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Tuerie à la mosquée de Québec: «Les images reviennent chaque jour»

27/05/2017 03:04 EDT | Actualisé 27/05/2017 03:04 EDT
ALICE CHICHE via Getty Images
People place candles near a mosque that was the location of a shooting spree in Quebec City, Quebec on January 31, 2017. Alexandre Bissonnette cut a low profile as a shy, withdrawn political science student, keen on far-right ideas. The Canadian political science student known to have nationalist sympathies was charged January 30, 2017 with six counts of murder over a shooting spree at a Quebec mosque -- one of the worst attacks ever to target Muslims in a western country.Prime Minister Justin Trudeau condemned as a 'terrorist attack' Sunday night's assault on the Islamic Cultural Center in a busy district of Quebec City, which sent terrified worshippers fleeing barefoot in the snow. / AFP / Alice Chiche (Photo credit should read ALICE CHICHE/AFP/Getty Images)

"Les images reviennent chaque jour", souffle Said El Amari. Venu assister à la prière le dimanche 29 janvier, il est grièvement blessé lorsqu'un assaillant entre et fait feu dans la grande mosquée de Québec, tuant six personnes et traumatisant la communauté musulmane.

"Je n'ai pas l'habitude d'aller à la mosquée le dimanche", lâche l'homme encore marqué par l'évènement.

Quelques minutes après la fin de la prière, en se dirigeant vers la sortie avec des amis, il entend des coups de feu et se cache "dans un petit recoin" avec d'autres fidèles.

"À un moment donné, j'ai senti la balle transpercer mon abdomen (...), j'ai su que j'étais dans le viseur du tueur. Je n'ai pas bougé, je suis resté calme pour donner l'impression au tueur que j'étais atteint mortellement pour qu'il n'insiste pas", confie M. El Amari à l’AFP, le regard dans le vide.

Plusieurs minutes après, le tireur, resté proche de l'entrée, sort du bâtiment.

"Quand j'ai entendu que la mosquée commençait à grouiller, je suis tombé à terre", relate ce père de quatre enfants, ému par ces souvenirs.

Le présumé tireur, Alexandre Bissonnette, 27 ans, qui fait l'objet de onze chefs d'accusation, a depuis comparu trois fois devant le tribunal.

Son dossier est de retour lundi au palais de justice de Québec, où ses avocats se feront remettre le reste des éléments à charge.

Outre les six morts, cinq personnes avaient été grièvement blessées lors de la tuerie. L'une d'entre elles est toujours en soins intensifs après avoir reçu sept balles, dont une dans la nuque.

Vivre avec la peur

Said El Amari a passé deux mois à l’hôpital, dont un plongé dans un coma artificiel. A son réveil, il apprend les noms des victimes et les détails de la soirée. "C'était très difficile", se remémore-t-il.

Ce chauffeur de taxi, 40 ans, ne peut reprendre le travail, ses déplacements étant limités à la suite des lourdes opérations qu'il a subies. Sous peu, il va commencer un suivi psychologique.

Après quelques jours pour réhabiliter les lieux, les fidèles ont pu revenir dans la grande mosquée, mais la peur reste présente pour nombre d'entre eux.

Un fidèle, présent le soir de l'attaque, a avoué au président du Centre culturel islamique de Québec (CCIQ), Mohamed Labidi, éprouver de la difficulté à revenir sur les lieux.

"Il a vu son ami être tué. Ça l'a traumatisé. Il trouve ça très émouvant de venir tout seul, sans lui", relate Mohamed Labidi.

Depuis le 29 janvier, Said El Amari n'est allé que trois fois dans la grande mosquée: "ça m'a pris plusieurs semaines avant d'y retourner".

"On se sent encore ambivalent. C'est un peu le yoyo tous les jours", explique le cofondateur du CCIQ, Boufeldja Benabdallah, touché par la mobilisation des Québécois. "Nos concitoyens ont été très généreux. Leur bonté nous a fait du bien", souligne-t-il.

"Des personnes ont encore peur", concède Mohamed Labidi, assurant prendre "les mesures nécessaires pour que cela ne se répète pas".

"A chaque prière, un homme reste assis proche de l'entrée", explique-t-il. La personne doit garder l'œil sur l'écran récemment installé où l'on peut voir toutes les images des douze caméras de surveillance.

Depuis mi-avril, la porte ne peut s'ouvrir qu'avec une clé électronique, que seuls les membres de la mosquée possèdent. "Ça aide un peu, mais il y a toujours cette crainte", souffle Said El Amari.

Tout l'extérieur de la grande mosquée est également appelé à faire peau neuve afin d'augmenter la sécurité du lieu. Les démarches, déjà commencées avant l'attaque du 29 janvier, se sont accélérées depuis.

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