DIVERTISSEMENT

Paul Piché en six sujets

17/03/2017 02:05 EDT
PC

Ce vendredi soir, 17 mars, le Centre Bell sera rempli de près d’une dizaine de milliers de personnes pour célébrer un anniversaire important : celui des 40 ans de carrière de Paul Piché, ses 40 printemps, comme l’indique le titre de l’événement.

Le chanteur planifiait s’offrir la scène du plus grand amphithéâtre montréalais depuis déjà un moment, et aurait difficilement pu trouver meilleur prétexte que ses quatre décennies de métier pour y faire résonner ses Y’a pas grand-chose dans l’ciel à soir, J’appelle, Mon Jos, Heureux d’un printemps, L’escalier et autres Voilà c’que nous voulons.

En bonus, d’autres artistes de générations diverses, tels Safia Nolin, Deux Frères, Éric Lapointe, Koriass et Marc Hervieux, se joindront à lui pour revisiter son répertoire, ses classiques d’entre les classiques. On aura ainsi sans doute une impression de soir de feu de camp ou de Fête nationale en cette mi-mars enneigée. «C’est «Paul Piché dans la bouche des artistes d’aujourd’hui»», résume le principal intéressé, qui lançait son tout premier album, À qui appartient l’beau temps?, en 1977, et en écoulait alors plus de 100 000 exemplaires.

Le concert Paul Piché, 40 printemps sera aussi présenté au Centre Vidéotron, à Québec, le 20 mai prochain, encore avec des invités. D’autres représentations pourraient également être annoncées prochainement, celle du Centre Bell affichant complet depuis longtemps.

Nous avons profité de l’occasion pour tendre le micro à Paul Piché, histoire de lui permettre de s’exprimer sur six sujets qu’on sait importants à ses yeux.

Le bilan de ses 40 ans de carrière

«Je ne m’en suis pas rendu compte! Je continue à faire des shows, à me promener partout… Et, tout à coup, ça fait 40 printemps. Boum! Mais je ne me sens pas comme si ça me faisait vieillir. C’est le contraire : j’ai l’impression de m’être rapproché plus du monde, du public. Quand je fais des spectacles aujourd’hui, il y a des gens de toutes les générations. En ce moment, il se passe quelque chose de trèsle fun : quand je suis en tournée, je fais des salles, je vois les affiches des autres, Pierre Lapointe, Marie-Mai, Vincent Vallières, et le mien est là aussi! (rires) Le public est toujours là. Et c’est surtout ça qu’on peut célébrer : 40 ans de continuité, de présence. On ne fête pas quelque chose qui s’est passé dans ce temps-là, ce n’est pas juste de la nostalgie.»

La chanson québécoise en 2017

«Je trouve qu’il se passe quelque chose dans la chanson au Québec en ce moment. On ne s’en rend presque pas compte, parce qu’on parle beaucoup des problèmes - et avec raison -, mais on est dans une période très glorieuse pour la musique. Il y en a beaucoup, tout est bon, et il y en a pour tous les goûts. Je trouve ça bien.»

Les difficultés actuelles dans l’industrie de la musique

«C’est normal qu’on parle des problèmes. L’industrie est en crise et il faut absolument se défendre, de la même façon qu’on s’est défendus pour la radio, à une certaine époque. Au niveau des droits d’auteur, ce n’était pas évident. Aujourd’hui, il faut le faire pour ce qui se passe sur Internet. Avec Internet, il se passe quelque chose de très curieux, comme si, parce qu’on est sur le web, il n’y avait plus de lois, plus de règles, plus rien. Pour des raisons que je ne comprends pas. Dans la musique, on a commencé à le vivre en premier, puis ça s’est étendu aux hôtels, aux taxis, aux médias! On réalise qu’il n’y a plus de lois nulle part. Et pourquoi ? On ne le sait pas. Parce que c’est nouveau, et on n’a pas encore eu le réflexe et l’énergie de défendre les acquis de tout ce qui a été établi. Ce sont des batailles à mener, et particulièrement en musique. On se rend compte qu’on est rendus au bout.»

«Quand la radio est arrivée, elle ne payait pas de droits à personne. On a été obligés d’imposer le concept qu’il y avait un droit d’auteur qui venait avec la chanson, qui suivait même à la radio. C’a été difficile à faire comprendre mais, à un moment donné, c’a fini par être accepté, dans les années 60. Puis, dans les années 80, on a doublé ces acquis-là, à force de se battre et de faire accepter nos droits légalement. On nous disait que c’était impossible, qu’on ne pouvait pas savoir quelle chanson jouait quand, mais c’était simplement un refus de payer les ayants droit. Finalement, on s’est dit : on va écouter la radio, tout additionner, faire des sondages et trouver une façon de payer les droits d’auteur. C’a été accepté, et aujourd’hui, ça fait 20 ou 25 ans qu’il y a des droits d’auteur, des droits de production, que les artistes sont reconnus et payés. Et là, arrive Internet. Maintenant, c’est pourtant facile de retracer tous les éléments, avec la mémoire fantastique des ordinateurs. Ça nous permet d’identifier le nombre d’écoutes et tout ce qui s’en suit.»

