pourrait s'écouler des mois voire des années avant que la Cour européenne des droits de l'Homme ne prenne une décision", a-t-il souligné, appelant à sa libération immédiate.

Militant en faveur des droits de l'homme, Ali Ferouz craint d'être torturé en Ouzbékistan en raison de son homosexualité et de ses activités, selon l'un de ses avocats, Filip Chichov.

L'ONG Human Rights Watch avait estimé qu'il serait exposé à "de graves risques" s'il était renvoyé en Asie centrale et que la Russie avait "l'obligation de protéger" le journaliste.

De nationalité ouzbèke, Ali Ferouz, de son vrai nom Khoudoberdi Nourmatov, est né en Russie où il a vécu jusqu'à ses 17 ans quand il est parti vivre en Ouzbékistan, selon Amnesty International.

Le journaliste a quitté précipitamment le pays en 2009, après avoir été "détenu et torturé", affirme Novaïa Gazeta.

Le journal affirme qu'Ali Ferouz a perdu son passeport ouzbek en 2012. Devant l'impossibilité de rentrer en Ouzbékistan sans prendre de risques pour sa vie, il n'a pas réussi à obtenir un nouveau passeport.

En 2014, il avait déposé une demande d'asile en Russie, qui lui a été refusée. Arrêté une première fois en mars 2017, il avait été relâché mais avait dû être hospitalisé à cause du "stress", selon Novaïa Gazeta.

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