BIEN-ÊTRE

Queer, ou l'éloge de la diversité sexuelle

25/06/2017 08:48 EDT | Actualisé 25/06/2017 08:48 EDT
Radio-Canada/Dominique Landry

« Bizarre », « étrange », « peu commun ». En anglais, le terme queer est d'abord péjoratif. Mais la communauté LGBTQ s'est maintenant approprié cette expression de manière à en faire un symbole d'autodétermination et de libération.

Un texte de Solveig Miller, de Remue-ménage

Samuele est une jeune artiste qui prend son envol après avoir décroché le grand prix au dernier Festival international de la chanson de Granby. Elle est la fille du poète Gaston Mandeville, musicien, chanteur et compositeur qui a été emporté par le cancer il y a 20 ans. À l’époque, Samuele n’en avait que 11.

samuelle

«Je n’ai jamais correspondu aux attentes et aux stéréotypes de ce qu’on attend de quelqu’un qui est assigné femme. Mais je n’ai pas non plus le désir de "transitionner" pour devenir un homme. Je me sens bien quelque part entre les deux.» - Samuele Mandeville

Samuele s’est toujours sentie différente. « Pour moi, la découverte du queer, ça a été la découverte de moi-même. Tant pis pour les cadres trop stricts, je vais être qui je suis pour vrai. Partir de moi, pas de l’extérieur. »

« Toute notre socialisation est basée sur le fait qu’il y a deux genres distincts et complémentaires », explique Samuele. « Quand quelqu’un arrive et dit : "moi, je ne me sens pas bien là-dedans", ça rend généralement les gens très mal à l’aise. »

« L’identité, c’est quelque chose qui est complexe, qui est multiple. Mes chansons ne sont pas nécessairement queer. Personne dans mon band n’est queer. Personne dans mon entourage professionnel non plus. Et ce n’est vraiment pas un problème. »

Un curieux phénomène

Les universitaires tentent de comprendre et d’expliquer les revendications des personnes queers.

line chamberland

« Il y a les lesbiennes, les personnes trans, gaies, aromantiques, bisexuelles, des personnes non binaires, des pansexuels, des personnes au genre fluide, des demi-sexuels, des "gender queers", des asexuels. Là, je suis toute mélangée », affirme Line Chamberland, sociologue et titulaire de la Chaire de recherche sur l’homophobie à l’Université du Québec à Montréal.

« Queer, c’est un terme parapluie qui englobe toutes les identités qui se veulent d’une part contestataires, et qui se veulent aussi fluides, changeantes, ouvertes à de nouvelles définitions, ouvertes à une évolution dans le temps, qui n’excluent personne », précise-t-elle.

L'hétéro-queer

L'artiste musical Radiant Baby, Félix Mongeon, termine son doctorat en psychologie clinique. Il s’intéresse aux thérapies sexuelles.

«Moi, je suis attiré par les femmes. J’aime pouvoir avoir le droit d’être moi-même et d’exprimer des aspects de mon identité qui ne correspondent pas aux normes strictes de la masculinité.» - Felix Mongeon, psychologue et chanteur, alias Radiant Baby

Il ne se réclame pas du mouvement queer même s’il en adopte certains codes, notamment dans sa musique, en explorant la binarité identitaire.

« J’ai beaucoup de privilèges, étant un hétérosexuel, étant un homme, étant blanc », explique Félix Mongeon. Je n’ai pas été marginalisé. Je n’ai pas vécu des préjudices, comme d’autres groupes. C’est pour cela que je fais attention à ne pas prendre des identités politiques qui ne m’appartiennent pas. »

Sa copine Lara est très ouverte aux artistes queer, dont on peut trouver les oeuvres dans sa boutique du boulevard Saint-Laurent, la deuxième qu’elle vient d’ouvrir.

