POLITIQUE

Ahuntsic-Cartierville: une maison patrimoniale «très rare» détruite faute d'entretien

Une contamination fongique sévère affecte toute la structure de bois

07/08/2017 15:37 EDT | Actualisé 08/08/2017 10:44 EDT
Olivier Robichaud

Une maison du secteur patrimonial du Sault-au-Récollet sera bientôt détruite malgré un énoncé soulignant sa valeur patrimoniale. Le nouveau propriétaire promet de respecter l'architecture du secteur lors de la reconstruction.

La petite rue Saint-François-d'Assise, dans l'arrondissement Ahuntsic-Cartierville, mène directement au parc-nature de l'île-de-la-Visitation. La dernière maison au bout, un petit cottage coquet style néo-Tudor, se trouve toutefois dans un état de dégradation avancée.

«Il y a une contamination fongique sévère qui affecte toute la structure de bois», souligne Jocelyn Duff, qui a acquis la propriété en 2016.

L'ancien propriétaire, aujourd'hui décédé, a quitté les lieux en 2015. La propriété a fait l'objet d'un énoncé d'intérêt patrimonial l'automne dernier, mais cela n'a pas empêché la succession de l'ancien occupant de laisser l'endroit à l'abandon. Depuis son départ, le sous-sol a été inondé et les dégâts n'ont pas été nettoyés. Une partie du toit est aussi défoncée. Les champignons et les moisissures ont envahi la maison.

Pas la première fois

Le Conseil du patrimoine de Montréal (CPM) souligne que l'édifice est «une maison singulière, dont le caractère pittoresque puisant au vocabulaire architectural néo-Tudor constitue un exemple très rare à Montréal». L'organisme a toutefois accepté la demande de démolition vu l'état de l'immeuble.

«Le CPM déplore être encore une fois confronté à cette problématique, où la démolition d'un bâtiment patrimonial est inévitable en raison de son manque d'entretien. [...] Le CPM est d'autant plus préoccupé par la demande puisqu'il ne s'agit pas du premier cas de démolition pour cause de négligence à l'intérieur du site patrimonial de l'ancien village du Sault-au-Récollet», lit-on dans le rapport déposé au comité exécutif de la Ville de Montréal.

M. Duff, lui-même architecte, promet de rebâtir la maison dans un style qui s'harmonise mieux avec le reste du secteur. Il estime toutefois que la Ville pourrait en faire plus pour éviter ce genre de situation.

«Il faudrait qu'il y ait une aide financière au bon moment avec un accompagnement des propriétaires, affirme-t-il. Ce sont souvent des personnes âgées qui sont propriétaires et ils n'ont pas les sous pour faire les réparations [avec les critères imposés pour un immeuble patrimonial]», affirme-t-il.

Une suggestion reprise par le CPM dans son rapport.

«Le CPM souligne l'importance de l'enjeu social et patrimonial lié au manque de ressources financières des propriétaires pour assurer l'entretien d'un bâtiment d'intérêt. Il espère qu'à l'avenir, la Ville sera plus proactive afin de contrer la négligence dans l'entretien des bâtiments situés dans un site patrimonial.»

Rappelons que la Ville a créé un registre des bâtiments d'intérêt patrimonial en 2015, à la suite de la destruction de la maison Redpath. Environ 3000 sites ont été identifiés. Ce printemps, le comité exécutif a annoncé que Montréal ira plus loin en dressant un portrait des immeubles patrimoniaux vacants ou vulnérables.

La Ville offre aussi une subvention pour des travaux de restauration de plus de 5000 $ par le biais du Programme d'aide à la restauration et à la rénovation des bâtiments à valeur patrimoniale.

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