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Les adieux de l’automobile: Berlin prépare la révolution cycliste

Non, tout n’est pas gris à Berlin.

15/07/2017 16:04 EDT | Actualisé 15/07/2017 16:14 EDT
LeoPatrizi via Getty Images

  • Berlin a élaboré la première loi cycliste en Allemagne

  • Elle sert déjà d'exemple pour plusieurs villes

  • Est-ce que la république de l'automobile deviendra une république de vélos ?

Non, tout n'est pas gris à Berlin.

Évidemment, les éternelles files d'attente dans les services publics font rager. Le service de police est terriblement mal équipé. Et le monde entier se moque de l'aéroport.

Mais une chose fait de Berlin la meilleure ville d'Allemagne : elle a élaboré la première loi cycliste au pays. Elle sert même déjà d'exemple pour d'autres villes seulement quelques mois après son entrée en vigueur.

De Bamberg à Hambourg en passant par Munich, des partis et des mouvements citoyens ont organisé des référendums cyclistes qui pourraient devenir loi, suivant l'exemple de Berlin.

Au terme de cette transformation, les villes allemandes pourraient avoir changé radicalement. Le vélo pourrait devenir le moyen de transport de prédilection au profit de la voiture, avec pour conséquence moins de pollution, moins de bruit et sans oublier une meilleure qualité de vie.

« Nous avons entrepris une bataille contre l'hégémonie dans les rues »

Heinrich Strößenreuther, un militant pour la cause cycliste, est au cœur de cette transformation à Berlin. « Nous avons entrepris une bataille contre l'hégémonie dans les rues. », affirme-t-il lors d'un entretien avec le HuffPost. Il milite depuis des années pour des villes adaptées aux bicyclettes. Aujourd'hui, il croit que le temps est venu pour une transition vers le vélo.

« La circulation à vélo doit avoir toute la place qui lui revient. », dit-il. Ceci ne veut pas dire de bannir complètement les voitures des villes. « Avoir des zones sans auto dans les quartiers et voir plus de vie dans les rues seraient un début. »

« Berlin a toutes les conditions pour devenir la capitale du vélo en Europe. », clame-t-il.

La ville est étendue et ses rues sont larges. Le nombre de voitures par ménage est extrêmement bas comparativement à d'autres villes. De plus, il existe un bon réseau de transport public local.

Berlin, ville cycliste : une modique 36e place

Le sénat à Berlin veut maintenant tirer profit de ces avantages. Les premiers projets sont déjà mis en place. Les référendums citoyens, qui doivent servir de point de départ pour les lois, comprennent les points suivants :

► La plus grande rupture avec une ville automobile est d'avoir des feux synchronisés pour cyclistes. Depuis les années 80 dans l'état de l'Idaho aux États-Unis, les feux rouges sont l'équivalent de panneaux d'arrêts pour les cyclistes qui ne doivent faire qu'un bref arrêt. Lorsque la voie est libre, ils peuvent poursuivre leur route. Des études ont démontré que le nombre d'accidents n'a pas augmenté depuis, mais qu'il aurait plutôt diminué.

Des associations se plaignent depuis longtemps du nombre élevé de cyclistes morts sur les routes de Berlin.

► La planification de voies rapides pour cyclistes, d'une largeur de 4m, impressionnent également. Elles sont en quelque sorte des autoroutes pour les gens qui voyagent à vélo.

► Ces voies rapides devraient être construites sur les terrains vagues où poussent les mauvaises herbes sous la ligne 1 du métro de Berlin. 100km de ces voies rapides pour vélos sont planifiées.

Voies rapides et synchronisation des feux

► Toutes les artères principales devront être aménagées d'une piste cyclable d'une largeur de 2 mètres. La réfection des rues s'échelonnera sur 350km.

Pour la révolution cycliste, la ville devra dégager des fonds de l'ordre de 20 millions d'euros (30M $ CA) pour la première étape. L'application de la loi est en retard se plaint le militant Strößenreuther. Pour cette raison, il a voulu organiser la plus grande manifestation cycliste au monde le 11 juin dernier, avec 100 000 cyclistes pédalant dans les rues de Berlin.

Mais dans les circonstances, un retard de quelques mois n'a aucune importance, la ville se laissant une période de huit à 10 ans pour mettre en œuvre son plan.

L'objectif est que plus personne ne soit obligé de conduire sa voiture en ville. Avec son plan vélo, Berlin suit un courant mondial. La bicyclette devient un moyen de transport de plus en plus populaire, que ce soit à Londres, Paris ou Amsterdam.

Berlin sert d'ailleurs d'exemple dans toute l'Allemagne selon le député vert Dieter Janecek. Ce dernier est un important pionnier d'idées vertes en matière de circulation en Allemagne. De temps à autre, il nous rappelle l'utilité de son parti.

« Il y a de la grogne lorsque les lois sont appliquées »

« L'effort berlinois m'a tout de suite convaincu. », dit-il lors d'un entretien avec le HuffPost. « Je travaille pour qu'au plus tard au début 2018 nous ayons un référendum citoyen pour faire de Munich une ville plus agréable à pédaler. » Mais le passage à une ville cycliste ne se fait pas sans opposition.

Même à Berlin, ce qui est à peine surprenant. Des voies cyclables plus larges signifient des rues plus étroites et moins d'espaces de stationnement. Lorsque les plans de la ville ont été publiés, les journaux ont titré : « N'oubliez pas les automobilistes ! »

« N'oubliez pas les automobilistes ! »

La pression monte également lorsque certains quartiers tracent intensément des voies cyclables. Par exemple, le rédacteur en chef du quotidien Die Welt, Ulf Poschardt, a tweeté un matin à bord d'une voiture : « Le mépris des arrondissements de Berlin et du sénat envers les automobilistes n'a pas de limite. Mot-clic Kreuzberg, bouchon, horreur. »

Le mépris des arrondissements de Berlin et du sénat envers les automobilistes n'a pas de limite.

Une telle grogne est certes compréhensible. Cependant, la transition vers le vélo est justifiée comme elle s'appuie sur des données scientifiques que même ses détracteurs ne peuvent nier.

Pédaler est bon pour la santé. Des médecins danois ont démontré que les gens qui se déplacent à vélo trois heures par semaine ont un taux de mortalité de 40 % moins élevé que ceux qui ne se déplacent pas de façon active ou ceux qui ne le font que dans leur temps libre. De plus, la pollution de l'air est réduite.

Les Allemands ne sont-ils pas également plaints de l'implantation des voies réservées pour autobus et des limites de vitesse de 30 km/h ? Aujourd'hui, plus personne ne s'y oppose. Il en sera de même avec la loi cycliste.

Lorsque toutes les batailles seront gagnées, Berlin et d'autres villes auront amélioré leur qualité de vie, et personne ne voudra revenir en arrière.

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