POLITIQUE

Roghayeh Azizi, une militante iranienne menacée d'expulsion, est arrêtée

21/02/2017 06:32 EST | Actualisé 21/02/2017 06:32 EST
Radio-Canada/René Saint-Louis

L'Agence des services frontaliers du Canada a procédé ce midi à l'arrestation d'une Iranienne dont la demande de statut de réfugié a été refusée.

Roghayeh Azizi avait tenu lundi un point de presse à Montréal au cours duquel elle avait exprimé ses craintes d'être exécutée si elle était renvoyée en Iran. La femme de 60 ans a déjà été emprisonnée dans son pays d'origine, car elle militait pour les droits des femmes et des enfants dans son village.

L'avocate de Roghayeh Azizi, Stéphanie Valois, a expliqué que l'arrestation avait eu lieu lors d'un rendez-vous de routine aux services de l'immigration. Les agents fédéraux auraient craint un risque de fuite de sa part. Me Valois a toutefois affirmé que sa cliente n'avait jamais dit qu'elle ne partirait pas du Canada à la date prévue, soit le 28 février prochain.

Elle rappelle que la femme ne parle pas très bien le français, ni l'anglais, et qu'elle dépend de sa fille qui étudie à l'université à Montréal. Donc, il aurait été difficile pour elle de rester illégalement au Canada.

Le statut de réfugié lui a été refusé en raison de ses liens avec une organisation qui était considérée comme terroriste par le Canada il y a plusieurs années. Ce groupe ne figure plus sur la liste noire du Canada.

Roghayeh Azizi est actuellement détenue au Centre de prévention de l'immigration, à Laval. Son avocate dit qu'il y aura une révision de la détention dans 48 heures.

«Mme Azizi est une dame sans danger pour le Canada. C’est vraiment quelqu’un qui est très crédible. La crainte qu’elle a en Iran est documentée.»

- Stéphanie Valois, avocate de Roghayeh Azizi

Kadhir indigné du comportement d'Ottawa

L'avocate conteste la demande d'examen des risques avant renvoi (ERAR) délivrée par le gouvernement du Canada et elle réclame un sursis pour permettre à un juge d'entendre la cause.

Le député de Québec solidaire Amir Kadhir, d'origine iranienne, se dit indigné par le comportement d'Ottawa dans cette affaire.

« C’est tout à fait incohérent de retourner une femme qui a fait quatre ans de prison sous le régime Khomeiny, dont le mari a été exécuté par le régime de Khomeiny, qui a eu des activités ici pour dénoncer les exécutions sommaires en Iran et que l’on s’apprête à retourner en Iran. Le même pays où Homa Hoodfar a été détenue sans justification, où Zahra Kazemi est morte il y a 12-13 ans dans les circonstances que l’on sait. Si le Canada fait l’erreur de renvoyer Mme Azizi en Iran, le Canada pourrait avoir de la torture et du sang sur les mains. »

Amir Kadhir entend demander au maire Denis Coderre d'intervenir, car cette affaire survient au lendemain de la proclamation des élus de Montréal faisant de la métropole une ville refuge.

Scott Bardsley, l'attaché de presse du ministre de la Sécurité publique, Ralph Goodale, n'a pas abordé directement cette affaire, mais a tenu à rappeler que « la décision de renvoyer une personne du Canada n'est pas prise à la légère ».

« Une personne visée par une mesure de renvoi du Canada a droit à une application régulière de la loi et peut donc en appeler devant différentes instances judiciaires. Une fois qu'une personne a épuisé tous ses recours légaux, elle est tenue de respecter la loi et de quitter le Canada ou d'être renvoyée », a précisé M. Bardsley.

Avec des informations de René Saint-Louis

Avec La Presse canadienne