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Un jeune québécois frôle la mort en traversant l'Atlantique

22/07/2017 12:36 EDT | Actualisé 22/07/2017 12:42 EDT
Claire Martin
Joseph Gagnon et Brian Conville reprennent leurs forces à l'hôpital du comté Kerry.

Après des heures sur une embarcation chavirée, sans balise ni radio, Joseph Gagnon avait de minces espoirs d'être secouru au beau milieu de l'océan Atlantique. Le jeune rameur a raté de peu sa traversée, qui a pris une tournure dramatique après plus de 40 jours en mer.

L'étudiant franco-québécois, accompagné dans son aventure par le constructeur de maisons irlandais Brian Conville, a entrepris son périple à Saint-Jean de Terre-Neuve le 13 juin, après des mois de préparations. Le but des deux hommes : atteindre l'île de Noirmoutier, en France.

Chavirer en un clin d'oeil

« Notre traversée s'est super bien déroulée », raconte dans un premier temps Joseph Gagnon à RDI.

Mais en cours de route, ils ont dû bifurquer vers l'Irlande, plutôt que de rejoindre la France, puisque Brian Conville souffrait de tendinites mineures et de légères blessures.

L'aventure a alors pris une tournure inquiétante.

Une vague particulièrement puissante a frappé le bateau de 7 mètres, au moment où son coéquipier le réveillait pour qu'il prenne le relais à la rame. Brian Conville a basculé dans l'eau. Son filet de sécurité, qui le retenait au bateau, a entraîné dans sa chute.

Encore tout ensommeillé, Joseph Gagnon s'est retrouvé dans une cabine, renversée et remplie d'eau.

« J'ai dû nager pour retourner à la surface, explique le Franco-Québécois de 20 ans. Ç'a été extrêmement rapide et assez difficile comme épreuve, mais ç'a bien été. »

Sans moyen de communication

« Les deux premières heures, on les a passées dans l'eau, raconte Joseph Gagnon. Elles ont été particulièrement difficiles parce qu'on savait que tous nos moyens de communication étaient sous l'eau. Le seul qui demeurait accessible était notre balise de détresse qu'on pouvait activer. »

Le jeune homme a plongé pour l'allumer, mais la balise avait été arrachée. Personne ne pouvait savoir qu'ils étaient en détresse au milieu de l'océan, s'était-il rappelé.

La cabine se remplissait d'eau et le bateau coulait tranquillement. Pendant quelques minutes, j'ai cru qu'on se retrouverait tous les deux avec rien parce que le radeau de sauvetage était inaccessible. Joseph Gagnon, 20 ans

« Notre espoir était que quelqu'un se rende compte que notre traqueur de progression avait cessé d'émettre », évoque le jeune rameur.

Après quelques heures à la dérive, la balise de détresse s'est allumée comme par miracle. La garde côtière irlandaise est finalement venue à leur secours.

« Je ne sais pas par quel moyen, peine-t-il à expliquer. Il y a sûrement un ange gardien qui l'a activée et on a été secourus. »

Le froid, autre ennemi

Après deux heures dans l'eau, le duo craignait un autre danger : l'hypothermie. « Je me sentais très confus, se remémore Joseph Gagnon. Quand j'essayais de plonger pour récupérer le radeau de survie, je n'arrivais pas à plonger plus de 10 secondes. J'étais vraiment épuisé. »

À bout de forces lui aussi, son coéquipier Brian Conville a alors décidé de monter sur la coque du bateau pour se reposer.

Pendant les sept heures qui ont suivis, les rameurs, qui doutaient plus que jamais de l'arrivée prochaine des secours, ont élaboré leur plan pour récupérer leur navire. Réchauffés, ils pouvaient déjà plonger plus longtemps.

Si près du but

gracieuseté de Claire Martin

Pour Joseph Gagnon, qui se préparait à cette traversée depuis trois ans, le naufrage à 265 km de l'Irlande n'est pas une déception. « On était assez proche des côtes pour que notre traversée soit considérée comme complète. On est super contents », se réjouit celui qui a retrouvé ses esprits depuis vendredi.

Les rameurs ont toutefois échappé un record de vitesse par deux jours puisqu'ils n'ont pas touché terre. « L'important, c'est qu'on soit tous les deux arrivés en un morceau. »

Émule de Mylène Paquette, Joseph Gagnon refuse de se laisse décourager par sa mésaventure. Il envisage maintenant de parcourir en 2018 les 5000 km qui séparent le Canada et la France. Il deviendrait alors le plus jeune rameur océanique en solitaire, estime-t-il.