«Paul Piché – 40 printemps» : bonne fête, Paul Piché!

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PAUL PICHE
Pamela Lajeunesse
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«Merci tellement d’être là! Merci tellement!» Paul Piché doutait-il que la foule serait au rendez-vous pour ses 40 printemps, le spectacle soulignant les 40 ans de son tout premier album, À qui appartient l’beau temps?, et ses quatre décennies de métier par le fait même?

C’aurait été de sous-estimer la puissance du répertoire d’un de nos plus légendaires chanteurs que de croire que le théâtre du Centre Bell ne grouillerait pas de monde, vendredi, en cette occasion très spéciale. On avoisinait les 8000 âmes prêtes à honorer l’auteur-compositeur toujours actuel, entouré d’une dizaine de musiciens qui sont allés et venus, selon les pistes, et dont certains d’entre eux suivent Piché depuis ses débuts.


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L’exclamation est venue après une longue J’appelle, première offrande d’un programme riche en titres mythiques, cultes, réconfortants, alouette, 25 au total pour être précis. Avec un catalogue tellement garni et autant de refrains aussi connus que Barabbas dans la Passion, il ne devait pas être aisé d’établir l’ordre des chansons de ce tête-à-tête d’un soir. Quel classique irait mieux en premier, lequel devrait arriver en dernier? D’autant plus que Paul Piché n’était pas seul pour célébrer en ce début de week-end : il avait invité quelques amis à festoyer avec lui, des personnalités qu’il admire, pour la plupart d’une autre génération que la sienne : 2 frères, Marc Hervieux, Koriass, Safia Nolin, Éric Lapointe et même sa fille Léna.

Toujours est-il que l’amphithéâtre était plongé dans une entière obscurité lorsque les premières notes, évidemment reconnaissables et longuement étirées, de J’appelle, se sont faites entendre. Sur l’écran rectangulaire derrière Piché et ses six musiciens, une projection, dans laquelle avançaient des pas au ralenti, dans la neige, pendant que, sur scène, irradiaient des ampoules  orangées. Ça et là dans l’assistance, des gens sifflaient pour manifester leur impatience.

Puis, l’artiste a simplement émergé de la noirceur pour s’amener lentement au-devant, le visage ravi et excité. Timide dans la vie, Paul Piché semblait heureux comme un enfant de se trouver là, le sourire fendu jusqu’aux oreilles, les yeux brillants et le pied dansant. Il y avait de quoi.

Lourde, la basse enterrait presque la voix de la vedette pendant l’intacte J’appelle, et les citations en lettres attachées qui se juxtaposaient aux paysages hivernaux, en extraits vidéo, étaient difficiles à déchiffrer. Mais qu’importe, on était là pour faire la fête, pas pour faire de la lecture.

Message à la jeunesse

Après À ma hauteur, la fiesta a justement connu une première étincelle mémorable.

«La prochaine chanson, a se peut pus, ‘est impatiente d’être chantée ici, au Centre Bell», a annoncé un Paul Piché visiblement fébrile de jauger la réaction ambiante à ce cadeau. Un tout petit accord, et c’était la liesse.

«Ça vous dit-tu queq’chose

Cris de joie, spectateurs qui se lèvent d’un bond. Il ne pouvait en être autrement pour Ya pas grand-chose dans l’ciel à soir, que plusieurs ont entonnée à l’unisson. Et la chorale s’est poursuivie au ver principal d’Un château de sable, ce qui a fait balancer à notre hôte : «Ça chante ici, tabarouette, c’est incroyable!» Eric et Sonny Caouette, du duo 2 Frères, sont venus terminer le texte avec lui. Les frangins n’ont pas la même portée vocale que leur aîné, mais en trio, c’était parfait.

Chu pas mal mal parti a été dignement accueillie. Quelques minutes plus tard, Piché y allait d’une première tirade à saveur politique. On s’attendait bien à ce qu’il ne prenne pas le micro juste pour chanter.

