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150e anniversaire du Canada: des Autochtones n'ont pas le coeur à la fête

Un tipi a été installé sur la colline du Parlement en signe de protestation.

29/06/2017 18:44 EDT | Actualisé 29/06/2017 18:45 EDT
CP/Justin Tang

Justin Trudeau admet volontiers que plusieurs Autochtones n'ont pas le cœur à célébrer le 150e anniversaire de la fédération, et il soutient que ceux qui manifestent leur mécontentement doivent être traités avec respect et compréhension.

Neuf Autochtones de Sault Ste. Marie, en Ontario, ont été arrêtés puis relâchés, jeudi à Ottawa, alors qu'ils tentaient d'ériger un campement sur la colline du Parlement. Munis de planches de bois, ils voulaient construire mercredi soir un tipi qui devait être sur place pendant les célébrations de la fête du Canada, en fin de semaine, afin de dénoncer le sort réservé aux Autochtones.

Les autorités responsables de la sécurité ont finalement accepté qu'un tipi soit installé aux limites de la colline du Parlement, dans un espace entouré de barrières.

L'organisateur de cette «réoccupation», Brendon Nahwegezhic, a expliqué qu'il ne s'agissait pas d'une manifestation mais d'un effort pour sensibiliser les Canadiens à la version autochtone de l'histoire du Canada, une histoire marquée par le génocide et l'assimilation.

Interrogé lors de sa visite dans l'Île-du-Prince-Édouard, jeudi, le premier ministre Justin Trudeau s'est dit sensible au message des manifestants, qu'il faut traiter avec respect et de façon responsable, a-t-il dit. Mais il faut aussi pouvoir gérer l'immense foule attendue samedi à Ottawa pour la fête du Canada, a précisé M. Trudeau. «C'est ce que j'attends des services de sécurité.»

La sécurité a effectivement été renforcée sur la colline du Parlement alors que les organisateurs s'attendent cette année à une foule de 500 000 personnes dans la capitale.

Selon M. Trudeau, les Canadiens doivent comprendre que le 150e anniversaire de la fédération canadienne ne sera pas souligné de la même façon par tout le monde. «Nous reconnaissons que nous n'avons pas été à la hauteur face aux peuples autochtones au cours des décennies, des générations — en fait des siècles passés», a estimé le premier ministre.

Quatre jours sur la colline

Les militants autochtones sur la colline ont quant à eux l'intention de demeurer sur place pendant les quatre prochains jours. «Nous sommes en territoire algonquin, nous avons le droit d'y pratiquer nos traditions», martèle Brendon Nahwegezhic. Il a même indiqué que le groupe songe à déménager au cœur de la colline le tipi actuellement confiné sur une butte qui mène à l'édifice de l'Est du parlement.

«Trudeau parle de vérité et de réconciliation, mais on ne pourra tendre à la réconciliation sans exposer d'abord la vérité de façon transparente et juste, estime-t-il. Malheureusement, cela semble avoir été mal compris, entre autres par les politiciens.»

La sénatrice libérale Sandra Lovelace Nicholas, de la première nation malécite de Tobique, au Nouveau-Brunswick, a aussi indiqué jeudi qu'elle ne célébrerait pas en fin de semaine. «Notre histoire remonte bien avant la colonisation et pourtant, nous sommes toujours traités comme des citoyens de troisième ordre, même si nous avons signé des traités en toute bonne foi», a-t-elle expliqué.

«Nous célébrerons lorsque tous les traités seront réglés, et lorsque tous les enfants autochtones jouiront d'un traitement équitable en matière d'éducation, de soins de santé, d'eau potable, de logement et de gouvernance sur nos territoires.»

Des mots-clics comme #Resistance150 ont aussi envahi les médias sociaux, rassemblant des Canadiens qui n'ont pas le cœur à la fête. Dans certaines villes, des petites affiches posées sur les poteaux comparent les fêtes du 150e à une «célébration du génocide autochtone».

En mai, déjà, le groupe Idle No More invitait les Autochtones du pays à perturber les fêtes du 1er juillet. On suggérait par exemple de manifester lors du pique-nique de la fête du Canada auquel doit assister la ministre des Affaires autochtones, Carolyn Bennett, dans sa circonscription de Toronto.

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