Les nouvelles chansons versus les «vieilles»

«Les gens aiment entendre de nouvelles tounes… En autant qu’il n’y en ait pas trop! (rires) C’est normal. C’était la même chose quand j’ai commencé. Je me présentais seul avec ma guitare, et je chantais des chansons de Charlebois, Vigneault, Leclerc, Brel et Bob Dylan. Et, de temps en temps, je jouais mes propres pièces, que personne ne connaissait. C’est le principe de la musique; les gens se reconnaissent dans une chanson qu’ils sont habitués d’entendre, ils se sentent chez eux. Une chanson est même construite comme ça : quand le refrain revient, que tu l’entends une deuxième fois, tu l’as déjà entendu, c’est familier, tu te sens bien. La musique, c’est un rythme, c’est toujours pareil. Avec du nouveau, il faut y aller mollo, laisser les gens s’habituer.»

Son engagement social

«Je suis une personne engagée, je ne suis pas juste un artiste engagé. Moi, j’exprime mes émotions. Je parle de la vie, des enfants, de l’amour, du travail, de la philosophie de la vie… Je suis quelqu’un d’engagé, impliqué socialement, concerné par la solidarité. Ça m’émeut, la solidarité, ça crée une émotion importante chez moi. Je trouve ça beau, quand les gens se mettent ensemble. Les politiciens et les gens d’affaires se prononcent, on veut avoir leur opinion, mais parfois, on veut aussi avoir le point de vue des artistes. Parce que, souvent, dans la vie, on réfléchit beaucoup, mais c’est l’émotion qui décide, à la fin. L’artiste représente ce côté émotionnel. C’est donc important qu’il se prononce aussi dans la société. On peut parfois faire toute une analyse de quelque chose et s’en sortir avec une raison émotive, et ce n’est pas une moins bonne raison parce qu’elle est émotive. L’émotion est une vérité aussi importante, peut-être même plus, que le rationnel. L’artiste doit donc prendre la parole s’il le veut, s’il le peut, s’il sent qu’il est à sa place.»

La politique actuelle

«Le Québec, à mon avis, est pris dans une situation à cause de la question nationale, qu’on n’a pas réussi à régler en 1995. Si on l’avait réglée en 1995, on serait devenus un pays. On est passés proche. Mais là, on est coincés là-dedans, avec un gouvernement dont on se serait débarrassés depuis longtemps si on n’était pas aux prises avec la question nationale. Malgré toute la corruption des libéraux, depuis le temps qu’ils sont là, malgré la direction qu’ils prennent en ce moment - qui est absolument odieuse, en ce qui me concerne -, ils sont encore au pouvoir et ils vont y rester, à cause de la question nationale, parce qu’une partie importante de la population, la communauté anglophone et allophone, ont tendance à voter pour eux et craignent un retour du débat national. Ils continuent de voter les yeux fermés pour un gouvernement pourri.»

«Ce n’est pas une question de génération, je ne crois pas à ça. La question nationale était là en 1800, bien avant que je sois là, et elle sera encore là plus tard. C’est vrai qu’il y a une différence entre la jeunesse d’aujourd’hui et celle de mon époque; les jeunes de mon âge n’étaient pas si souverainistes que ça non plus. Mais c’est vrai qu’ils le sont moins, en ce moment, même s’ils ne sont pas nécessairement fédéralistes non plus. Ça ne semble simplement pas être un sujet. On a un peu abandonné la lutte. Ce sont les indépendantistes eux-mêmes, les souverainistes, les gens de ma génération, qui ont un petit peu mis ça sur la glace après la défaite référendaire. C’est un peu normal aussi. Mais c’est sûr que ce n’est pas une stratégie que j’aurais favorisée, moi, je pense qu’il aurait fallu continuer d’en parler. J’aurais voulu que ça continue d’être un enjeu. Parce que je pense qu’une majorité de Québécois, de toutes origines et de toutes communautés, voudrait que le Québec soit un pays. Chez les francophones, du moins. Il y a quand même 60 % du monde qui a voté «oui» en 1995; ça ne disparaît pas comme ça. Il y a donc une vraie volonté, et même chez les anglophones. S’il n’y en a que 10 %, ça signifie quand même 50, 60 ou 70 000 personnes. Tu peux remplir un stade olympique avec les anglophones, et en remplir trois si on ajoute les allophones. Ce sont tous des gens qui ont voté «oui» avec nous, dans le temps. Mais il y en a qui ont eu peur, qui ont craint. À un moment donné, on va réussir à avoir moins peur et on va le faire. J’aimerais le voir de mon vivant, ça serait le fun, ce n’est pas une priorité, mais je suis plutôt optimiste, de la façon dont je vois les choses évoluer. Il y a des moments où c’a été beaucoup plus sombre qu’aujourd’hui.»

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