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Gravement malade, le prix Nobel de la paix Liu Xiaobo sort de prison en Chine

26/06/2017 06:34 EDT | Actualisé 26/06/2017 06:36 EDT
DALE DE LA REY via Getty Images
Radical legislator ÒLong HairÓ Leung Kwok-hung holds a banner of Chinese dissident Liu Xiaobo during a pro-democracy protest in Hong Kong on May 18, 2016, during the second day of a visit by China's National People's Congress (NPC) Standing Committee Chairman Zhang Dejiang. One of China's most powerful officials arrived in Hong Kong on May 17 in an attempt to build bridges in the divided city, but the trip has already stirred anger among opponents. / AFP / DALE DE LA REY (Photo credit should read DALE DE LA REY/AFP/Getty Images)

Le prix Nobel de la paix chinois Liu Xiaobo, emblème de la lutte pour la démocratie dans son pays, est sorti de prison après avoir été diagnostiqué le mois dernier d'un cancer du foie en phase terminale, a annoncé son avocat.

Le diagnostic a été fait le 23 mai et l'intellectuel dissident, incarcéré depuis huit ans, a bénéficié quelques jours plus tard d'une mise en liberté conditionnelle, a indiqué l'avocat Mo Shaoping.

Vétéran de la dissidence chinoise, M. Liu "est désormais soigné à l'hôpital de Shenyang (dans la province de Liaoning, nord-est). Il n'a aucun projet particulier. Il reçoit juste un traitement médical en raison de sa maladie", a déclaré l'avocat.

Liu Xiaobo, aujourd'hui âgé de 61 ans, avait été condamné en 2009 à onze ans de réclusion pour "subversion", après avoir corédigé un texte, la Charte 08, qui prônait le respect des droits de l'homme et l'instauration d'élections en Chine.

Il avait reçu en 2010 le prix Nobel de la paix alors qu'il était déjà emprisonné, une décision qui avait suscité l'ire de Pékin. En son absence, la récompense lui avait été remise de façon symbolique le 10 décembre 2010 à Oslo, l'écrivain étant représenté par une chaise vide.

Unique Nobel de la paix emprisonné dans le monde, Liu Xiaobo était devenu un encombrant symbole pour le régime communiste, auquel Washington et l'Union européenne, à l'instar de nombreux pays occidentaux, réclamaient sa libération, à l'unisson d'une vaste mobilisation internationale.

'Inconditionnelle'

Après l'annonce de la sortie de prison de Liu Xiaobo, ses soutiens exprimaient lundi leurs inquiétudes sur son état de santé tout en s'indignant du traitement que lui a réservé Pékin et réclamant sa mise en liberté "inconditionnelle".

"C'est ajouter des préjudices physiques à l'insulte! Liu Xiaobo a été diagnostiqué d'une maladie grave en prison, où il n'aurait jamais dû se trouver", a réagi auprès de l'AFP Patrick Poon, un chercheur de l'ONG Amnesty International.

"Les autorités chinoises doivent immédiatement s'assurer que Liu Xiaobo reçoive un traitement médical adapté, avec un accès effectif à sa famille", a ajouté M. Poon, tout en appelant à ce que M. Liu bénéficie "immédiatement" d'une libération "sans condition".

Su Yutong, une journaliste et activiste chinoise exilée en Allemagne, s'est pour sa part dite "extrêmement choquée et attristée" sur le sort de son ami. "Les autorités doivent le laisser partir à l'étranger pour y recevoir un traitement adéquat", a-t-elle plaidé dans un message envoyé à l'AFP.

"On ignore s'il a été soumis en prison à des tortures ou des traitements inhumains. Mais (...) il ne pouvait ni écrire, ni s'exprimer, ni exercer sa liberté de penser: ce qui, en tant qu'intellectuel, a dû être la pire des tortures", a-t-elle estimé.

Sort de son épouse

Par ailleurs, le sort de l'épouse de Liu Xiaobo, Liu Xi, reste en suspens: selon Patrick Poon, elle demeurait lundi assignée à résidence.

Bien qu'elle ne fasse l'objet d'aucune accusation officielle, Mme Liu, assignée à son domicile pékinois depuis 2010, n'a pas d'accès à internet, n'est pas autorisée à recevoir chez elle des visiteurs, et ne peut que rarement parler par téléphone à des membres de sa famille. Liu Xia n'a pas pu être jointe lundi par l'AFP.

Liu Xiaobo, alors enseignant de l'Université normale de Pékin, avait participé en 1989 au mouvement prodémocratique de la place Tiananmen, déclenché par les étudiants. Arrêté après la répression du mouvement, l'opposant avait passé un an et demi en prison sans jamais avoir été condamné.

Envoyé dans un camp de rééducation "par le travail" entre 1996 et 1999 et exclu de l'université, il était devenu l'un des animateurs du Centre indépendant Pen Chine, un regroupement d'écrivains.

"A un moment où la Chine veut un rôle international accru, il est approprié qu'elle fasse preuve d'humanité et de compassion envers un homme qui n'a jamais commis de crime mais qui a dédié sa vie à la littérature et à l'expression libre", a commenté lundi le Pen Hong Kong, appelant également à sa libération "inconditionnelle".

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