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Ras-le-bol des entrepreneurs madelinots face à la « culture du chômage »

Le recrutement d'employés est souvent difficile selon des entrepreneurs madelinots.

26/07/2017 08:43 EDT | Actualisé 26/07/2017 08:53 EDT
Paul Darrow / Reuters

Les entrepreneurs des Îles-de-la-Madeleine s'exaspèrent de ce qu'ils qualifient de « culture du chômage ». L'une d'entre elles a accepté de briser le silence et d'expliquer ce phénomène qui rend le recrutement difficile pour dénicher des employés prêts à travailler tout au long de l'année.

Un texte de Léa Beauchesne

Même si le taux de chômage y est plus élevé que dans le reste de la province et que le travail saisonnier est prédominant, le recrutement d'employés est souvent difficile selon des entrepreneurs madelinots.

Des employeurs peinent à trouver de la main-d'œuvre prête à travailler au-delà des 14 semaines nécessaires pour toucher des prestations d'assurance-chômage.

C'est le cas de la propriétaire du commerce Artisans des sables, qui affirme subir continuellement les contrecoups de ce qu'elle appelle la « culture du chômage ».

«Souvent on se fait dire : "Au salaire que tu offres, je pourrais juste être sur le chômage à rien faire chez nous, à faire des petites bobinettes au noir ça fait que je vais pas aller travailler chez nous!" Ça c'est presque tout le temps! J'essaie de faire comprendre aux gens, qu'il n'y a pas juste ça dans la vie, d'être assis sur ton divan, ce n'est pas intéressant pour personne!» - Pauline-Gervaise Grégoire, directrice, Artisans de la mer

La Madelinienne offre une dizaine d'emplois permanents, mais affirme que plusieurs candidats se présentent en entrevue en lui demandant s'ils pourront travailler seulement leurs 14 semaines.

La propriétaire souligne que plusieurs entreprises se plient à ces demandes des travailleurs et en arrivent à fermer lorsqu'ils n'ont plus d'employés. « S'il n'y avait pas ce chômage-là, de cette façon-là, ces entreprises-là devraient automatiquement être dynamiques. Devraient chercher à être plus innovantes pour aller chercher des clients. Comme ils doivent fermer, ça tue l'innovation, ça tue la créativité. Autant des entrepreneurs que des gens qui travaillent. »

Loin de s'opposer au système de l'assurance-chômage qu'elle juge essentiel, elle estime plutôt que trop de Madelinots laisse les règles du programme leur dicter comment mener leur vie.

Plusieurs autres entrepreneurs ont affirmé vivre cette problématique, mais aucun d'entre eux n'a accepté d'être identifié par peur de déplaire aux autres insulaires.

Un enjeu complexe

La Chambre de commerce des Îles de la Madeleine confirme que c'est une réalité que vivent ses membres. Ce problème prend d'ailleurs de l'ampleur depuis quelques années avec la pénurie de main-d'œuvre qui frappe les Îles.

De son côté, le maire de la municipalité reconnaît qu'il y a des difficultés dans le recrutement, mais refuse de parler de culture du chômage.

Il y a un effort collectif à faire pour valoriser la culture de l'emploi à l'année, mais aussi, je le répète, il faut des conditions qui viennent favoriser le travail à l'année, dans des régions comme celles des Îles-de-la-Madeleine ou de la Gaspésie par exemple.Jonathan Lapierre, maire de la municipalité des Îles-de-la-Madeleine

Au Mouvement Action-Chômage de Pabok, le responsable Gaétan Cousineau affirme que rares sont les chômeurs qui refusent des emplois qui correspondent à leurs compétences.

Je connais de nombreux, nombreux, travailleurs d'usine qui, après la saison du homard, vont travailler dans d'autres usines pour poursuivre la saison et travailler le plus longtemps possible.Gaétan Cousineau, responsable, Mouvement Action-chômage Pabok

La région fait face à une importante baisse démographique ainsi qu'au vieillissement de sa population, ce qui pourrait aggraver la pénurie de main-d'œuvre. Selon les élus, il faudra déployer d'importants efforts pour y attirer de nouveaux travailleurs dans les prochaines années.

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