Dans l'air du temps

Pourquoi toutes ces questions de diversité sexuelle et de genre sont-elles dans l’actualité? Les réseaux sociaux favorisent l’expression individuelle et envahissent la vie privée. Mais pour les chercheurs, il faut aussi noter que l’adolescence se prolonge.

«Le jeune va être dans une période, pendant peut-être 10 ou 15 ans, au cours de laquelle il va vivre des relations amoureuses, des relations sexuelles qui ne seront pas encore définitives, qui peuvent suivre plusieurs modèles.» - Line Chamberland, sociologue, titulaire Chaire de recherche sur l’homophobie de l'UQAM

Samuele ajoute : « Je ne voulais plus vivre. Il fallait que les choses changent. Tout ce processus-là, comment je peux faire pour être bien, c’est un processus qui est difficile, mais qui est important. On dirait que j’ai plus envie d’être avec des gens qui ont passé par là aussi. »

Transexualité et vie de famille

Samuele fréquente la ferme Les champs qui chantent. Une coopérative qui produit pour la ville des paniers de légumes biologiques, mais aussi qui accueille toutes les différences.

Jenna Jacobs, 33 ans, est née en Alberta. « Ici, on a essayé de créer une place sécuritaire pour les membres qui ne s’identifient pas au mainstream. »

Sa conjointe, Eby Heller, a 40 ans, et est originaire de Chicago. « Je savais très jeune que j’étais bisexuelle, que j’étais attirée par tout le monde, que le genre n’importait pas dans mes attirances et dans mes préférences sexuelles. »

Toutes deux sont venues vivre au Québec pour leurs études universitaires et se sont installées à la ferme, dans les Laurentides.

Dès l’âge de quatre ans, Jenna se sentait mal dans sa peau. Toute sa vie sera un combat : elle n’accepte pas son corps de garçon. Elle dit avoir dû dévoiler son secret quand elle a rencontré Eby, il y a sept ans.

«Elle m’avait dit : "je suis en transition, il faut que tu sois d’accord avec cela. Et j’ai dit ok."» - Eby Heller

La transition pour devenir femme est une très longue procédure qui comporte des traitements hormonaux et une chirurgie radicale.

«Je suis identifiée comme une fille trans, une maman, une lesbienne, bisexuelle, trans, queer. Je n’aime pas quand on m’appelle "monsieur".» - Jenna Jacobs

Avant sa transformation, Jenna a congelé son sperme, ce qui a permis au couple d’avoir deux enfants : Aude et Simone.

Accepter la différence

Depuis, Jenna ne craint plus le regard des autres. « Ma vie est plus facile, je suis contente. Eby acquiesce : « j’ai une stabilité extraordinaire avec Jenna, je sais qu’elle est toujours là pour moi. Oui, la vie est belle. »

« Ça ne nous fait pas peur de partager notre histoire parce que ce n’est pas si différent que cela », raconte Eby. « On aime nos enfants, on s’inquiète quand ils sont malades, on travaille fort. On veut le mieux pour nos voisins, je dirais que ça décrit probablement la majorité des personnes dans le monde. »

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  • Matsuda. 2011, From the series Queer Icons, Photogravure w/ Chine-Colle, 11x14, image size 8x10. Gabriel Garcia Roman
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  • Gerardo. 2014, From the series Queer Icons, Photogravure w/ Chine-Colle, 11x14, image size 8x10. Gabriel Garcia Roman
  • Jairo. 2014, From the series Queer Icons, Photogravure w/ Chine-Colle, 11x14, image size 8x10. Gabriel Garcia Roman
  • Sidra. 2014, From the series Queer Icons, Photogravure w/ Chine-Colle, 11x14, image size 8x10. Gabriel Garcia Roman
  • Julissa. 2014, From the series Queer Icons, Photogravure w/ Chine-Colle and silkscreen, 11x14, image size 8x10. Gabriel Garcia Roman
  • Bakar. 2015, From the series Queer Icons, Photogravure w/ Chine-Colle and silkscreen, 11x14, image size 8x10. Gabriel Garcia Roman