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La Vieille Province: les baby boomers mal outillés pour la retraite

29/05/2017 09:47 EDT | Actualisé 31/05/2017 10:45 EDT


Ce texte a été publié dans le cadre du dossier La vieille province, une série de reportages sur le vieillissement de la population au Québec.

Depuis 2010, les premiers baby boomers atteignent graduellement l’âge de la retraite. Et le constat est alarmant: sur le plan financier, ils sont très mal préparés.

Au cours de la dernière décennie, le nombre de faillites chez les personnes de 65 ans et plus a bondi de 131 pour cent au Québec, selon le Bureau du surintendant des faillites. Par comparaison, elles n’ont augmenté que de 50 pour cent dans l’ensemble de la population pour la même période. Selon le plus récent rapport de la société de crédit Equifax, le consommateur moyen de 66 ans et plus traine 11 900 dollars de dettes, excluant son hypothèque.

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De plus, l’espérance de vie des Québécois ne cesse d’augmenter et leur train de vie ralentit beaucoup plus tard qu’auparavant parce qu’ils gardent la santé de plus en plus longtemps. Résultat? L’épargne qu’ils ont accumulée au cours de leur carrière est généralement loin d’être suffisante.

Nombre d’entre eux comptent d’ailleurs sur l’héritage que leur laisseront leurs parents pour financer leur retraite. Le hic? Les Canadiens surestiment en moyenne de 50 pour cent la somme qu’ils toucheront, selon un sondage réalisé par Group Investors en 2012.

Les personnes âgées sont donc nombreuses à se retrouver dans des situations financières précaires. Près de 40 pour cent des Québécois qui touchent la pension de sécurité de la vieillisse doivent aussi compter sur le Supplément de revenu garanti offert par le gouvernement fédéral pour subvenir à leurs besoins.

DANS CE DOSSIER:

» Le Québec mal préparé pour le défi du siècle

» Le système de santé québécois, tech-nono?

» Quelles régions du Québec vieillissent le plus vite? (CARTE INTERACTIVE)

» Les nouveaux vieux: les différents visages de la retraite

Travailler sa retraite

Les retraités québécois sont nombreux à retourner sur le marché du travail, que ce soit à temps plein ou à temps partiel. Si certains le font pour tromper l’ennui ou pour explorer d’autres domaines qui les passionnent, environ le tiers d’entre eux le font parce qu’ils y sont contraints financièrement.

Pour Danielle Bujold, 59 ans, il y a un peu des deux. Retraitée de la fonction publique depuis trois ans, elle n’a pas de mal à subvenir à ses besoins de bases. Mais elle s’est vite rendu compte que l’épargne qu’elle avait prévu pour la retraite ne lui permettrait pas de profiter pleinement de sa nouvelle liberté et de réaliser ses ambitieux projets.

«J’aimerais aller faire du bénévolat dans les pays sous-développés pour donner de l’aide et apprendre une nouvelle langue.»
— Danielle Bujold, retraitée

«Vous savez, la retraite, c’est très dispendieux. Moi, j’avais tout planifié. Mais le coût de la vie grimpe tellement vite que c’était impossible de penser à quarante ans, lorsque j’ai commencé à penser à ma retraite, que ce serait aussi coûteux aujourd’hui», admet-elle.

danielle bujold

Pour Danielle Bujold, la retraite ne se passe pas comme prévu.

«Je pensais vraiment qu’avec ce que je recevrais du gouvernement et ce que j’ai mis de côté, ça irait très bien. Et ça va bien. Mais si je ne retourne pas sur le marché du travail, je ne pourrai pas bouger beaucoup.»

«Ce n’est pas cette vie-là que je voyais.»
— Danielle Bujold, retraitée

Elle a donc cherché un emploi à temps partiel dans le domaine du service à la clientèle, puisqu’elle adore interagir avec le public.

«Je me disais qu’après la retraite j’aurais les rentes et tout ce qui vient avec, et que je pourrais, en travaillant trois jours par semaine, me permettre de voyager et de découvrir le monde», raconte-t-elle.

Or, tout ne s’est pas passé comme prévu pour la jeune retraitée.

«À notre âge, ce n’est pas si facile de se trouver un emploi, constate-t-elle. Moi, je ne me sens pas à l’âge que j’ai. Mais les gens qui nous passent en entrevue nous donnent un âge.»

La dame estime d’ailleurs avoir été victime de discrimination en raison de son âge «deux ou trois fois» depuis qu’elle a entamé sa quête de retourner sur le marché du travail.

«Une fois, je suis rentrée dans une lunetterie et, lorsque j’ai vu l’atmosphère qui se dégageait de l’endroit, j’étais très intéressée à travailler avec ces gens-là», raconte-t-elle. Elle s’est donc adressée à la gérante, qui s’est montrée enthousiaste à l’idée de l’embaucher. «Elle m’a dit: "vous êtes la première sur notre liste"», se remémore Danielle Bujold.

Une semaine plus tard, lorsque la dame a rappelé la boutique pour avoir des nouvelles, on lui aurait affirmé que l’entreprise n’était pas en processus d’embauche. «Mais quand j’y suis retournée, ils avaient embauché plusieurs personnes. Toutes des jeunes filles», déplore-t-elle.

Un incident qui est loin d’être isolé, selon Lucie Dubé, coordonnatrice à l’Association Midi-Quarante, spécialisée en recherche d’emploi pour les personnes de plus de 45 ans.

Pourtant, elle croit fermement que l’âge est un atout pour les employeurs. «Les personnes âgées ont acquis, tout au long de leur vie, une expérience qui leur permet par exemple d’aborder différemment certains problèmes, illustre-t-elle. Ils sont souvent moins réactifs, plus posés.»

«À l’âge qu’on a, avec l’expérience de vie qu’on a et l’expertise de travail qu’on a, on a beaucoup à apporter, renchérit Danielle Bujold. Mais il faudrait nous en laisser la chance.»

Car si on continue de les écarter du marché du travail, les 65 ans et plus risquent d’être très nombreux à survivre au crochet de l’État. Et avec à peine 2,1 travailleurs potentiels pour chaque retraité en 2030 (selon les prévisions de l’Institut de la statistique du Québec), difficile d’imaginer où le gouvernement trouvera l’argent.

Pour une politique nationale du vieillissement

Dénonçant le «travail en silos» des différents ministères, la Fédération de l’âge d’or du Québec (FADOQ) réclame depuis plusieurs années une politique nationale du vieillissement, qui permettrait de repenser plusieurs aspects de la société québécoise afin de mieux gérer le vieillissement de la population.

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Danis Prud’homme, directeur général de la Fédération de l’âge d’or du Québec.

Danis Prud’homme, le directeur général du réseau, déplore par exemple que le gouvernement n’ait mis en place aucune mesure pour inciter les employeurs à embaucher ou à garder des travailleurs plus âgés, alors qu’il songe pourtant à hausser l’âge de la retraite. Il dénonce également le fait que le Québec ne suive pas le reste du Canada en ce qui a trait aux rentes. «On devient en quelque sorte des porteurs d’eau, parce qu’on va être les plus pauvres de la société canadienne», affirme-t-il.

Il rappelle pourtant que les retraités permettent à l’État de réaliser des économies importantes, notamment parce qu’ils s’impliquent bénévolement, deviennent des proches aidants ou encore s’occupent gratuitement de leurs petits enfants. «Malheureusement, le gouvernement ne voit pas ça comme un bon investissement», se désole-t-il.

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Vidéo et montage: Philippe-Olivier Contant

Images additionnelles: Hugo Jolion-David

Avec la collaboration d’Agnès Chapsal