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Procès de Bertrand Charest: une première victime entendue

02/03/2017 04:09 EST | Actualisé 02/03/2017 05:49 EST

Une première victime alléguée a témoigné au procès de l'ex-entraîneur de ski alpin Bertrand Charest, 51 ans. Elle a raconté comment il l'aurait manipulée pour obtenir des faveurs sexuelles. La situation aurait perduré jusqu'à ce qu'elle apprenne qu'il avait aussi des relations avec deux autres skieuses.

Un texte de Geneviève Garon

Maintenant dans la trentaine, Chantal (nom fictif) ne peut réprimer une moue de dégoût lorsqu'elle évoque certains événements qui se sont produits avec Bertrand Charest, dans les années 1990.

L'adolescente réalisait son rêve en devenant skieuse pour l'équipe junior canadienne. Elle s'entraînait intensément au mont Tremblant avec neuf autres jeunes athlètes.

«Notre équipe, c'était presqu'une secte. Bertrand Charest était très contrôlant.» - Chantal (nom fictif), première victime alléguée à témoigner au procès

L'entraîneur pouvait être très dur dans ses critiques. Chantal avait aussi l'impression qu'elle était la risée du groupe et que Bertrand Charest l'avait prise en grippe. Mais qu'à cela ne tienne, « un entraîneur, tu le regardes sur un piédestal », a-t-elle affirmé.

En 1997, le ton aurait changé. Alors qu'ils étaient dans un remonte-pente, Bertrand Charest lui aurait plaqué un baiser sur la bouche. « Je m'en souviens comme si c'était hier », dit-elle.

Puis, les attouchements sexuels se seraient multipliés sur les pentes de ski.

«C'était tellement répétitif. C'était quasiment intégré à sa façon d'entraîner.» - Chantal (nom fictif)

Lors d'un voyage à Chamonix, en France, Bertrand Charest l'aurait invitée dans sa chambre d'hôtel pour regarder une vidéo de ses dernières descentes. C'est après cela qu'ils auraient eu leur première relation sexuelle.

« J'avais 17 ans, j'étais inexpérimentée. Il dirigeait la façon de faire », raconte-t-elle. En réponse aux questions de la procureure Marie Nathalie Tremblay, Chantal a affirmé qu'elle se sentait « déconnectée » à l'époque.

Par la suite, il y aurait eu de nombreux autres rapports sexuels, au Québec, en Nouvelle-Zélande, en Europe, aux États-Unis. La victime alléguée affirme que cela s'est produit dans un véhicule, une chambre d'hôtel, chez l'accusé, dans les toilettes d'un avion. Chaque fois, Bertrand Charest aurait initié la rencontre, loin des regards.

Après quelques mois, Chantal affirme que tout a basculé. « La honte m'a rendue malade. » Elle vomissait, avait des palpitations et était fatiguée. Bertrand Charest l'aurait emmenée consulter son père, qui était médecin. Elle aurait aussi vu d'autres spécialistes, mais « ils ne trouvaient jamais ce que j'avais. Maintenant, je comprends que c'était dû à la manipulation ».

Chantal raconte avoir remis une lettre d'amour à Bertrand Charest lors de la Saint-Valentin. « Je t'apprécie, tu es une personne formidable », a-t-elle écrit, alors âgée de 17 ans. Elle se sentait amoureuse à l'époque, mais voit maintenant la situation d'un autre œil. « Je me sentais coupable d'être tombée dans le panneau. »

En contre-interrogatoire, l'avocat de Bertrand Charest, Antonio Cabral, a insisté sur le fait que la jeune femme se disait amoureuse de son entraîneur. En référence aux actes sexuels, « il ne vous a pas forcée? » a-t-il demandé. « Il ne m'a pas tordu un bras », a reconnu la plaignante.

Deux autres athlètes « en relation »

Ses rapports avec Bertrand Charest ont pris fin en 1998. Lors d'une compétition en France, une coéquipière l'informe que deux autres athlètes sont « en relation » avec Bertrand Charest. « J'étais sans mots », a raconté Chantal, en ajoutant que la physiothérapeute de l'équipe était présente lors de la discussion.

La victime aurait alors vidé son sac auprès de l'autre entraîneur de l'équipe. Le soir même, une de ses coéquipières serait allée souper avec Bertrand Charest pour le confronter.

Le lendemain, le directeur de l'équipe canadienne serait débarqué en France. Bertrand Charest a été suspendu par la suite.

Chantal est la première des 12 victimes alléguées à témoigner.

Bertrand Charest fait face à 23 chefs d'accusation d'agression sexuelle, un chef d'agression sexuelle causant des lésions corporelles et un autre de contacts sexuels.

Il est aussi accusé de 32 chefs d'exploitation sexuelle, pour avoir été en situation d'autorité lors de contacts sexuels.

Détenu depuis deux ans, Bertrand Charest a changé d'avocats pour une quatrième fois cette semaine. C’est pourquoi le début de son procès avait été reporté à jeudi.

Bouleversements dans le milieu du ski

Les allégations au sujet de Bertrand Charest avaient causé une commotion dans le milieu du ski de compétition au Canada.

Il a entre autres été entraîneur de l'équipe de développement féminine d'Alpine Canada Alpin (ACA), de 1996 à 1998.

À la suite de son arrestation en 2015, ACA a révélé qu'en 1998, une source l'avait avisé que M. Charest avait « possiblement eu un contact inapproprié avec une membre de l'équipe ». Après avoir été suspendu, Bertrand Charest a démissionné.

La GRC aurait enquêté, mais ACA aurait ignoré la conclusion de cette procédure. La police n'a jamais confirmé qu'une enquête avait été ouverte à l'époque. Dans les années qui ont suivi, Bertrand Charest a recommencé à entraîner de jeunes sportifs.

Depuis son arrestation, des victimes alléguées et d'autres membres du milieu sportif ont reproché à Canada Alpin de ne pas en avoir fait assez pour protéger les athlètes.

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