POLITIQUE

Formule E: au moins 2,5 M$ moins cher au circuit Gilles-Villeneuve

28/07/2017 15:25 EDT | Actualisé 30/07/2017 11:30 EDT
Dan Istitene via Getty Images
La Formule 1 au circuit Gilles-Villeneuve, 11 juin 2017.

Montréal aurait pu économiser entre 2,5 M$ et 7,5 M$ pour la Formule E si la course avait été organisée sur le circuit Gilles-Villeneuve, selon des calculs effectués par le HuffPost Québec à partir des chiffres de la Ville.

Mercredi, la Ville de Montréal a estimé qu'entre 10 M$ et 15 M$ seraient nécessaires pour modifier le circuit Gilles-Villeneuve afin d'accueillir la Formule E. À titre de comparaison, environ 4,4 M$ sur le budget total de 24 M$ ont été utilisés pour refaire Viger, René-Lévesque et les autres rues de la piste installée au centre-ville.

Selon la Ville, cette somme aurait été dépensée de toute façon d'ici les deux prochaines années à cause de l'urgence des travaux.

Selon Richard Bergeron, membre du comité exécutif et conseiller municipal du district accueillant la course, les 10 à 15 M$ pour le circuit Gilles-Villeneuve représentent essentiellement les montants nécessaires pour créer des ponceaux enjambant les ruisseaux de l'île Sainte-Hélène. La somme ne serait donc pas récurrente.

Des sommes à soustraire

Toutefois, de nombreuses sommes auraient pu être économisées en tenant la course sur l'île Notre-Dame, en premier lieu les 7,5 M$ dépensés pour les murets de béton qui entourent la piste.

Comme l'a rapporté La Presse, ces murets sont deux fois plus chers que ceux achetés récemment pour le circuit Gilles-Villeneuve

«Les murets de béton fabriqués pour la Formule E ont [...] été conçus en fonction du fait qu'ils seront manipulés. Ils contiennent donc une armature très importante et un système d'attaches pour les relier les uns aux autres, ce qui n'est pas le cas de ceux du circuit Gilles-Villeneuve», indique Anik De Repentigny, chargée de communications à la Ville.

La Ville pourra donc utiliser ces murets pour d'autres événements. Ils ont également une durée de vie trois fois supérieure à celle des murets de la Formule 1.

Un contrat de tout près de 9 M$ a aussi été accordé à la firme Entreprise Techline pour monter et démonter la piste sur le circuit urbain. Cette somme couvre les six années de l'entente entre la Ville et la Fédération internationale de l'automobile (FIA) pour la tenue de la Formule E, mais elle deviendrait inutile en utilisant une piste qui existe déjà.

À cela s'ajoutent environ 700 000$ pour modifier les feux et s'assurer du contrôle de la qualité des matériaux utilisés pour la piste urbaine, de même que les 244 000$ payés pour assurer une place de stationnement aux résidents affectés par la course.

En retirant ces montants du budget, la Ville aurait eu à débourser entre 16,5 M$ et 21,5 M$ pour tenir la course sur l'île Notre-Dame plutôt qu'au centre-ville. Et ce, même en tenant compte des sommes qui seraient tout de même dépensées pour refaire les rues empruntées par la piste actuelle. Un budget total moins élevé, donc, que les 24 M$ du budget de la course tenue au centre-ville.

Une possibilité qui n'émeut pas Richard Bergeron.

«Ce qui me chagrinerait le plus si on faisait ça, c'est qu'après que la Formule 1 quitte les lieux, l'île Notre-Dame devient un magnifique parc Champêtre utilisé par les cyclistes, les piétons et les utilisateurs de la plage Jean-Doré. On le dénaturerait en ayant des ponceaux de plus.»

Cinq ponceaux traversent déjà les ruisseaux de l'île Notre-Dame.

Des sommes à ajouter

Quelques dépenses additionnelles difficiles à estimer pourraient toutefois s'ajouter en tenant la Formule E au circuit Gilles-Villeneuve.

Le circuit appartient à la Société du parc Jean-Drapeau, qui facture un montant pour louer la piste. Le coût – que la Société refuse de divulguer pour des raisons de confidentialité – est assumé par les promoteurs d'événements, autant l'entreprise qui promeut la Formule 1 qu'Evenko lorsqu'elle y organise des concerts.

Le HuffPost Québec a demandé à Montréal c'est électrique, qui organise la Formule E, si ce coût de location serait assumé par l'organisme ou par la Ville. Au moment d'écrire ces lignes, nous n'avions pas reçu de réponse.

La Ville a aussi annoncée à la dernière minute que le métro et les autobus de la Société de transport de Montréal (STM) seront gratuits pendant la fin de semaine de la course. L'Autorité régionale du transport métropolitain (ARTM), qui gère désormais le financement du transport en commun dans le Grand Montréal, a réclamé des mesures de mitigation. Celles-ci n'ont pas encore été chiffrées et le conseiller municipal Richard Bergeron estime que l'ARTM devrait assumer au moins une partie de la facture.

Selon la STM, une fin de semaine moyenne du mois de juillet engendre des revenus de 1 M$.

Comme l'a rapporté Radio-Canada, la Ville cautionne une marge de crédit de 10 M$ pour Montréal c'est électrique, en plus des 24 M$ dépensés. Selon Mme De Repentigny, cette marge permet à l'organisme de payer les factures qui doivent être assumées avant les rentrées d'argent.

La Ville devra payer seulement si l'événement s'avère non rentable.

Coûts et bénéfices indirects?

Certains autres coûts, difficilement calculables, pourraient s'ajouter à la facture. Le HuffPost Québec a tenté de savoir combien de policiers étaient affectés à la circulation dans le secteur touché par les détours. Le Service de police de la Ville de Montréal nous a répondu que ce genre d'information n'est jamais divulgué.

Vendredi, le HuffPost Québec a compté une cinquantaine de policiers contrôlant la circulation entre la rue Ontario et la rue de la Commune, qui accueillent une partie des automobilistes déviés. Sans compter les nombreux cadets, ainsi que les patrouilles en vélo ou en voiture.

Semblablement, les bénéfices ne seront connus qu'après la tenue de l'événement. Un groupe de commerçants de la rue Ontario estime qu'ils ont été « sacrifiés » pour tenir la course de Formule E, alors que ceux situés sur la rue Sainte-Catherine s'attendent à une augmentation de l'achalandage.

Si la course était tenue sur le circuit Gilles-Villeneuve, les coûts et les bénéfices pour les commerçants sont plus difficiles à calculer, sauf pour les camions de bouffe de rue si ceux-ci étaient acceptés sur le site.

Le succès de l'événement dépendra en grande partie de l'achalandage créé par les deux jours de courses et les événements organisés en marge du Grand Prix de Formule E. Le maire de Montréal, Denis Coderre, a promis qu'un post-mortem sera effectué à la fin de l'événement.