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FIJM2017: le dub planétaire de Thievery Corporation

Le travail léché et séduisant de Thievery Corporation a toujours eu ses détracteurs.

02/07/2017 14:45 EDT | Actualisé 02/07/2017 14:45 EDT
Thievery Corporation / Facebook

Les esthètes américaines du dub étaient à la salle Wilfrid-Pelletier de la Place des arts, samedi soir, pour partager notamment les morceaux de leur nouvel album The Temple of I & I, une production influencée par le reggae et par ce que la Jamaïque à d'autres de bons à offrir.

Le travail léché et séduisant de Thievery Corporation a toujours eu ses détracteurs. En même temps, nombreux sont les amateurs de la musique électronique downtempo (ou «mellowtempo») proposée par Rob Garza et Eric Hilton, depuis les années 1990. Plusieurs de leurs pièces, qui mélangent jazz et diverses influences du monde, ont joué dans les bars et établissements en tout genre, partout sur la planète.

Après Saudade, qui était une ode à la musique brésilienne, le duo a récemment publié The Temple of I & I, qui est selon nous une offrande réussie.

Full band

Parmi les festivaliers présents dans la salle, hier, certains devaient s'attendre à voir un duo de DJ envoyer leurs trucs à moitié préprogrammés à partir de leurs laptops et autres jouets. Nenni.

Depuis un certain temps, la paire s'est dotée d'un véritable groupe de tournée incluant un percussionniste, un batteur, un bassiste et une brochette de quatre chanteurs (dont deux femmes) qui viennent interpréter une chanson à tour de rôle. On ajoute à ça les guitares électriques.

Déhanchement

Le bal s'est ouvert avec la pièce instrumentale The Forgotten People (de l'album Radio Retaliation, paru en 2008), très influencée par des sonorités indiennes : le motif du sitar – joué par Rob Myers assis les jambes croisées - et les percussions étant les effets les plus révélateurs de cette touche orientale.

Ensuite, changement de ton avec la soyeuse Until the Morning, du célèbre disque The Richest Man in Babylon (2008). Cette fois, elle a bénéficié de la voix sensuelle de l'une des chanteuses. Juste après Take My Soul, le morceau True Sons of Zion, issu du plus récent album, a fait tanguer les deux milliers de spectateurs dans la salle grâce à son reggae bien chaleureux.

Dès cet instant, on a pu constater que les pièces prennent du coffre en spectacle. C'est plus dense et plus énergique que sur les albums, en général.

Un peu plus tard, la pièce Le Monde (de l'album The Mirror Conspiracy, paru en 2000) rappelait énormément le travail de Morcheeba : parfait exemple musical de cette énergie métissée de trip-hop, de «mellowtempo», de louange qui avait fait la marque de Thievery Corporation à la fin des années 1990 et au passage du troisième millénaire.

La musique, l'homme et la liberté

Dans cette atmosphère de métissage culturel, Thievery Corporation a transporté les gens dans un véritable voyage autour du monde, de la Jamaïque, en passant par le Brésil, l'Amérique, l'Europe occidentale et l'Orient.

Sur des rythmes assez entraînants, les gens ont dansé sur la plupart des morceaux proposés par la formation. Çà et là, des textes comme Ghetto Matrix, Warning Shots et Amerimacka ont rappelé que le travail de Rob Garza et Eric Hilton est nourri par des idéologies libérales, qui impliquent aussi la dénonciation des injustices et l'engagement sociopolitique, y compris la révolte et la lutte.

«Amerimacka, oh what a beautiful life

Amerimacka, is like licking honey off a knife

Amerimacka, oh what a beautiful sight

Amerimacka, don't be blinded by the light

The land of the free built on slavery

Our consciousness in captivity

Promise land is the liar's den

Your culture of greed has got to end»

Durant environ 120 minutes de concert, Thievery Corporation a dû proposer la moitié des chansons de l'album The Temple of I & I, dont Time + Space, Love Has No Heart, Weapons of Distraction et Fight To Survive, avec son flow hip-hop-reggae et ses arrangements assez dynamiques.

Pour le reste, ce fut une panoplie de morceaux pigés dans les fameux disques comme Lebanese Blonde (1998), The Richest Man in Babylon (2002), Culture of Fear (2011) ou encore Saudade (2014). Tout le temps, un bon mixte de downtempo, de louange, de trip-hop, de bossa-nova et de dub.

Dans un voyage aussi diversifié, pas toujours facile de conserver une bonne homogénéité sur scène. On passe de la chanteuse suave qui interprète son morceau de manière langoureuse, tandis qu'après on saute sur des rythmes reggae et quasi-gangsta rap (l'appel à la résistance de Warning Shots).

Sinon, bon buzz.

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