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«Autopsie d'une femme plate» de Marie-Renée Lavoie: titre ironique pour roman jouissif (ENTREVUE)

25/04/2017 11:46 EDT | Actualisé 25/04/2017 11:47 EDT
François Couture

Quelques années après avoir vendu 30 000 copies de son premier roman, La petite et le vieux (Prix littéraire de la relève Archambault 2011 et gagnant du Combat des livres de Radio-Canada 2012), Marie-Renée Lavoie rapplique avec Autopsie d’une femme plate. La dame supposément ennuyeuse du roman, Diane, vient d’être larguée par son mari, qui a succombé aux charmes d’une plus jeune. Si la prémisse ressemble à un million d’histoires déjà racontées, sachez que l’écrivaine souffle un vent de fraicheur sur la thématique avec un style percutant, drôle et furieusement libre. Capable de nous faire tomber en amour avec sa plume dès la première page, avec un point de vue ô combien lucide sur le mariage, elle accompagne Diane au fond du baril, en nous offrant des scènes d’altercations mémorables avec l’ex-belle-sœur, l’ex-belle-mère et la nouvelle blonde, avant de remonter vers la surface, avec des méthodes à la fois confrontantes, réalistes et follement divertissantes.

Après 28 ans de couple, dont presque 25 ans de mariage, Diane est abasourdie quand son mari Jacques la quitte. Tout au long de la lecture, on comprend qu’elle était non seulement déconnectée de ce qui se passait dans son mariage, mais aussi de plusieurs aspects de la vie (la technologie, la mode, la culture, etc.). Pourquoi était-elle aussi peu en phase avec son univers?

Quand tu as 48 ans et que tu as élevé trois enfants en travaillant, la vie te laisse un peu moins de temps pour être branchée. Diane se le reproche d’ailleurs: elle n’a pas assez pensé à elle ou à son couple, et plusieurs choses lui ont échappé. Elle est un mélange de ce que je suis et de plusieurs femmes dont je suis proche, qui ont environ 50 ans, et qui sont tout aussi déconnectées, parce que trop occupées. Moi, à 43 ans, je suis un dinosaure, je suis déconnectée des réseaux sociaux et la dernière série télé que j’ai regardée, c’est Six Feet Under! J’ai l’air d’une terrible matante!

autopsie dune femme plate

La rupture a tué toutes les idées qu’elle se faisait de son futur et d’elle-même, parce qu’elle se définissait énormément par son union.

Je débute le roman avec une charge contre le mariage, qui encore aujourd’hui, est présenté comme une formule magique qui dure pour toujours, alors qu’on sait très bien que ça ne fonctionne pas comme ça. Diane ne voulait pas se marier, mais sa belle-famille l’a convaincue, et elle a fini par y croire. Il y a quelque chose dans le pacte du mariage qui te pousse à penser ton avenir en fonction de l’autre. Mais quand le pacte est rompu, le «nous», la maison pilier où tes enfants peuvent revenir si ça va mal et la femme solide que tu pensais être: tout ça s’effondre. À ce moment-là, Diane réalise qu’elle n’a pas réfléchi à ce qu’elle était toute seule.

Est-ce en réponse à l’électrochoc de la séparation et de la tromperie que Diane se met à démolir des meubles et des murs?

À la base, elle est assez effacée, elle travaille dans un bureau et s’occupe de ses enfants. Mais tout à coup, sa douleur et sa colère se traduisent par une volonté de détruire. C’est une charge symbolique. Dans les premiers temps, c’est souvent contre soi qu’on est choqué. Elle automutile sa propre maison, qui était le centre de son univers. Elle a besoin de «se» faire mal pour s’en dégager. Et ça fait du bien aussi de prendre sa masse et de fesser dans un mur! Comme écrivaine, ça m’évite plein de phrases pour décrire ce qu’elle vit.

Son amie Claudine occupe une place importante dans l’après-rupture. Elle lui suggère d’engager un détective privé et lui explique les bienfaits de certains fantasmes pour se remettre sur pieds. Mais dirais-tu que, par-dessous tout, sa rupture à elle sert de miroir à celle de Diane?

Au début, Claudine est un miroir déformant dans lequel Diane refuse de se voir. À un moment donné, il y a même un petit froid, parce que Diane essaie de se convaincre que son mari va peut-être revenir. Elle résiste à l’idée que sa relation/séparation sera comme les autres. Mais elles comprennent avec le temps que leurs ruptures se ressemblent plus qu’elles le pensent. Elles vont se soutenir beaucoup et devenir des sœurs unies dans le malheur et le bonheur.

Quand Diane repense à Jacques, elle constate que tous ses non-défauts à lui révèlent ses défauts à elle. Et la période d’introspection de la rupture lui fait réaliser qu’elle se déteste pour plusieurs raisons. Au fond, c’est grâce à la séparation qu’elle se regarde en face et qu’elle décide de se transformer un peu.

C’est probablement ce qu’il y a de plus salvateur dans une rupture: tu peux décider de te regarder pour vrai et de te reconstruire. Diane est obligée de se remettre en question et de voir ses manques. Peu à peu, elle réalise qu’elle magnifiait son mari et qu’elle se descendait beaucoup, ce qui est un réflexe normal après un rejet. On essaie de justifier pourquoi l’autre nous a abandonné. Peut-être que ce drame était nécessaire pour qu’elle émerge. J’ai vu beaucoup de gens résilients toucher le fond du baril et remonter pour accomplir des choses fabuleuses.

Jacques a dit a Diane qu’elle était plate, mais dans le roman, les lecteurs la découvrent pleine de répartie, d’éclats, d’humour et d’énergie. Est-ce qu’elle apprend à voir qu’elle n’est pas plate ou c’est la rupture qui la rend plus divertissante?

Étant donné que tout ce en quoi elle croyait s’est écroulé, elle n’est plus confinée à son rôle de bonne épouse, de bonne mère et de personne rangée. Elle comprend qu’elle ne correspond pas à l’image faussée que lui donne sa séparation. Mais je ne crois pas qu’elle se réinvente non plus. Son ironie et son sarcasme étaient sûrement déjà en elle, mais les situations qu’elle vit lui donnent l’occasion d’être encore plus drôle.

On sent une très grande liberté dans ton écriture. Est-ce que la création du roman était un défouloir?

C’était formidablement jouissif de construire un personnage fictif qui pète une coche et d’imaginer tout ce qu’elle peut dire ou faire! Je n’étais pas en train de reproduire une situation de la façon la plus réaliste possible, mais d’illustrer un cerveau qui déraille. Écrire ça, c’était du bonbon!

Autopsie d’une femme plate est présentement en librairies.  

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