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Festival de jazz: The Barr Brothers, deux mondes, un folk métissé

L'idée d'incorporer des influences africaines à leur folk americana est-elle une réussite?

08/07/2017 08:34 EDT | Actualisé 08/07/2017 14:35 EDT
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Au Festival international de jazz de Montréal (FIJM), vendredi soir, le groupe montréalais The Barr Brothers devait initialement proposer un concert avec le musicien Bassekou Kouaté et sa conjointe, la chanteuse Amy Sacko. Or, ceux-ci n'ont pu faire partie de la prestation puisqu'ils ont eu un problème de visa. Afin de respecter cette envie d'offrir un spectacle bonifié de sonorités africaines, la formation folk s'est tournée vers les musiciens maliens Mamadou Koita et Fabio Sissoko.

Les Américains d'adoption montréalaise, Andrew Barr (batterie, voix) et Brad Barr (guitare, chant), Sarah Page (harpe, voix) puis Morgan Moore (multi-instrumentiste, dont la contrebasse) étaient donc sur scène, avec deux Maliens et un autre invité spécial, le prodige guitariste de Montréal Joe Grass (un ami qui fait partie du groupe Patrick Watson).

Malgré l'absence du couple Kouaté-Sacko, l'ambiance fut néanmoins colorée d'influences africaines au Théâtre Maisonneuve de la Place des arts. La veille, toute la bande s'était produite sur une scène du Festival d'été de Québec.

The Barr Brothers au Festival de jazz

Deux mondes, un folk métissé

À la première offrande Lose Your Mind (du nouvel album à sortir en octobre), l'interprétation vocale de Brad Barr fait énormément penser à Neil Young. Quant aux instruments, on peut mentionner le motif scintillant à la harpe, les lignes hypnotiques à la pedal steel (Grass), et les notes de guitares électriques étirées... proposition folk rock réussie.

Mamadou et Fabio arrivent sur les planches pour le second morceau, Kompromet (également une nouvelle pièce). On reste dans l'univers musical des Barr Brothers, mais le balafon, une sorte de xylophone de bois aux origines africaines, apporte une teinte subtile supplémentaire. À mi-chemin, les guitares se taisent pour donner de l'espace au balafon et à la contrebasse de Morgan Moore. En finale, tout redevient assez orchestral.

À Deacons Son, voilà cette rythmique africaine qui - jusqu'à maintenant – s'était faite plutôt discrète : malgré la présence de l'harmonica, des guitares et de la batterie, les spectateurs entendent davantage les sonorités africaines. Alors que Sissoko frappe la peau de son instrument percussif, Mamadou Koita envoie un bon solo de kora, instrument allongé et à la base gonflée qui ressemble un peu à une guitare. Ici, on est sur le territoire de la world music, disons. Fusion définitive, du moins, entre un folk nord-américain et un folk malien. C'est pas mal.

L'enjouée et délicate If You Leave permet ensuite au chanteur de troquer sa guitare électrique pour une consoeur acoustique. Au milieu du morceau, les spectateurs apprécier la dextérité de Sarah Page dont les doigts s'élancent sur les nombreuses cordes de son instrument privilégié.

Pour Brazil, c'est le mariage très dynamique du balafon et des percussions qui lance un jam assez structuré mettant tous les musiciens au travail. Le truc s'étire et on réalise que l'alliage entre les musiciens africains et le reste de la bande ne réussit pas à tous les morceaux. Ici, il y a une longueur.

Par la suite, le groupe offre une atmosphère intime quand Brad Barr chante doucement Song That I Heard (en l'honneur de sa ville d'accueil, Montréal), entouré de ses acolytes musiciens à l'avant de la scène. C'est du déjà vu.

Toujours dans un éclairage feutré, le balafon est de nouveau à l'honneur. Tout avance lentement mais sûrement sur ce morceau instrumental consacré au savoir-faire de Koita.

Après, tout s'emballe sur la très efficace chanson Half Crazy : le rythme créé par la batterie et la contrebasse entraîne la performance dans un très bon buzz. La pièce est tapissé de vifs apports à la guitare électrique. Même le balafon trouve sa place sur cette structure rock entraînante. C'est définitivement l'un des meilleurs moments du concert. De temps en temps, on croirait entendre le travail du guitariste et chanteur touareg nigérien Omara «Bombino» Moctar. Cet excellent artiste est d'ailleurs venu quelques fois au FIJM.

Le morceau Queens of the Brakers (structure harmonique et interprétation vocale à la Tom Petty) et la chanson de rock planant Love Ain't Enough ont clôt cette proposition générale métissée qui a semblé plaire aux festivaliers qui remplissaient la salle.

The Barr Brothers a plusieurs magnifiques chansons. Ils savent faire de la scène aussi. Est-ce que cette idée d'incorporer des influences africaines à leur folk/americana est une réussite? On n'est pas convaincu. À certains moments, on sentait que les ajouts de Mamadou Koita et Fabio Sissoko étaient un peu plaqués. Parfois, aussi, les jams se sont étirés en longueur. Autre bémol, la mise en scène était très modeste, pour ne pas dire inexistante. Un concept d'éclairage minimal aurait notamment était apprécié

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