POLITIQUE

Gérard Bouchard maintient sa position sur les signes religieux (VIDÉO)

16/02/2017 05:23 EST | Actualisé 17/02/2017 01:51 EST

Le sociologue Gérard Bouchard déplore la volte-face du philosophe Charles Taylor qui n'appuie plus, désormais, la portion de leur rapport qui porte sur l'interdiction du port de signes religieux ostensibles pour les agents de l'État exerçant un pouvoir de coercition, soit les juges, les procureurs de la Couronne, les policiers et les gardiens de prison.

Le sociologue maintient, dans une lettre d’opinion, qu’il est essentiel de légiférer en ce sens pour « garantir que les agents autorisés à infliger une violence physique à des citoyens soient mis à l’abri de toute apparence de partialité ».

« J’endosse cette proposition aussi parce que des juristes consultés en 2008 assuraient qu’elle se défendait bien sur un plan juridique, écrit-il. Nous sommes loin d’une attaque directe contre les musulmans ou du projet de charte des valeurs, comme on l’a prétendu ».

M. Bouchard reproche au premier ministre, qui s'oppose à une telle mesure, de fonder sa réflexion sur son aversion pour toute forme de « la discrimination vestimentaire », alors que son propre projet de loi 62, dans sa forme actuelle, est en contradiction flagrante avec cette idée puisqu'il « interdit de recevoir ou de rendre un service de l’État à visage couvert ».

Le coprésident de la Commission Bouchard-Taylor écorche son collègue philosophe au passage en lui reprochant d’avoir fait dérailler le consensus politique qui se dessinait en faveur des conclusions du rapport de leur commission.

«[…] la formule proposée dans notre Rapport s’était progressivement posée, aux yeux de nombreux Québécois, comme l’assise à partir de laquelle on pourrait ériger un consensus. Cet horizon est maintenant compromis.» - Gérard Bouchard

Le gouvernement du premier ministre Couillard n'a désormais aucune intention d'introduire dans son projet de loi 62 l’interdiction des signes religieux pour tous les employés de l’État pour les agents de l'État exerçant un pouvoir de coercition.

Le consensus ayant échoué, M. Bouchard estime que les partis politiques reviendront sur leurs positions initiales et que le débat sur les signes religieux reprendra de plus belle au Québec.

Alors que M. Taylor souhaitait « éviter le retour à des débats émotifs susceptibles de déraper et de blesser des Québécois », il semble que son intervention aura l’effet inverse, estime M. Bouchard.

« Il est probable que le PQ et la CAQ voudront maintenant reprendre leurs billes, avance M. Bouchard. Le débat sur les signes religieux est relancé au moins jusqu’aux prochaines élections et peut-être au-delà. »

Après le consensus dégagé en 2008 dans le rapport de la commission portant leurs noms, les deux coprésidents se retrouvent maintenant dos à dos, à l’instar de la classe politique. « Le Québec risque d’être une autre fois enfoncé dans l’âcre querelle qui le divise depuis une quinzaine d’années », déplore M. Bouchard.

Enfin, conclut-il, puisque la conjoncture favorable à une entente s'est défaite sur la question des signes religieux, il appelle a consacré ses énergies à lutte contre la discrimination, le chômage chez les immigrants, au rapprochements interculturels et à « vider enfin le panier de crabe des accomodements ».