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09/02/2017 06:17 EST | Actualisé 09/02/2017 06:18 EST

Médicaments génériques: des ristournes allant jusqu'à 70 % pour les pharmaciens québécois

ASSOCIATED PRESS
FILE - This Tuesday, Feb. 19, 2013, file photo shows pills of the painkiller hydrocodone at a pharmacy in Montpelier, Vt. The Food and Drug Administration said Wednesday, Aug. 31, 2016, that the agency will issue new warnings about the potentially fatal consequences of mixing prescription painkillers and popular sedatives like Valium and Xanax, including coma and death. (AP Photo/Toby Talbot, File)

Les fabricants de médicaments génériques se livrent une guerre commerciale sans merci pour séduire les pharmaciens québécois. Leur principale arme : les ristournes, baptisées allocations professionnelles. Les fabricants québécois de génériques pourraient en être les victimes.

Un texte de Davide Gentile

Depuis le 28 janvier, il n'y a plus de limites aux montants que peuvent légalement verser les fabricants aux pharmaciens qui leur achètent des produits.

« Il y a des molécules [des médicaments pour lesquels] on va dire : "On va t'offrir jusqu'à 70 % [de ristourne] si tu [acceptes de vendre] les autres molécules [pour lesquelles] je vais te donner 15 %." », affirme le pharmacien Georges-Étienne Gagnon, de Saint-Jérôme, au nord de Montréal. Selon lui, la moyenne des ristournes offertes aux pharmaciens peut être de 30 à 40 %.

Des documents obtenus par Radio-Canada confirment que les « allocations professionnelles » offertes sont importantes. Une multinationale offre aux pharmaciens 70 % de ristourne sur une quarantaine de molécules parmi les plus vendues. C'est le cas, par exemple, du sildenafil, utilisé pour combattre les problèmes érectiles, ou de l'amlodipine, qui soigne la tension artérielle.

Un autre document indique qu'une compagnie, celle-là canadienne, offre quelques points de pourcentage de moins pour ces deux produits. Des dizaines d'autres médicaments, antibiotiques, anti-inflammatoires connus, peuvent valoir aux pharmaciens propriétaires des rabais d'environ 50 %.

Malaise chez les pharmaciens

« Ce n’est pas de l'argent que je mets dans mes poches », affirme le pharmacien Georges-Étienne Gagnon. Selon la loi, les montants reçus par les pharmaciens propriétaires doivent être réinvestis, par exemple, dans l'achat d'équipement ou pour payer les salaires d'employés. Comme la plupart des pharmaciens contactés dans la préparation de ce reportage, il n'est pas parfaitement à l'aise avec ces « allocations professionnelles ». « Enlève-moi les allocations professionnelles et donne-moi des honoraires plus élevés », dit-il.

Les honoraires versés par la Régie de l'assurance-maladie du Québec seraient en moyenne d'environ 9 $ par ordonnance. « C'est insuffisant », affirme M. Gagnon.

L'Association québécoise des pharmaciens propriétaires plaide aussi pour une hausse des honoraires et pour la disparition des ristournes. « On ne veut pas être payés à moitié par une entreprise privée et à moitié par le gouvernement », dit Jean Thiffault, président de l'AQPP. Ces ristournes sont pour l'instant essentielles aux pharmaciens. Elles représenteraient environ 30 % de leur rémunération.

Une guerre commerciale qui pourrait faire des victimes au Québec

Cette guerre des ristournes fait peur à certains fabricants. « Les dommages que ça va causer, c'est principalement à l'industrie québécoise », affirme Pierre Morin, directeur général du Groupement provincial de l'industrie du médicament.

Les multinationales étrangères utiliseraient les ristournes élevées pour essayer d'assommer la concurrence locale. « Certains ont les poches beaucoup plus profondes. Ils ont les moyens d'offrir plus et de se débarrasser des petits joueurs », dit M. Morin en parlant des ristournes importantes offertes en ce moment. Son regroupement était contre le déplafonnement des ristournes, plaidant depuis juillet 2015 que cela pourrait nuire aux producteurs locaux.

Les prix des génériques devraient-ils baisser?

« On reste avec des marges [de profit] absolument immenses », malgré les baisses des dernières années, dit Marc-André Gagnon, de l'Université Carleton. Le professeur de politique publique affirme qu'on a ici une autre preuve du fait que le prix des médicaments génériques peut encore baisser. « Il s'agit de centaines de millions d'économie que pourraient faire les patients et l'État. Mais ça, ce sont des marges qui sont finalement gobées par les intermédiaires », dit-il.

Le ministre de la Santé du Québec répète que l'industrie a les marges de profit suffisantes pour réduire le prix des médicaments génériques. Sinon, Gaétan Barrette promet d'instaurer un système d'appel d'offres pour obtenir des prix plus bas. Une perspective qui suscite des craintes du côté du Groupement provincial de l'industrie du médicament.

« Est-ce qu'il restera des entreprises locales ici qui seront en mesure d'y répondre? », demande son directeur général, Pierre Morin. C'est la grande question qui pèse sur le secteur québécois du médicament générique.

Déjà publié sur Le HuffPost:


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