Un Québécois soupçonné de terrorisme dans la mire du FBI

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WASSIM BOUGHADOU
Radio-Canada
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Wassim Boughadou, ce Québécois récemment arrêté en Turquie, est surveillé par la police fédérale américaine depuis quelques années. Et les autorités canadiennes ont pu compter sur sa collaboration, démontrent des documents de cour obtenus par Radio-Canada.

Un texte de Gaétan Pouliot et Sonia Desmarais

En 2014, la police fédérale américaine a fourni des informations à la Gendarmerie royale du Canada (GRC) pour alimenter son enquête sur un groupe de Québécois partis combattre le dictateur syrien Bachar Al-Assad… et soupçonnés d'avoir commis des actes terroristes.

Des informations du FBI se retrouvent dans quatre mandats de perquisition de la GRC visant les résidences de suspects au Québec.

On y cite notamment des courriels rédigés par Wassim Boughadou, un Montréalais arrêté dans un aéroport de la Turquie en mars dernier. Les autorités de ce pays le soupçonnent d’être un membre influent du groupe armé État islamique. La police turque croit qu'il entraînait des combattants en Syrie et qu'il a participé au financement de l'organisation.

Selon les mandats de perquisition, au moins un membre de sa famille lui aurait envoyé de l’argent depuis Montréal. Des fonds auraient aussi transité par une banque canadienne.

Ces informations ont été obtenues par la GRC grâce au FBI.

D’autres jeunes perquisitionnés

En plus de Wassim Boughadou, les mandats de perquisition font état de six autres personnes, dont Ismaël Habib, accusé d'avoir voulu obtenir frauduleusement un passeport pour rejoindre le groupe armé État islamique.

Les autres noms sont caviardés, mais ils correspondraient à un groupe d’amis qui s’entraînaient dans un centre de tir de la région de Montréal en 2012 et qui sont aujourd’hui visés par l’enquête de la GRC.

Un de ces jeunes a réussi à prendre un égoportrait avec Justin Trudeau à Montréal en 2015.

Malgré l’enquête dont il fait l’objet pour actes terroristes, il n’avait pas été inquiété par les gardes de sécurité du premier ministre canadien, alors qu’il prenait un bain de foule dans le Quartier des spectacles.

Un caméraman de Radio-Canada avait d’ailleurs capté la scène, sans savoir qui était le jeune homme.


L’un des jeunes qui se sont rendus en Syrie a pris un égoportrait avec le premier ministre Justin Trudeau en 2015 Photo : Radio-Canada

Partis combattre en Syrie

Entre l’été 2012 et l’été 2013, sept des jeunes qui s'entraînaient au centre de tir sont partis pour le Moyen-Orient.

Ils forment la première vague de Québécois à avoir quitté secrètement le pays pour combattre Bachar Al-Assad, aux côtés de milliers de combattants étrangers.

Certains auraient rejoint l’Armée syrienne libre, des rebelles qui luttent contre Al-Assad et qui collaborent avec des islamistes liés à Al-Qaïda.

L’automne dernier, Radio-Canada dévoilait que Wassim Boughadou et ses amis du centre de tir faisaient l'objet d’une enquête de la GRC pour avoir participé à l’enlèvement et l’extorsion des Américains Matthew Schrier et Theo Padnos lors de leur séjour en Syrie.

Retenu en otage pendant deux ans en Syrie, Theo Padnos soutient avoir fait face à des Canadiens, dont un Québécois, durant des interrogatoires. Ses geôliers étaient masqués, mais Theo dit avoir reconnu l’accent québécois de l’un d’eux.

Matthew Schrier, qui fut pris en otage pendant sept mois, croit aussi avoir eu affaire à des Canadiens, puisque des appareils électroniques achetés avec ses cartes de crédit se sont retrouvés dans la région de Montréal.

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Saisis d’appareils électroniques

La plupart des perquisitions de la GRC se sont déroulées durant l’été 2015.

Selon les documents déposés en cour, les policiers ont saisi de nombreux appareils électroniques, dont des cellulaires, des ordinateurs, des disques durs externes, des clés USB, des cartes mémoires et des appareils photo.

Les mandats de perquisition nous apprennent aussi que les policiers ont obtenu le droit d’entrer clandestinement, à deux reprises, à l’intérieur d’une résidence et que les téléphones de plusieurs jeunes ont été sous écoute durant une longue période, soit avant leur départ du Canada et après leur retour du Moyen-Orient.

En plus de Wassim Boughadou, seul un autre des jeunes visés par l’enquête de la GRC serait encore au Moyen-Orient. Il s’agit de Tarek Sakr qui voyagerait entre la Syrie et la Turquie.


Wassim Boughadou et Tarek Sakr Photo : Radio-Canada

Procès de Ismaël Habib

Ismaël Habib fait aussi partie du groupe de jeunes qui s’est entraîné au centre de tir. Son nom revient souvent dans les documents de cour obtenus par Radio-Canada.

Les mandats de perquisition font état d’une série de messages électroniques où il indique qu’il aime bien écouter les propos de « Anwar Awlaki » qu’il qualifie d’intéressants et d’inspirants.

Anwar Al-Awlaki était un imam d’origine américaine considéré comme un des chefs d'Al-Qaïda. Il a été tué en 2011 au Yémen par un missile tiré par un drone américain.

Aujourd’hui âgé de 29 ans, Ismaël Habib subit son procès à Montréal. Il a été arrêté à son retour du Moyen-Orient et est accusé d'avoir fait de fausses déclarations dans le but d'obtenir un passeport et d'avoir voulu quitter le Canada pour rejoindre l’organisation État islamique, en Syrie.

Il est le premier adulte au Canada à subir un procès pour avoir voulu rejoindre une organisation terroriste à l'étranger.

À ce jour, il est aussi le seul à avoir été accusé dans le cadre de l’enquête de la GRC sur le groupe de jeunes Québécois.

S'il est reconnu coupable, il risque un maximum de 10 ans d'emprisonnement.

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