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Christopher Nolan contre Netflix : qui gagne?

Qu'est l'avenir pour le cinéma?

24/07/2017 13:47 EDT | Actualisé 24/07/2017 13:48 EDT

Le débat entre le cinéaste et le service de diffusion vidéo en continu est peut-être en train de déterminer l'avenir du cinéma

En 2013, George Lucas et Steven Spielberg faisaient cette prédiction : l'industrie cinématographique telle que nous la connaissons ne peut qu'imploser, et l'avenir, s'il n'est pas entièrement noir, risque d'être plus que favorable aux mégaproductions, dont les billets coûteront d'autant plus cher, tandis que le reste de la production migrera tout naturellement vers la télévision ou les services en ligne. Alors qu'est sorti, vendredi dernier en salle, le nouveau film du roi des mégaproductions d'auteur, Christopher Nolan, Dunkerque, la vision des deux vétérans se révèle de plus en plus vraie. Car, nul doute, au cours des derniers mois, le cinéma a amorcé une mue, tant artistiquement qu'industriellement.

Oui, le cinéma change, et le mouvement semble même s'être accéléré au cours des trois dernières années sous la pression de plus en plus marquée de Netflix sur le modèle traditionnel de distribution en salle. D'ailleurs, Christopher Nolan – et la boucle est ainsi bouclée – critique ouvertement Netflix ces temps-ci, estimant que sa politique sur le cinéma est aussi vide que dangereuse. Qui a raison? Pour le moment, personne. Mais tentons de faire le point.

Quelles sont les forces en présence?

Christopher Nolan : Cinéaste britannique un tantinet mégalo, inventeur aux yeux de certains du film d'action moderne, qu'il a rendu plus sombre, plus massif, plus ambitieux. Grand bricoleur formaliste, fervent défenseur de l'expérience du cinéma en salle. Il a sorti son dernier film, Dunkerque, en IMAX et en 70 mm, format oublié prisé par quelques cinéastes de temps en temps pour « faire plus cinéma » (The Master de Paul Thomas Anderson, The Hateful Eight de Quentin Tarantino)

Netflix : Service de location mensuel de films et de séries en ligne. Il a dépassé les 100 millions d'abonnés le mois dernier (à environ 10 $ le mois, on vous laisse imaginer le pactole), a acquis une belle réputation grâce à ses productions originales dont tout le monde parle, de House of Cards à Jusqu'à l'os. Netflix acquiert assez agressivement des films d'importance, en refusant de les laisser sortir également en salle (la caméra d'or 2016, Divines, d'Houda Benyamina, ou cette année, Okja, de Bong Joon-ho, sélectionné au Festival de Cannes).

Ce qui est en jeu? Une nouvelle façon de penser le cinéma

Dunkerque a ceci de particulier qu'il incarne parfaitement ce que le cinéaste défend dans ce débat. Un cinéma immersif, de la sensation, de l'expérience. Un cinéma rentre-dedans, conçu dans chaque détail pour provoquer chez le spectateur une réaction physique. Au détriment du scénario? Oui, tout de même, car l'enchevêtrement de trois espaces-temps (une heure en l'air, une journée sur mer, une semaine sur terre) ne vise pas tant à produire du sens qu'une sensation. L'effet est efficace, mais forcément limité, sauf dans sa capacité à être rendu au mieux dans une salle de cinéma. Le noir, l'écran, le son et le collectif... tout ce qui « fait » l'expérience cinéma sert à Dunkerque.

Car, à l'heure où les salles de cinéma traditionnelles disparaissent et se concentrent dans des multiplexes aux écrans géants et aux fauteuils vibrants, c'est bien ce cinéma du jeu vidéo, de l'expérience, de la réalité virtuelle qui y trouve le mieux sa place. Au détriment de ce qu'on a pu appeler le cinéma adulte, du cinéma du milieu, plus basé sur le scénario?

Non, car ce dernier n'a pas disparu, mais migré. Entre autres vers Netflix (ainsi, le nouveau Noah Baumbach, The Meyerowitz Stories, exactement de cette trempe de films qui racontent plutôt qu'ils illustrent, y sortira directement). Netflix, peu à peu, se voit donc dans cette position paradoxale d'être autant le fossoyeur que le « sauveur » d'un certain cinéma.

Évidemment, le tout peut susciter l'inquiétude de certains cinéphiles. Mais ce qu'il faut probablement garder en tête, c'est qu'un bon film, quel qu'il soit, l'est au-delà de l'écran où il est projeté. C'est ce qui fait la force du cinéma. Celle que personne ne pourra lui enlever.