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Décès du compositeur français Pierre Henry, magicien des sons

Le musicien est décédé à l'âge de 89 ans.

06/07/2017 09:18 EDT | Actualisé 06/07/2017 09:18 EDT
INA via Getty Images

Le compositeur français Pierre Henry, l'un des pères de la musique électroacoustique qui a inspiré le mouvement électro, notamment à travers sa mythique «Messe pour le temps présent», est décédé à l'âge de 89 ans à Paris, a annoncé jeudi son entourage à l'AFP.

«Il est décédé cette nuit. Il allait fêter ses 90 ans en décembre», a annoncé Isabelle Warnier, son assistante et sa compagne.

Parfois considéré comme le «grand-père de la techno», Pierre Henry «faisait partie des grands défricheurs sonores du XXe siècle qui ont changé la manière de concevoir la musique», a réagi auprès de l'AFP le compositeur français Jean-Michel Jarre, figure de l'électro.

Le nom de Pierre Henry reste attaché à la «musique concrète» (bruits ou sons enregistrés) fondée par Pierre Schaeffer (1910-1995), à laquelle se rattachent la plupart de ses oeuvres (plus d'une centaine), toutes numérisées et conservées par la Bibliothèque nationale de France, une première pour un compositeur.

Né le 9 décembre 1927 à Paris, il entre à 9 ans au Conservatoire, où il étudie jusqu'en 1947 auprès de Nadia Boulanger (composition) et d'Olivier Messiaen (harmonie), dont l'enseignement très libre l'aura beaucoup marqué.

Deux ans plus tard, il fait une rencontre décisive en la personne de Pierre Schaeffer. Ensemble, ils fondent en 1950, à la Radio-télévision française, le Groupe de recherche de musique concrète (GRMC).

Il écrit avec lui la «Symphonie pour un homme seul» (1950), qui utilise la technique du «piano préparé» : divers objets sont insérés entre les cordes et la caisse de l'instrument.

Chef des travaux au GRMC, le jeune et ambitieux compositeur rompt avec son patron en 1958 pour fonder APSOME, premier studio privé consacré aux musiques expérimentales.

Pendant près d'un quart de siècle, il autofinancera ses activités en écrivant à tour de bras des musiques de films, de scène et publicitaires. Autant de travaux plus ou moins «alimentaires» qui lui auront «permis d'avancer dans la technicité», confiera-t-il sans amertume.

Remixé

Rapidement, Pierre Henry noue des relations de travail soutenues avec d'autres artistes, des plasticiens comme Jacques Villeglé ou des chorégraphes à l'image de Maurice Béjart, avec lequel il créera une quinzaine d'oeuvres.

L'un des points culminants de cette collaboration unique sera la «Messe pour le temps présent» (Festival d'Avignon en 1967), dont les «jerks électroniques» (composés par Michel Colombier) deviendront un tube.

Signe de sa popularité, «La Messe» a été remixée pour les 70 ans du compositeur par quelques grands noms de la scène électro (Fatboy Slim, William Orbit, Dimitri from Paris...) et contribua à lui assurer une réputation, vivement contestée par l'intéressé, de «grand-père de la musique techno».

Pierre Henry a parfois jugé durement le «manque de maturation d'écriture» des DJ's et leur musique «uniquement jouée par la main gauche», tout en se réjouissant que le son soit devenu, avec eux, «une fonction naturelle de l'être humain».

Son univers était fait de bruits éclectiques et souvent insolites (comme dans les grinçantes «Variations pour une porte et un soupir»), capables d'illustrer un propos volontiers métaphysique sur la nature («Histoire naturelle ou les roues de la terre») et le cosmos («Dieu»).

Pierre Henry passait ses sons au filtre de l'électronique (magnétophones, haut-parleurs) dans son studio aux allures de capharnaüm, créé en 1982 dans l'est de Paris, avec cette fois le soutien de l'Etat et de la ville. Un atelier qu'il ouvrait régulièrement au public pour des «concerts privés».

Sur scène, à 80 ans passés, Pierre Henry continuait à courber sa tête de hibou à l'oeil vif sur une imposante console de mixage, et à tendre l'oreille à l'aide de la main pour mieux juger de l'équilibre entre les sons.

«La Messe pour le temps présent» résonnera le 13 juillet sous la nef de la salle d'exposition parisienne du Grand Palais dans le cadre d'un grand bal gratuit avant la fête nationale française. La Philharmonie de Paris doit aussi lui consacrer une nuit entière le 7 octobre dans le cadre d'une «nuit blanche» organisée chaque année en France.

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