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Jean-Michel Blais et CFCF proposent l'album «Cascades»

22/03/2017 09:35 EDT | Actualisé 22/03/2017 09:41 EDT
Dan Wilton

Le pianiste Jean-Michel Blais ainsi que le producteur et réalisateur Mike Silver, alias CFCF, proposent le EP «Cascades», une séduisante symbiose de piano néoclassique et de nappes de musique électronique. Rencontre.

Plusieurs à Montréal ont récemment entendu parler du musicien trentenaire Jean-Michel Blais. Il a offert l’album Il l’an passé, dont l’accueil a dépassé toutes ses attentes.

Au cours des dernières années, Blais gagnait sa vie en tant que professeur collégial. Néanmoins, la musique prend une grande place dans sa vie. Depuis l’âge de 9 ans, il joue du piano. Plus tard, il a même été formé en musique classique au Conservatoire de Trois-Rivières. C’est grâce à l’écoute de son disque Il diffusé sur Internet [Bandcamp], que l’un des patrons - Cameron Reed - du respecté label torontois Arts & Crafts (https://arts-crafts.ca/) a décidé de contacter le musicien. Après avoir signé avec la maison de disque, Blais a pu commercialiser cet album et faire connaître adéquatement son travail. Depuis, les spectacles se multiplient chez nous et à l’international.

En général, on peut dire que le travail de Jean-Michel Blais porte les traces d’Erik Satie et Claude DeBussy (on sent aussi ses influences sur les pièces Hasselblad 1 et Spirit, qui se retrouvent sur Cascades) et de l’impressionniste français Maurice Ravel, qu’il adore. Même chose pour Chilly Gonzales, du côté de la sensibilité pop.

En ce qui concerne Ravel, c’est plus difficile de percevoir directement son influence sur le récent Cascaques. Néanmoins, on pourrait voir des affinités entre le morceau Two Mirrors et le fameux Jeux d’eau. C’est peut-être en raison de ce «pattern simple» que Blais a inventé pour Two Mirrors.

Le pont

«Je ne m’adresse pas à une niche d’érudits de la musique, raconte Blais, assis sur un divan de son modeste, mais chaleureux studio de la rue Clark. Je sais que je crée un pont entre la musique classique et la pop. Je sais que je ne fais rien d’exceptionnel ou de nouveau. Le faisant à ma façon, ça touche toutefois des gens.»

CFCF, de son côté, aime aussi tendre des perches à d’autres artistes qui nagent dans différents genres musicaux. Visiblement, il aime également toucher à des projets variés. Il est à la fois DJ et créateur de remix pour le label de musique classique Deutsche Grammophon.

Cascades, c’est en quelque sorte la continuité des amours de Blais. Or, cette fois, il flirte avec un nouveau complice musical, CFCF, qui fait dans la musique électro. Ils représentent deux mondes opposés, mais complémentaires, comme en fait foie la très belle pièce Hypocrite, publiée sur Cascades : ils l’ont créée à deux, à partir de bribes de composition déjà existantes de Blais.

«J’adore ce projet avec CFCF, indique Blais. J’aime pouvoir mélanger mon travail avec d’autres styles. De toute façon, je suis un tripeux de musique électronique. C’est clair pour moi que je ne ferai pas seulement des albums de piano touchant de salon, d’appartement. J’ai envie d’essayer, d’explorer au-delà de ce qui est déjà sorti de moi. Je n’oserais pas me comparer à Radiohead, mais quand le groupe est arrivé avec Amnesiac (2001) et Kid A (2000), on a réalisé que ce n’était pas seulement un band de rock. Ce tournant de Radiohead m’a marqué. Tu peux te renouveler comme artiste. On peut garder sa signature et en même temps se permettre une renaissance…»

Il faut dire que le renouveau chez Jean-Michel Blais n’est pas urgent : il en est encore à l’étape de la naissance artistique professionnelle. Qui plus est, les gens semblent adorer ce qu’il a proposé avec son premier long jeu Il. Sur la plateforme numérique Spotify, l’extrait Nostos a été écouté plus de 10 millions de fois. Si on prend en considération tous les morceaux de l’album, on parle en fait de 20 millions d’écoutes jusqu’à maintenant.

La rencontre avec CFCF

À la suite à d’une performance commune lors de l’édition 2016 de la Red Bull Music Academy, à Montréal, Blais et CFCF ont décidé de pousser l’expérience plus loin. Cascades est donc une rencontre musicale de cinq pièces au cours de laquelle chacun s’est adapté à l’autre. Une aventure qui débouche sur des propositions assez minimalistes, excepté quelques passages vitaminés comme la finale électro du morceau Hypocrite. Cette offrande qui allie musique transe (on peut aussi parler d’electronic dance music) et musique classique n’est pas révolutionnaire, mais elle est franchement réussie. En outre, elle évoque brillamment l’arrimage possible entre deux mondes qui nous semblent incompatibles, de prime abord.

Cascades, c’est d’abord des réécritures, des interprétations de morceaux tirés des catalogues respectifs des deux artistes qui composent ce duo. En épilogue, il y a aussi cette relecture de la pièce In a Landscape du poète et compositeur (de musique contemporaine et expérimentale) américain John Cage.

«Cameron Reed, de chez Arts & Crafts, adore la musique minimaliste. C’est aussi un ami de CFCF. C’est lui qui a encouragé notre rencontre. Je pense qu’il a toujours cru que ce serait bien que nos deux genres musicaux se mélangent dans un projet. Ce qui a précipité ça, c’est la formule de Red Bull Music Academy. Après avoir pratiqué et improvisé pour monter un spectacle, Mike et moi avons donné un spectacle d’une soixantaine de minutes, ensemble. Après le spectacle, nos équipes respectives ont senti un potentiel… On a finalement fait Cascades. Étrangement, on habite dans le même quartier...»

Pour Cascades, CFCF a travaillé avec un Ableton Push, un laptop et un contrôleur MIDI. «On a mis deux micros dans le piano et c’est tout. On a enregistré ça dans mon studio. Il y a des moments de live looping, du delay et autres effets sur le piano. Il fait des émulations. […] Je crois que Mike, avec son approche minimaliste, rejoint quelque part le travail de Debussy (qu’on attribue au jeu de Jean-Michel Blais). C’est le gars qui arrive avec un son surprenant, qui permet d’aller ailleurs…»

«J’aime raconter une histoire; prendre l’auditeur par la main et l’amener quelque part. Mike, lui, il est beaucoup dans le contemplatif. Au final, on se complète bien. On a trouvé un juste milieu. Cascades, c’est notre rencontre, et c’est aussi une tentative de créer un pont entre le piano et l’électro.»

Le EP Cascades est disponible en version numérique depuis le 17 mars via Arts & Crafts. Un format vinyle sera disponible le 14 avril.

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