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Lettre d'une jeune femme à son frère incestueux

11/05/2017 06:10 EDT | Actualisé 11/05/2017 06:10 EDT
princigalli via Getty Images
Close up of woman's hand writing on paper with a pen

Elle a 8 ans et il en a 18, lorsqu'il lui touche les seins pour la première fois, par-dessus ses vêtements. Au cours des quatre années suivantes, les agressions se multiplient et sont de plus en plus poussées. Vingt ans plus tard, la petite soeur confie à la cour tout le mal que son grand frère lui a fait subir.

Un texte de Geneviève Garon

« J'avais 13 ans la première fois que j'ai eu envie d'en finir avec ma vie », écrit la victime, à présent âgée de 31 ans.

C'est la procureure aux poursuites criminelles et pénales Stécie Jérôme qui a lu la lettre au juge Jean-Paul Braun, lors de l'imposition de la peine de son agresseur, mercredi au palais de justice de Montréal.

Pendant ce temps, la victime pleurait à chaudes larmes dans la salle d'audience, entourée de ses proches, quelques rangées derrière son frère, de 10 ans son aîné (l'agresseur n'est pas identifié pour préserver l'anonymat de la victime).

«Je suis en colère, je ne dors presque plus. Je ne peux trouver de raison pour expliquer la violence de tes gestes.» -

Extrait de la lettre de la victime

La femme soutient avoir développé de l'anxiété et des comportements destructeurs, comme celui de se laver « jusqu'au sang avec de l'eau bouillante » ou de s'automutiler.

Le grand frère s'excuse

L'agresseur a été directeur général d'un CPE du centre-ville de Montréal pendant 17 ans. Il a dû quitter son poste à la suite de son arrestation, en 2015.

Selon l'exposé des faits présenté à la cour, il a déjà expliqué « avoir abusé de sa soeur », car il était gros et ne « pognait » pas.

L'accusé, qui affirme suivre une thérapie depuis 2003, a présenté ses excuses à sa soeur et aux membres de sa famille.

« Je vis de la honte. On vient d'un milieu difficile et je ne voulais pas faire partie du problème », a-t-il déclaré devant le tribunal.

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La famille est déchirée

La victime et son agresseur sont issus d'une famille de cinq enfants. Même s'ils n'ont pas tous le même père, ils ont tous été élevés comme des frères et soeurs. Plusieurs s'essuyaient les yeux dans la salle d'audience, notamment lorsque leur mère s'est adressée au juge.

Elle affirme avoir reçu « comme un coup de massue sur la tête » en 2000, lorsque sa fille lui a appris les sévices sexuels qu'elle avait endurés.

«J'essayais de comprendre tout ce que son petit corps a enduré [...] Ça s'est passé sous mon toit, je me sentais responsable.» - La mère de la victime et de l'accusé

Se tournant à l'occasion vers son fils, elle a ajouté : « Après toutes ces années, je n'arrive pas à comprendre que j'aie pu concevoir un enfant qui a détruit la vie de mon autre enfant. »

Une peine dans la collectivité

D'un commun accord, les deux parties ont suggéré une peine de deux ans moins un jour à purger dans la collectivité.

Pour les 10 prochains mois, l'agresseur sera donc assigné à résidence 24 heures sur 24, hormis pour le travail et certaines exceptions.

Son avocat, Stephen Angers, a demandé à ce qu'il ait droit à deux semaines de vacances cet été pour « aller au camping familial avec les enfants ».

Les proches de la victime ont soupiré bruyamment, et la procureure a exprimé son « malaise » par rapport à cette demande.

Le juge a commencé par dire qu'il éprouvait aussi un malaise, mais a finalement statué que l'agent de surveillance du quadragénaire pouvait lui accorder ce privilège.

En réponse aux conditions qui lui sont imposées, l'homme a répondu : « On va faire avec », ce qui a eu pour effet de faire bondir le juge Braun.

« Vous souffrez, ça va vous permettre de comprendre la souffrance d'une autre personne [...] On ne donne pas de médailles ici. »

À maintes reprises, le juge s'est ainsi adressé à la victime pendant l'audience d'une heure.

«Pour le tribunal, qui a vu à travers toutes ces années la douleur des gens, le message c'est : "Soignez-vous, acceptez de vous soigner".» - Le juge Jean-Paul Braun

Visiblement touché, il a exigé que le grand frère écrive une lettre d'excuses bien senties à sa petite soeur.

« On a le coeur déchiré de voir les conséquences que ça a eues sur elle », a conclu le juge.

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