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«Vice & Vertu», la nouvelle création des 7 doigts de la main pour 18 ans et plus

Le spectacle est présenté à la SAT du 10 juillet au 6 août 2017.

10/07/2017 10:39 EDT | Actualisé 12/07/2017 10:37 EDT
Montréal Complètement Cirque

Durant les années 40 et 50, l'Amérique en entier venait faire la fête dans la métropole, assistant à l'éclosion de la Main, où se rencontraient prostituées, gambleurs, mafieux et adeptes de plaisirs illicites. Fascinés par la richesse de cette époque, les 7 Doigts de la main ont décidé d'y camper leur nouvelle création, Vice & Vertu, qui sera présentée sous forme de déambulatoire historique et sulfureux – il est réservé aux spectateurs de 18 ans et plus – à la Société des Arts Technologiques (SAT). Le metteur en scène Samuel Tétreault a répondu aux questions du HuffPost Québec pour vous mettre l'eau à la bouche...

Quand vous avez reçu la proposition de créer une œuvre dans le cadre du 375e anniversaire de Montréal, pourquoi avez-vous choisi cette période de l'histoire comme point de départ?

Durant ces années-là, Montréal était la place hot pour faire la fête en Amérique! Quand tu regardes les photos d'archives du boulevard Saint-Laurent, tu as presque l'impression de voir la strip de Las Vegas ou Time Square à New York. En même temps, cette période était très riche en mouvances sociales et en revendications de toutes sortes. On assistait au passage de Montréal vers une certaine forme de modernité.

Quels sont les enjeux abordés dans Vice & Vertu?

L'émergence de la scène artistique francophone et multiculturelle qui commençait à voir le jour. Les revendications pour la reconnaissance du droit de vote des femmes, alors que le Québec a été la dernière province canadienne à l'accorder en 1940. Et la dualité entre le vice et la vertu : entre ceux qui voulaient libérer Montréal de la pègre et ramener les bonnes valeurs chrétiennes, et ceux qui prônaient une forme de tolérance en affirmant que le vice faisait partie de la réalité, que le jeu était normal et que la prostitution avait sa place dans le paysage économique des grandes villes.

«Vice & Vertu»: la nouvelle création des 7 doigts de la main

Comment fonctionne le parcours déambulatoire?

Au rez-de-chaussée, on recrée le Montréal de l'époque avec son Red Light. On l'illustre de façon abstraite, comme dans le film Dogville où seules des lignes blanches tracées au sol délimitaient les lieux. On a imaginé une chambre d'hôtel qui sert aussi de chambre de maison close, un espace-bar qui devient un club, le palais de justice qui servira ensuite de Chambre des communes, une station de radio, etc. Les spectateurs devront suivre la lumière ou la musique, ou suivre différents personnages.

Comme qui?

L'avocat nommé à la tête de la police de Montréal, le maire Jean Drapeau, certaines activistes féministes célèbres (Thérèse Casgrain, Idola St-Jean, Lea Roback), des membres du clergé, la ligue de vigilance sociale, l'effeuilleuse Lily St-Cyr et le journaliste anglo-montréalais Al Palmer, qui avait ses entrées dans le milieu interlope et qui était l'amant de Lili St-Cyr. Il est notre narrateur.

Vous invitez aussi les gens au dôme de la SAT, où l'on peut projeter des vidéos. Comment l'utilisez-vous?

On fait des sauts dans le temps entre 1930 et 2017, dans certains lieux emblématiques de Montréal. Un numéro de cerceau aérien sera offert comme si nous étions à l'intérieur de la coupole de l'oratoire Saint-Joseph. Il y aura du main à main sur la terrasse du Belvédère du Mont-Royal. Une portion de mat chinois sur le tablier du pont Jacques-Cartier, le soir du 17 mai 2017, lors de l'inauguration de l'œuvre de Moment Factory. Et un volet plus théâtral à l'intérieur du restaurant Schwartz.

Et que ferez-vous à l'extérieur de la SAT?

On veut rappeler l'ambiance des speakers corner comme dans les parcs à Londres, où l'on retrouve des tribunes ouvertes à n'importe qui désirant prendre la parole pour défendre une cause. Il y aura du diabolo, de la marche sur bouteilles et un numéro de danse acrobatique et clownesque.

Qu'est-ce que ça apporte d'offrir un spectacle en étant si proche du public?

Tout est très immersif et interactif dans la portion du Red Light. Les spectateurs se feront prendre à partie dans une maison close, à la fin de la Deuxième Guerre mondiale, lorsque les soldats en liesse se retrouvent au bordel. Trois acrobates contorsionnistes vont s'exécuter sur un lit à baldaquin, dont les barreaux deviennent des pôles de danse. Le public sera dans la chambre avec eux. Non seulement ils pourront apprécier les gestes acrobatiques de près, mais ils vont avoir l'impression de vivre une époque de l'intérieur.

Les 7 doigts de la main auront bientôt 15 ans. Avez-vous l'impression que votre ADN est toujours la même?

Absolument! On a fondé la compagnie pour pouvoir s'exprimer en tant que créateurs, dramaturges, chorégraphes, auteurs et metteurs en scène de spectacles de cirque. Le collectif permet à chacun des membres d'affirmer sa propre identité. Nos ambitions artistiques sont différentes, mais elles se complètent. Et l'humain est toujours au cœur de nos créations. On fait essentiellement du cirque d'auteur : on part toujours de préoccupations intimes.

Donc, rien n'a changé?

Ce qui est différent aujourd'hui, c'est que seuls deux des fondateurs font encore régulièrement de la scène, Patrick Léonard et moi. Les 7 doigts de la main sont désormais un collectif de directeurs artistiques, comme si nous étions 7 compagnies en une. Cela nous permet de toujours aller là où les gens ne nous attendent pas. Comme faire le spectacle solo Patinoire, collaborer aux Jeux olympiques de Sotchi, créer une œuvre à partir de la danse contemporaine dans Triptyque. Ou tenter le coup d'une œuvre historique.

Y a-t-il un potentiel de tournée pour Vice & Vertu, comme c'est le cas pour vos autres spectacles?

Ça m'étonnerait, mais ce n'est pas impossible. À priori, le show a été créé exclusivement pour l'été 2017. Ce serait difficile de le reproduire ailleurs qu'à la SAT. Mais on espère qu'il connaîtra un si gros succès qu'on va pouvoir le reprendre.

Vice & Vertu sera présenté à la Société des Arts Technologiques (SAT) du 10 juillet au 6 août 2017. Les créateurs invitent les spectateurs à se vêtir de tenues d'époque pour l'occasion. Cliquez ici pour plus de détails.

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