DIVERTISSEMENT

Festoyer avec Farley au «Snack Bar chez Rita» (ENTREVUE)

10/02/2017 02:36 EST | Actualisé 10/02/2017 02:36 EST
Courtoisie Serge Fortin

L’auteur-compositeur-interprète Farley, alias Serge Fortin, présentait il y a quelques semaines un quatrième album, Snack Bar chez Rita, un opus festif de country assumé, qui fleure bon les régions davantage que le Plateau Mont-Royal, et sur lequel il n’y a «pas de menus santé, mais du plaisir all dressed», promet son créateur. N’empêche, avec des noms de collaborateurs comme Mouffe, Diane Tell, Pierre Huet, Luc DeLarochellière et Alain Dessureault, le festin ne manque pas de protéines. Tour d’horizon avec Farley en sept questions.

Après trois albums sous ton vrai nom, pourquoi avoir choisi d’utiliser le surnom Farley pour ce quatrième album?

«Mon vrai nom est Serge Farley-Fortin, c’est écrit sur mon acte de naissance, ce n’est  pas une invention ni un surnom. Dans ce nouveau projet,  je laisse sortir mon côté roux Irlandais, tout simplement!»

Tu es natif de Val D’Or. Le son de ton album renvoie beaucoup aux régions, au country folk ou pop souvent très rassembleur, mais pas très «urbain». C’était voulu?

«Du country folk, oui. De la pop, non. Pour moi, la pop est fabriquée avec des machines qui possèdent des millions de sons stockés et préenregistrés. Cet album a été enregistré en plein centre-ville de Montréal aux studios Planet avec des micros placés au bout de la pièce comme Johnny Cash faisait jadis ou même les Beatles. Je voulais revenir à l’essentiel.  Tous les musiciens ont joué en même temps sans overdub! Quand la guitare est trop forte dans le mix, on recule l’ampli, on ne pousse pas sur un piton. Pour le drum, on ouvre ou ferme les portes patios selon ce qu’on veut comme puissance. Même chose pour la basse, le piano ou le banjitare. On a dû s’écouter et jouer ensemble live dans la même pièce, c’est ce feeling musical-là que je recherchais… Ce n’est pas un album fait par un technicien «geek» qui joue de l’ordi en remontant ses lunettes!»

Les paroles aussi, ressemblent à un hommage à la tradition, à l’histoire, à des valeurs bien «enracinées». Te considères-tu nostalgique?

«Non, parler de la vie qui passe ce n’est pas nostalgique, c’est plutôt une façon de rester en équilibre. Sept des dix chansons sont totalement actuelles dans le propos de ce que nous vivons dans nos vies branchées, chronométrées. Parfois on a besoin d’une pause des infos en continu, on ferme le cellulaire et «envoye au camp à Farley». Je me pousse loin de la surabondance des télés-réalités stupides et des réseaux sociaux remplis de niaiseries insignifiantes qui n’existent que pour créer des buzz momentanés convertis en source de rentabilité monétaire pour les vendeurs de pubs. Dans la chanson Brûlerons les dimanches, je fous le camp dans le fond des bois pour me terrer à l’abri des attentats et de la montée de la violence que ça génère. La chanson NIBI, qui veut dire «Eau source de vie» en Algonquin, co-écrite avec mon vieux pote Alain Dessureault, nous ramène à l’essentiel. On s’est imaginé que NIBI est une femme. Nous avons écrit cette chanson pour un spectacle que j’ai présenté à la Fête Internationale des Autochtones le 21 juin dernier suite aux événements récents vécus dans la municipalité de Val d’Or et de la réserve du Lac Simon. Cinq femmes autochtones et non-autochtones ont chanté cette chanson en guise de partage et de réconciliation.

Aussi, l’album Snack Bar chez Rita est dédié à mes parents, qui comptent 51 ans de mariage, et particulièrement à ma mère musicienne qui m’a donné le goût de la musique. C’est un lègue de sa part que je suis totalement fier de perpétuer. Sur les dix chansons, trois d’entre elles (Snack Bar chez Rita, La côte de 100 pieds et Toi fille Moi garçon) commencent au passé et se terminent dans le temps présent avec pour fond de toile une histoire d’amour longue, belle et durable, ce qui est rare de nos jours. Ce n’est pas vraiment de la nostalgie mais de la reconnaissance…»

Comment as-tu noué des liens avec tous les collaborateurs de renom qui ont participé au disque (Mouffe, Diane Tell, Pierre Huet, Luc DeLarochellière, Alain Dessureault)?

«Les cinq auteurs sont des gens que je respecte énormément, j’aime ce qu’ils écrivent! Mouffe, je l’ai rencontrée dans un événement de la SPACQ (Société professionnelle des auteurs et des compositeurs du Québec), Pierre Huet aussi. Luc, je l’ai côtoyé sur son projet d’hommage à Brel qui revient d’ailleurs en version symphonique en avril prochain. Diane Tell, j’écris avec elle depuis 2010 depuis notre rencontre au 75e de la ville de Val d’Or et je participe à tous ses projets musicaux sur disque et sur scène. Alain Dessureault, mon chum d’enfance, on crée ensemble depuis la 3e année primaire. À ma demande, ils ont participé à l’établissement du menu du Snack Bar chez Rita. Ils sont les sauces qui donnent le goût à mon hamburger!»

Le titre de ton album, Snack Bar chez Rita, renvoie inévitablement à François Pérusse et son Snack Bar chez Raymond. C’est un clin d’œil assumé?

«Chacun ses références, comme dirait l’autre! Des snack bars, il en existe des milliers en Amérique du Nord, comme sur la pochette de Breakfast in Americade Supertramp, où ces petites gargotes étaient très prisées par la jeunesse urbaine. Aujourd’hui, ces snack bars en milieux urbains préservés des rénovations «trendy» pour faire «bobo» et chic sont beaucoup plus signifiants pour moi. Ils sont remplis d’histoires à raconter et ils sont des refuges à l’abri du temps qui donnent vie à un quartier. En région, c’est pareil, ils deviennent des haltes routières incontournables pour sentir le pouls des villages.  Quand je monte en Abitibi, je m’arrête au Pignon Vert à Grand-Remous, chez Ti-Pit à Val d’Or, pas dans les McDonald’s ou Burger King de ce monde. J’aime quand la boulette est cuite devant moi, pas en Idaho dans un four à micro-ondes…»

Quel bilan traces-tu de ta carrière jusqu’à maintenant?

«Premièrement, je ne suis pas au stade du bilan. Ça viendra peut-être plus tard. Deuxièmement, je ne fais pas carrière. D’ailleurs, ce terme m’énerve au plus haut point, ça fait trop institutionnel. Je fais ce que je veux, quand je veux, comme je le veux. Je suis totalement indépendant, je ne suis même pas dans l’industrie de la musique du Québec. Je ne paie aucune cotisation à l’ADISQ. Je n’ai donc aucune chance d’être en nomination au gala. À la Guilde des musiciens non plus. Je produis sans subventions et je suis fier de le dire! Je sais que le fait d’être hors de l’industrie m’enlève de la visibilité médiatique. Par contre, tous mes droits m’appartiennent. Ce qui fait qu’au total, j’ai moins besoin de générer en grandes quantités. Je suis dans la tendance micro-brasserie, et production paysanne bio-équitable…»

À quoi rêves-tu pour la suite de ton parcours professionnel?

«Puisque je ne fais pas carrière, mon parcours ne sera jamais professionnel. Mais je rêve d’écrire encore pour longtemps une meilleure chanson que celle d’avant…»

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