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Le dissident chinois et récipiendaire du prix Nobel de la paix en 2010 Liu Xiaobo est mort

Le prix Nobel de la paix 2010 était hospitalisé pour un cancer du foie en phase terminale.

13/07/2017 09:37 EDT | Actualisé 13/07/2017 11:01 EDT
Getty Images

Le dissident Liu Xiaobo, premier Chinois à avoir obtenu le prix Nobel de la paix, est décédé jeudi d'un cancer sans que le régime communiste le laisse finir ses jours en liberté à l'étranger, a-t-on appris de source officielle locale.

Il est le premier prix Nobel de la paix à mourir privé de liberté depuis le pacifiste allemand Carl von Ossietzky, décédé en 1938 dans un hôpital alors qu'il était détenu par les nazis.

Agé de 61 ans, ce symbole de la lutte pour la démocratie dans le pays le plus peuplé du monde avait été admis à l'Hôpital universitaire no 1 de Shenyang (nord-est de la Chine) après plus de huit années passées en détention.

Son décès a été annoncé par le bureau des affaires juridiques de la ville.

Ancienne figure de proue du mouvement démocratique de Tiananmen en 1989, bête noire du régime communiste, l'écrivain et professeur de littérature avait bénéficié d'une mise en liberté conditionnelle après le diagnostic en mai d'un cancer du foie en phase terminale.

La nouvelle de son hospitalisation n'avait été annoncée que fin juin. Plusieurs organisations de défense des droits de l'homme et des proches de M. Liu avaient alors reproché à Pékin d'avoir attendu que son état de santé empire avant de lui permettre de sortir de prison, mais les autorités avaient affirmé qu'il était soigné par des cancérologues réputés.

Le dissident avait fait savoir qu'il souhaitait suivre un traitement à l'étranger, un appel relayé par la communauté internationale mais rejeté par Pékin qui y voyait une ingérence dans ses affaires intérieures.

'Jusqu'à la mort'

L'hôpital de Shenyang avait assuré début juillet qu'un tel déplacement aurait été "dangereux" vu son état. Mais deux médecins occidentaux, un Allemand et un Américain appelés à son chevet, avaient contredit les autorités médicales chinoises, jugeant possible de transférer le malade au plus vite à l'étranger.

Ye Du, un dissident proche de la famille de Liu Xiaobo, avait expliqué que Pékin voulait détenir l'opposant politique "jusqu'à la mort".

Hors de Chine, Liu Xiaobo "pourrait s'exprimer politiquement en tant que lauréat du prix Nobel, ce qui aurait un impact négatif sur le parti et sur le pays", avait-il déclaré à l'AFP.

Liu Xiaobo avait été arrêté en décembre 2008 puis condamné un an plus tard pour subversion à 11 ans de prison. Le régime communiste lui reprochait d'avoir corédigé un manifeste, la Charte 08, prônant notamment des élections libres.

L'opposant avait appris depuis sa cellule qu'il avait obtenu le prix Nobel de la paix en 2010. Le comité Nobel entendait récompenser à travers lui "un long combat non violent pour les droits humains fondamentaux en Chine". Lors de la cérémonie de remise du prix à Oslo, il avait été représenté par une chaise vide.

Amour contre haine

Dans un texte lu à la cérémonie, ce dissident - plus modéré que certains autres envoyés en exil à l'étranger - se faisait fort de "répondre à l'hostilité du régime par la bonne volonté et à la haine par l'amour".

Pékin avait très mal pris l'attribution du Nobel à "un condamné" et avait gelé ses relations avec la Norvège. Celles-ci ne se normaliseront qu'en décembre 2016, au grand soulagement des exportateurs de saumon norvégien.

L'annonce du décès de Liu Xiaobo tombe mal pour Pékin, mettant en lumière son traitement des opposants politiques à l'approche du XIXe congrès du Parti communiste chinois, qui devrait accorder un nouveau mandat au président Xi Jinping à la tête du pays.

Depuis son arrivée au pouvoir fin 2012, la répression politique s'est encore accrue : après avoir réprimé les défenseurs des droits de l'homme, Pékin s'est attaqué à leurs avocats, interpellant par dizaines juristes et militants.

Le nom du prix Nobel est tabou dans la presse officielle, hormis les journaux en langue anglaise qui le qualifient de "criminel condamné". Liu Xiaobo reste généralement inconnu du grand public dans son pays.

"Rien n'arrête la liberté" : le "testament" de Liu Xiaobo

"Aucune force ne peut arrêter la quête de l'homme pour la liberté", avertissait Liu Xiaobo dans un texte écrit peu avant sa condamnation en 2009 et qui fait figure de testament du Nobel chinois.

Emprisonné, Liu Xiaobo n'avait pu se rendre à Oslo pour la remise de son prix, attribué en octobre 2010. Il avait été représenté à la cérémonie par une chaise vide.

Mais un de ses textes, daté de décembre 2009, y avait été lu. C'est le dernier de ses écrits à avoir été rendu public.

"Je crois fermement que la progression politique de la Chine ne s'arrêtera pas et, rempli d'optimisme, j'attends avec impatience l'avènement d'une Chine libre", écrivait le dissident, qui devait être condamné peu après pour "subversion".

"La Chine finira par devenir un Etat de droit, où règnent les droits de l'homme", assurait-il dans ce texte de quatre pages.

S'adressant plus bas à sa femme, la poétesse Liu Xia, qui vit en résidence surveillée depuis 2010, il assurait n'avoir "aucun regret quant aux choix" qu'il avait faits, disant attendre "demain avec optimisme".

"J'attends avec impatience le jour où mon pays sera une terre de liberté d'expression (...) où chaque citoyen pourra exprimer ses opinions politiques sans peur et où personne ne souffrira jamais de persécutions pour avoir exprimé des vues divergentes", espérait le premier Chinois à avoir reçu le Nobel de la paix.

"J'espère que je serai la dernière victime de l'interminable inquisition littéraire chinoise et que désormais plus personne ne sera poursuivi pour ses paroles", lançait l'ancien professeur de littérature, dont les livres sont interdits en Chine.

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