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Festival de jazz: Joey Bada$$ de Brooklyn et SOMI de Harlem

06/07/2017 07:01 EDT | Actualisé 06/07/2017 07:01 EDT
Benoit Rousseau

Le rappeur Joey Bada$$ était au Métropolis de Montréal, mercredi soir, afin de défendre plusieurs de ses nouveaux morceaux de son nouvel album All-Amerikkkan Bada$$. Plus tôt au Club Soda, une autre figure de la scène musicale de New York se produisait en concert, dans un tout autre registre, cependant : la chanteuse SOMI présentait notamment les chansons de son récent Petite Afrique.

Le flow formule DJ/MC

Le jeune New-Yorkais Joey Bada$$ a sorti en avril un album dont le titre est assez éloquent : All-Amerikkkan Bada$$. De son vrai nom Jo-Vaughn Virginie Scott, celui-ci a livré très peu de concerts depuis la parution de son second disque, qui critique l'Amérique moderne : racisme, oppression, injustices économiques, etc. Remarquez les trois K (pour Ku Klux Klan) dans le titre de l'album, triste acronyme associé à l'organisation suprématiste blanche... À défaut d'être subtil, le message est on ne peut plus clair.

C'est donc avec un concert tout frais qu'il s'est pointé au Festival international de jazz de Montréal.

Contrairement à son album, le spectacle du chanteur est relativement sommaire : pendant que son collègue DJ/MC envoie des beats assez lourds à partir de sa tour de contrôle, le rappeur se démène à lancer ses innombrables vers assez lisses. Dommage d'ailleurs que les subtilités de All-Amerikkkan Bada$$ (aux ambiances hip-hop jazzy) ne soient pas également rendues sur les planches. Pensons à la pièce Temptation, qui est balancée en salle avec une lourde basse, sans la finesse des arrangements que l'on retrouve sur le disque. C'est le prix à payer, on dirait, pour ces concerts qui finissent souvent par [trop?] se ressembler. Pensons à la proposition de Dany Brown l'an passé, qui avait exactement la même formule. Bien entendu, les exemples sont légion.

Quoi qu'il en soit, les rythmes de Joey Bada$$ sont tights et ils plaisent visiblement au public. Il faut le mentionner, la majorité des personnes dans l'audience, mercredi soir, étaient totalement dédiées à la performance du rappeur, qui s'inscrit dans la tradition hip-hop de la côte Est. Pensons à Nas, Jay Z, Tupac et The Notorious B.I.G.

Que ce soit avec les nouvelles pièces comme Land of the Free, For My People, Temptation, ou encore avec ses plus «anciens» morceaux tels World Domination, Hardknock, Big Dusty, Run Up On Ya, Christ Couscious (solide interprétation), No.99 («What's my name ? What's my name ? Badmon»), Too Lit, Joey Bada$$ a livré une prestation intense, mais assez linéaire.

Pas bien grave dirons plusieurs de ses admirateurs, puisque le gars a de bonnes chansons, en plus d'être un sacré entertainer. C'est vrai. Il donne un très bon show. Mais, en terme de concert, ça manquait juste un brin d'originalité. Pour le reste, le spectacle est passé en trombe. Après une vingtaine de morceaux, le gars - rendu torse nu - semblait épaté par le dévouement des spectateurs montréalais : «Il reste officiellement une chanson, mais ne vous inquiétez pas, je ne veux pas partir.. Ah !?

Quand Devastetad a fait sauter pratiquement tout le monde au parterre, on a compris que le gars avait vraiment un rapport privilégié avec son public : jump, jump, jump, sur ce morceau qui ressemble au mégatube de Drake, Hotline Bling, avec pas mal plus de hargne...

Passablement lessivé, Joey Bada$$ ne semblait pas vouloir qui la scène, en effet. Contraint à mettre un terme au buzz, il a lancé son micro dans la foule avant de se permettre un stage diving dans une foule bien préparée à amortir son sa chute.

Joey va certainement revenir bientôt à Montréal.

La chanteuse SOMI

Quelques heures auparavant, autre offrande en provenance de New York. Or, ce sont les influences africaines et jazz qui étaient à l'honneur. SOMI est une chanteuse d'origines ougandaises qui a grandi à Harlem. Elle a une voix puissante et versatile qui livre des textes d'une grande conscience sociale.

Entourée de quatre musiciens (piano, batterie, guitare, contrebasse), elle a proposé plusieurs pièces – de son récent disque Petite Afrique. Ses originales compositions ont des structures harmoniques délicates (Alien, directement inspirée de Englishman in New York de Sting) ce qui laisse énormément de place aux prouesses vocales (comme sur Four African Women et bien d'autres pièces) sur les planches. Et elle se donne ! D'ailleurs, il y a peut-être un léger abus en ce qui concerne les ad lib vocaux...

Certes, les chansons sont relativement délicates, mais elles ont quand même du mordant en concert. Le batteur (qui s'inspire des rythmes africains) et le guitariste, surtout, ont envoyé suffisamment de grooves durant le concert pour que la proposition puisse faire pop à de nombreuses occasions. Et que dire de l'énergie positive contagieuse de SOMI ? Elle est superbe.

Fusion de musique jazz colorée (Two Dollar Day, Ginger Me Slowly, Holy Room) et de musique du monde élégante (The Gentry), le spectacle de SOMI est un beau bijou du Festival 2017.

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