POLITIQUE

Le «cadeau» de la Chine pour un projet Canada 150 est plus compliqué qu'il n'y paraît, selon un expert

Influencer les politiques canadiennes... par l'horticulture?

01/08/2017 18:25 EDT | Actualisé 01/08/2017 18:26 EDT

OTTAWA – Les agences canadiennes ont fait preuve de naïveté en travaillant avec la Chine, qui s'est insérée dans un projet de Canada 150, selon un expert des relations sino-canadiennes.

Le professeur agrégé en science politique Charles Burton a dit au HuffPost Canada que la « participation chinoise très dominante » dans une exposition horticole à Gatineau cet été est une autre preuve de la « tentative [du régime] d'influencer les politiques canadiennes ».

À travers la rivière de la colline du Parlement, l'exposition gratuite MosaïCanada 150 invite les touristes à marcher à travers des jardins qui dépeignent des thèmes canadiens – comme Anne aux Pignons verts, un agent de la GRC à cheval, le Canada qui marque le but gagnant contre l'URSS au hockey en 1972. Chaque province y est représentée, et il y a un grand jardin qui illustre des scènes autochtones.

Mais parmi les macareux de Terre-Neuve, un homme qui cherche des pépites d'or et les vaisseaux des trois voyages de Jacques Cartier, l'on trouve deux projets monumentaux qui dépeignent l'imaginaire iconique chinois – des dragons qui dansent et des lions de célébration – commandités par la Chine. Aucun autre pays n'y est représenté de la sorte.

ALTHIA RAJ/HUFFPOST CANADA

La participation de la Chine au projet arrive au moment où les fonctionnaires canadiens et chinois sont en discussions pour une possible entente de libre-échange – une troisième ronde a commencé cette semaine à Pékin. Des consultations publiques, qui ont pris fin en juin, ont été critiquées parce que le gouvernement tente de balayer sous la table les défis de faire affaire avec un régime suppressif.

Le nouvel ambassadeur canadien en Chine, John McCallum, prévoit revenir au Canada à toutes les six à huit semaines pour expliquer aux Canadiens l'importance des relations entre la Chine et le Canada. Le gouvernement Trudeau est aussi activement impliqué dans un projet de deux ans, financé par d'importantes corporations, pour changer l'opinion publique en faveur d'une entente de libre-échange, selon le Globe and Mail.

Les Chinois font eux aussi leur part de lobbying.

Quatre députés du Parlement – les libéraux Rob Oliphant, Pam Damoff, Geng Tan, ainsi que le conservateur Michael Cooper – sont en Chine pour un voyage commandité par le Chinese People's Institute of Foreign Affairs, un organisme gouvernemental. Dans un courriel, M. Oliphant, qui représente une circonscription torontoise avec une population chinoise grandissante, a dit qu'il s'agissait de la première délégation canadienne, même si l'institut finance une quinzaine de voyages de ce genre par année pour les Américains.

ALTHIA RAJ/HUFFPOST CANADA

MosaïCanada 150 a reçu des millions de dollars des contribuables : 5,2 millions$ de Patrimoine Canada, deux millions $ de Tourisme Québec et deux millions $ de la Ville de Gatineau.

La porte-parole de l'organisation Mosaïcultures internationales de Montréal, Kim Murray, soutient que la Chine n'a pas payé pour faire partie de l'exposition horticole, mais avait offert ces œuvres en « cadeau » au Canada.

« Ce sont des horticulteurs spécialisés en mosaïcultures de Shanghai et de Pékin qui nous ont approchés. En raison de leur récente contribution à l'histoire canadienne et leur affection pour notre pays, ils voulaient offrir leurs mosaïcultures aux Canadiens comme un hommage, a-t-elle dit. Tous les coûts reliés à leur travail ont été défrayés par la Chine. »

Ce texte initialement publié sur le HuffPost Canada a été traduit de l'anglais par Catherine Lévesque.

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