«Y’a des choses qui changent, et y’a des choses qui changent pas. Des fois, c’est mieux que ça change, des fois, c’est mieux que ça change pas. Comme aux États Unis, y’ont changé de président. Et nous autres, on aimerait ben ça, changer de gouvernement…»

Voilà qui mettait la table à Les ruisseaux, interprétée en tandem et en impeccable qualité vocale avec Marc Hervieux. Piché nous a ensuite appris que son fils dans la trentaine, Léo, qui le secondait également comme guitariste, vendredi, a composé le morceau avec lui. Léo Piché est d’ailleurs en train de travailler à son propre disque, mais son père lui a servi un sympathique avertissement, avec humour.

«On lui fera pas chanter ses chansons ce soir, il va chanter mes chansons (…) C’est mon show

Le jubilaire a fait participer parterre et gradins sur Arrêtez ; les gens devaient crier «Wo!» et lever les bras lorsqu’il scandait «Arrêtez». Personne ne s’est fait prier pour embarquer dans le jeu. Il a dédié Car je t’aime à son amoureuse, avant d’entamer Cochez oui, cochez non à un rythme beaucoup plus lent qu’à l’habitude. Koriass est venu le rejoindre et a fait de la joyeuse ritournelle un récital hip-hop, en échantillonnant d’autres paroles entre les couplets. Derrière, le clip officiel de l’air de 1984 défilait comme un beau souvenir. Un numéro fort réussi, au terme duquel le jeune rappeur a convié le Centre Bell à ovationner une nouvelle fois le héros de l’instant.
«Hey, vous êtes aux 40 ans de carrière de Paul Piché, en ce moment!», a hurlé Koriass, sous les approbations bruyantes de ses interlocuteurs.

Avant La gigue à Mitchounano, qui allait mener à l’entracte, Piché a servi un autre message engagé.

«J’ai envie de dire à la jeunesse : ouvrez grand les yeux, ouvrez grand les oreilles. Et si vous voulez changer le monde, donnez-vous un pays!»

Son appel a été acclamé, mais pas à outrance, comme si la masse avait davantage envie de s’amuser que de réfléchir pendant cette longue prestation aux effluves de Fête nationale.

Safia et Léna

Après l’entracte, Safia Nolin, qui paraissait un brin intimidée, a offert une douce Le renard, le loup, après quoi le public s’est spontanément allié pour scander Bonne fête à Paul Piché. Ravi, celui-ci a rapidement répondu.

«Y’a une petite ambiance de feu de camp, icitte! Je me sens un peu mal! Je vais vous faire une tune… comme quand on est sur le bord d’un feu de camp!» Et c’était parti pour une très appréciée Réjean pesant. Puis, pour une anecdote expliquant Mon cousin Jacques.

À quelques reprises, Paul Piché a répété qu’on était «en famille», vendredi. Il a donné tout son sens à l’image lorsqu’a fait irruption Léna, sa fille de huit ans.

«On est tellement une grande famille que j’ai demandé à ma petite fille de venir chanter une chanson.»

«As-tu apporté les marshmallows?», a-t-il ajouté, s’adressant à sa progéniture.

Dans sa robe noire scintillante, la fillette a été formidable sur La vie en rose, de Piaf. Il faudra certainement surveiller le talent de cette gamine. La jolie Léna est revenue quelques minutes plus tard se dandiner près de l’auteur de ses jours, au son de Ne fais pas ça.

Gros plan, à l’écran, sur les mains de Paul Piché au piano, aux premières mesures de l’éternelle L’escalier, qui a suscité quantité d’émotions. Cellulaires allumés, voix qui fredonnaient, vagues d’applaudissements l’ont ponctuée, au gré du quatuor à cordes. C’était avant que le ton ne revire aux festivités, avec Heureux d’un printemps et Sur ma peau, cette dernière plébiscitée en équipe avec un Éric Lapointe très attendu.

Le roi de la soirée a gratifié sa cour d’une nouvelle composition ne portant pas encore de titre, chaudement saluée. Ne manquait que Voilà ce que nous voulons et, bien sûr, au rappel, Mon Joe. Il fallait entendre l’écho comblé de la grande salle, une fois le C’t’aujourd’hui le Jour de l’An prononcé, pour tirer la conclusion d’un anniversaire plus que réussi, qu’on renouvellera au Centre Vidéotron, à Québec, le 20 mai, avec Safia Nolin, Vincent Vallières, les Trois Accords et Koriass. Bonne fête, Paul Piché!