POLITIQUE

Gerry Sklavounos déçoit l'opposition et embarrasse les libéraux

09/02/2017 05:43 EST | Actualisé 09/02/2017 05:43 EST

Manon Massé de Québec solidaire n'a pas été « impressionnée » par Gerry Sklavounos qui s'exprimait pour la première fois, jeudi, après avoir été blanchi d'allégations d'agression sexuelle. Reste à savoir si le député de Laurier-Dorion a su convaincre le premier ministre Couillard de le réintégrer au caucus libéral, d'affirmer Mme Massé.

Le premier ministre du Québec, qui faisait une annonce à Bromont en matinée jeudi, dit qu'il prendra connaissance de la déclaration faite aux médias par Gerry Sklavounos et qu'il en discutera avec les membres de son caucus avant de l'autoriser à y revenir, ou pas.

Cette possible réintégration n'est « ni automatique ni immédiate », a déjà prévenu Philippe Couillard.

Les ministres Rita de Santis et Lise Thériault disent vouloir attendre les discussions du caucus avant de se prononcer sur le sort de Gerry Sklavounos.

« C'est normal qu'on soit un peu mal à l'aise, a consenti à dire Mme de Santis. C'est un collègue; il se retrouve dans cette situation. »

Une rhétorique « de vieux mononcles »

Mais pour Manon Massé, la « rhétorique » et « les mots utilisés » par le député Sklavounos sont du remâché. « Ces discours-là de vieux mononcles cochons qui se trouvent drôles, tout seuls d’ailleurs, nous autres les femmes on sait c'est quoi », a-t-elle déclaré sans ambages en point de presse, accompagnée d'Amir Khadir.

Mme Massé déplore que M. Sklavounos « n'arrive même pas à prononcer le mot "harcèlement" ». Elle lui reproche de minimiser ses agissements comme s'il les qualifiait « de jokes », comme s'il se qualifiait lui-même « de gars drôle ».

De plus, en évoquant le fait d'avoir pu offenser « malgré lui » certaines personnes, le député de Laurier-Dorion allègue que les présumées victimes « ne savent pas de quoi ils (sic) parlent », de l'avis de Manon Massé.

Par conséquent, demande la députée de Québec solidaire, est-ce que Gerry Sklavounos laisse entendre que « les femmes qui, elles, ont vécu ces sentiments-là, n’ont pas eu la bonne ligne d’analyse? »

La décision revient au premier ministre

Manon Massé a hâte de voir avec quel « sérieux » le premier ministre Couillard assurera le suivi dans cette affaire. D'autant plus, dit-elle, qu'il y avait eu d'autres allégations d'inconduite à l'encontre de M. Sklavounos. Et ce, quelques années avant qu'une jeune femme de Québec, Alice Paquet, n'allègue avoir été agressée sexuellement par le député montréalais.

Relativement aux allégations de Mme Paquet, le Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP) a conclu « qu’aucun acte criminel n’a été commis » par l'homme de 42 ans.

Manon Massé estime que Philippe Couillard doit considérer toute cette histoire dans un contexte où, depuis des décennies, les féministes dénoncent « la banalisation des comportements, notamment à caractère sexuel ».

« Extraverti, volubile, passionné, spontané »

Dans sa déclaration jeudi, Gerry Sklavounos a affirmé s'être livré à une introspection depuis qu'il a été exclu du caucus libéral il y a deux mois. Il a par exemple réfléchi aux réactions qu'il avait pu avoir en raison de son « tempérament extraverti ».

Aux yeux de la députée Carole Poirier, whip du Parti québécois (PQ), le fait que M. Sklavounos n'ait pas formulé d'excuses est « décevant ».

«Lorsque le député de Laurier-Dorion nous dit qu’il est extraverti, volubile, passionné spontané, ce n’est pas là la reconnaissance que nous attendions.» - Carole Poirier, députée du PQ dans Hochelaga-Maisonneuve

« Un député de l’Assemblée nationale, s’il y a bien un principe qu’il doit défendre, c’est l’égalité homme-femme », fait valoir Mme Poirier, qui estime, comme son chef Jean-François Lisée, que M. Sklavounos n'a plus sa place à l'Assemblée nationale.

« Aucune responsabilisation »

Déception : tel est le sentiment évoqué aussi par le Regroupement québécois des centres d'aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel (RQCALACS), à la suite de la déclaration faite jeudi par le député Gerry Sklavounos.

D'entrée de jeu, Stéphanie Tremblay, agente de communication du Regroupement, s'est dite déçue.

«Ce qu'il dit finalement, c'est que les gestes qu'il a posés auraient été mal interprétés. Il ne reconnaît pas que ses actes étaient inacceptables [...]. Il se positionne vraiment comme une victime et c'est extrêmement déplorable.» - Stéphanie Tremblay, agente de communication pour le RQCALACS

« Ce qui est assez déplorable, c'est qu'il n'y a aucune responsabilisation de la part de Gerry Sklavounos », a-t-elle conclu.

« Un gâchis » dû à Philippe Couillard, selon la CAQ

La Coalition avenir Québec (CAQ) parle d'un gâchis dû au manque de leadership du premier ministre.

Selon la députée Nathalie Roy, le premier ministre a eu tort de ne pas avoir pris au sérieux les dénonciations, dès le départ. Elle soutient qu'il aurait dû depuis des mois interroger le député sur ses agissements et commander des enquêtes sur les allégations publiées.

Sur le fond, à savoir si oui ou non le député devait remettre les pieds à l'Assemblée nationale et réintégrer le caucus libéral, la CAQ ne se prononce pas et renvoie la question au premier ministre. « C'est à M. Couillard de mettre ses culottes et force est de constater qu'il ne les a pas mises depuis quatre mois », selon Nathalie Roy.

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