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Le Cirque Alfonse veut faire résonner «Tabarnak» partout dans le monde

«On s’inspire surtout de l’église en tant que telle. On explore le bâtiment, le côté rassembleur et l’aspect communautaire.»

03/07/2017 20:21 EDT | Actualisé 18/08/2017 16:38 EDT
Cirque Alfonse

Avec leurs barbes hirsutes, leurs muscles saillants, leur amour décomplexé du trad et leur volonté de produire des spectacles tout sauf banals et lisses, les acrobates du Cirque Alfonse font parler d'eux partout sur la planète. Mais c'est durant Montréal Complètement Cirque qu'ils présenteront leur nouvelle création au titre résolument québécois : Tabarnak. Le HuffPost s'est entretenu avec l'un des membres fondateurs de la troupe, Antoine Carabinier, avant la grande première.

À quel point le juron « tabarnak » occupe-t-il une place significative dans le spectacle?

C'est principalement le titre du show. On s'inspire surtout de l'église en tant que telle. On explore le bâtiment, le côté rassembleur et l'aspect communautaire. On part du sous-sol d'église où l'on retrouve les bazars et les trucs plus underground qui s'y déroulent de nos jours. Ensuite, on se transporte à l'autel, dans la nef et dans les voûtes pour une portion plus aérienne. On présente plusieurs tableaux assez poétiques.

Allez-vous parler de l'église avec le côté irrévérencieux qu'on vous connait?

On ne voulait pas appuyer ce côté-là cette fois-ci, avec tout ce qui se passe dans le monde. On préférait quelque chose de léger. Évidemment que le public va retrouver des symboles religieux inévitables, mais ce n'est pas un show pour ou contre la religion. Néanmoins, on continue de s'amuser avec les codes. Il y aura un petit côté show rock dans un sous-sol d'église. Ça va être spécial comme ambiance. Il faut le voir pour le comprendre.

Tabarnak sera votre troisième création en sept ans, après Timber et Barbu. Comment votre rythme de production se compare-t-il à celui des autres troupes?

On prend un plus de temps que certaines compagnies, comme le Cirque Éloize ou les 7 Doigts de la main. De façon générale, les compagnies créent des shows aux deux ou trois ans. Mais de notre côté, on est dans tous les spectacles qu'on alterne en tournée depuis des années, alors on n'a pas le choix d'avoir un rythme comme ça.

Cirque Alfonse

À quoi ressemble votre processus de création?

On a pris trois mois et demi sans engagement pour se concentrer sur la création. On habitait chez ma sœur à Sainte-Béatrix, pas très loin de la grange familiale à Saint-Alphonse-de-Rodriguez où l'on répétait. C'était spécial comme procédé. On était 24 heures sur 24 en mode création, à ne penser qu'à ça. Tout le monde participait à chaque étape. Et comme on a du bagage en cirque, en théâtre, en danse et en musique, c'était très multidisciplinaire comme création. Après environ trois semaines de répétitions, notre metteur en scène Alain Francoeur est venu jouer au chef d'orchestre pour mettre les pièces du puzzle ensemble.

En quoi Tabarnak se démarque-t-il de vos deux productions précédentes?

Cette fois, il n'y a aucun numéro en solo. On est presque tous dans chaque numéro, ce qui rend le show particulièrement intense. C'est une production à plus grand déploiement avec du visuel immense. Je dirais aussi que Timber avait un côté terre-à-terre et que Barbu avait des allures de cabaret, alors qu'avec Tabarnak, on s'envole un peu plus vers les cieux. On utilise beaucoup plus les hauteurs et on occupe énormément d'espace.

Quelles disciplines circassiennes seront présentes dans le spectacle?

Il y aura du main à main, de la balançoire russe, de la perche traditionnelle comme on en voit peu au Québec, du patin à roulettes pour danser un 7 carré, de la barre russe, de la courroie aérienne et du spinning meteor. Comme il y a plusieurs nouvelles disciplines pour nous, on a pris le temps de répéter pour maîtriser tout ça.

Quelle atmosphère musicale David Simard a-t-il composée?

Il a mixé une base de musique traditionnelle québécoise avec des influences arabes et des pays de l'Est, question d'englober plusieurs cultures. Il a aussi ajouté de l'orgue, ce qui amène une couleur parfaite pour notre thématique. La musique sera omniprésente. Elle devient comme un personnage sur scène. Ça dégage une énergie incroyable!

Où en êtes-vous avec les tournées de Timber et de Barbu?

Puisqu'on préparait une nouvelle création, on savait qu'on ne pourrait pas tourner trois shows en même temps. Timber s'est donc terminé en janvier 2017, après quelque 400 représentations sur plus de cinq ans de tournée. Il était temps de tourner la page sur ce spectacle. Mon père, qui était dans le show depuis les débuts, a aujourd'hui 70 ans, et il commençait à être un peu fatigué de la tournée. En ce qui concerne Barbu, on le présente surtout durant les festivals. On ira le jouer à Budapest et Prague durant tout le mois d'août et on aimerait prolonger sa vie jusqu'à ce que Tabarnak prenne son envol. On va faire une petite tournée québécoise avec Tabarnak en décembre et on espère le présenter à l'international au printemps ou à l'été 2018.

Avez-vous choisi le titre Tabarnak pour jouer la carte québécoise à fond, à l'étranger?

C'est vrai qu'ici, ça fait un peu intense comme titre. Mais à l'international, c'est le premier mot qui vient à l'esprit des Français et des non-francophones qui nous parlent. C'est une référence très connue ailleurs. Alors on croit que ça va bien fonctionner.

Tabarnak sera présenté dans le cadre du festival Montréal Complètement Cirque à la TOHU du 5 au 11 juillet.

«Barbu - Foire électro-trad» Montréal complètement cirque 2014