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Enquête sur le sort tragique des enfants «émigrés» de force, notamment au Canada (VIDÉO)

27/02/2017 01:18 EST | Actualisé 28/02/2017 06:03 EST

Pendant des décennies, des dizaines de milliers d'enfants anglais, issus de familles pauvres, ont été envoyés à l'autre bout du monde pour y vivre "une vie meilleure" mais nombre d'entre eux y furent victimes d'esclavage et de viols, selon une enquête publique ouverte lundi.

"C'était un programme destiné à peupler l'empire avec de bons Britanniques blancs et qui a conduit à l'abus physique, émotionnel et sexuel d'innombrables enfants, à des milliers de kilomètres de leurs familles", a dénoncé au premier jour des auditions Imran Khan, avocat de l'un de ces enfants, Oliver Cosgrove, envoyé en Australie en 1941.

Jusqu'aux années 1970, quelque 150 000 petits Anglais et Gallois, âgés de 3 à 14 ans, ont été mis sur des bateaux vers l'Australie, le Canada, la Nouvelle-Zélande, l'Afrique du sud et le Zimbabwe. Certains étaient orphelins, d'autres non, mais leurs familles, qui n'avaient pas les moyens de les élever, n'ont pas eu leur mot à dire.

Il s'agissait officiellement de leur offrir de meilleures perspectives d'avenir, et de soulager du même coup les institutions sociales britanniques de bouches à nourrir et de contribuer à peupler les territoires d'outre-mer.

"Ce n'était pas de l'immigration volontaire mais de la déportation forcée", a souligné lundi Aswini Weereratne, de l'association de protection de l'enfance Children Migrants Trust.

'Culpabilité'

Une déportation qui s'est doublée dans de nombreux cas, selon les témoignages recueillis, de mauvais traitements allant jusqu'à "la torture, le viol et l'esclavage", a-t-elle ajouté.

Les mauvais traitements étaient systématiques en Australie, principale destination des "enfants émigrés" après la Seconde Guerre mondiale et jusqu'à la fin de ce programme mis en place avec le soutien des gouvernements de l'époque, selon un rapport parlementaire de 1998.

Pris en charge par des institutions locales, dans des coins reculés, nombre de ces enfants n'ont pas reçu l'éducation et l'amour promis mais ont été contraints de travailler, ont subi des violences physiques et sexuelles.

"Beaucoup ne s'en sont jamais remis et se sentent assaillis de culpabilité, de honte, d'un manque de confiance, d'estime", a témoigné lundi, la voix brisée, David Hill, une des victimes de cette histoire tragique. Lui a dû "émigrer" dans une ferme école à Molong en Australie.

Selon la BBC, un rapport critiquait dès le milieu des années 1950 les conditions d'accueil dans certaines institutions australiennes et préconisait de ne plus y envoyer d'enfants. Mais il aurait été enterré.

En 2010, le premier ministre travailliste Gordon Brown avait présenté ses excuses pour ce programme.

'Épisode honteux'

"A tous les anciens enfants émigrés et à leurs familles, (...) je dis aujourd'hui que nous sommes vraiment désolés. On les a laissé tomber", avait-il déclaré devant la chambre des Communes, reconnaissant "le coût humain associé à cet épisode honteux de l'histoire" et "la défaillance du premier devoir d'une nation: protéger ses enfants".

Il a fallu toutefois attendre 2012 et l'émotion suscitée par le scandale Jimmy Savile, l'ancien animateur de la BBC soupçonné de centaines d'agressions sexuelles sur mineurs, pour que les yeux se braquent à nouveau sur ce drame et que la décision soit prise de mettre en place une enquête publique.

Censée faire la lumière sur l'ampleur des abus et dans quelle mesure les gouvernements et autorités locales de l'époque en avaient connaissance, l'enquête doit durer cinq ans. Mais certains s'attendent à ce qu'elle dure plus longtemps.

Margaret Humphreys, travailleuse sociale de Nottingham (centre de l'Angleterre), a raconté avoir découvert l'ampleur des abus subis à partir des années 80 en aidant ces enfants, devenus adultes, à retrouver leurs parents dont on leur avait raconté qu'ils étaient morts.

"Nous voulons savoir ce qui s'est passé, nous voulons savoir qui a agi et (...) qui a couvert ces agissements si longtemps", a-t-elle déclaré à la BBC à la veille de l'ouverture de l'enquête.

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