POLITIQUE

Bloc québécois: Gilles Duceppe plaide pour une course à la direction en 2018

03/02/2017 07:33 EST | Actualisé 04/02/2017 12:20 EST

Gilles Duceppe estime qu’un report de la course à la direction du Bloc québécois en 2018 serait un « accommodement raisonnable » pour la députée péquiste Martine Ouellet, qui annoncera ses intentions dimanche.

Les délégués du Bloc québécois sont réunis en conseil général samedi pour décider des modalités de leur course à la direction. Mais l’idée d’une élection rapide, d’ici le 22 avril 2017, tel que décidé par le bureau national l’an dernier, ne fait pas l’unanimité au sein des troupes bloquistes.

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Gilles Duceppe pense que la course devrait avoir lieu en 2018. (Photo: AP)

L’ancien chef de la formation politique pense que Martine Ouellet pourrait très bien devenir chef du Bloc québécois l’an prochain, tout en gardant son siège à l’Assemblée nationale.

« Je ne vois pas comment on peut assumer les deux rôles et être chef d’un parti qui est dans un autre Parlement. Il y a confusion des genres, des rôles, et ça peut poser un problème », a-t-il déclaré, lors d’une entrevue.

« [Par contre], je ne vois pas qui pourrait reprocher à Martine Ouellet de rester députée pendant deux mois pendant que l’Assemblée nationale ne siège pas et elle aurait droit à l’indemnité [de départ]. Je considère que ça fait partie de la réalité des choses. Appelons ça un accommodement raisonnable, tiens. »

2017 ou 2018?

Le député de Montcalm, Luc Thériault, proposera que la course commence à la fin d’avril 2018 pour se terminer à la mi-juin 2018, une « séquence gagnante » selon lui. Il appelle d’ailleurs Martine Ouellet à se rallier à sa proposition.

« Si Mme Ouellet a envie de devenir chef de cette grande institution qu’est le Bloc québécois, je pense qu’elle devrait effectivement opter pour la proposition que je fais. C’est bon pour elle et pour tout de monde. »

Pour l’instant, seul Félix Pinel, ancien candidat du Bloc dans Rivière-des-Mille-Îles, a déclaré publiquement qu’il serait candidat. Il reconnaît qu’il y a « deux visions, deux clans » qui s’affronteront au conseil général à Boucherville.

« Malheureusement, la proposition soumise par le bureau national comporte des règles et surtout un échéancier qui seront bien difficiles à respecter pour des candidats dont l'occupation quotidienne est autre que la politique », déplore-t-il dans un communiqué de presse soumis vendredi, en fin d'après-midi.

Les candidats doivent récolter 1000 signatures et amasser 15 000$ afin d’être admissibles dans la course. S’il s’agit d’une tâche « juste et légitime », selon Félix Pinel, il croit que ce serait quasi impossible pour les aspirants chefs qui, comme lui, n’ont qu’une équipe de bénévoles à leur disposition.

« Pour un député, une tâche comme celle-là est facile à exécuter, surtout que plusieurs ressources viennent avec le poste. Pour une personne normale qui travaille dans un autre domaine et qui compte uniquement sur l'aide de bénévoles, c'est une toute autre histoire », explique l’enseignant de 39 ans.

Bientôt une décision pour Ouellet

C’est qu’en coulisses, on s’active pour tracer la voie à Martine Ouellet, la députée péquiste de Vachon. Les députés bloquistes Xavier Barsalou-Duval et Marilène Gill lui ont déjà donné leur appui et ce, même si elle n’a pas confirmé qu’elle se lançait dans la course.

Louis-Philippe Dubois, qui est conseiller politique pour Barsalou-Duval, travaille actuellement de façon non officielle pour aider la potentielle candidature de Martine Ouellet. Il avait pris congé, lors de sa dernière course à la chefferie du Parti québécois, pour agir comme directeur des communications de la campagne Ouellet.

Selon les informations du Devoir, le président du Bloc, Mario Beaulieu, ferait quant à lui campagne « dans toutes les régions » pour qu’une course à la direction ait lieu en 2017, tel que prévu.

La principale intéressée attendra au lendemain du conseil général, lorsque les modalités de la course seront connues, avant de confirmer sa décision. Mais déjà, elle a affirmé en entrevue que le prochain chef du Bloc doit pouvoir profiter d'un laps de temps suffisant pour préparer les troupes aux prochaines élections fédérales.

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Martine Ouellet tient une conférence de presse dimanche. (Photo: PC)

« Dans ma perspective, je souhaiterais que le Bloc ait le maximum de députés en 2019 et pour ça, il faut de la préparation, il faut de l’organisation, il faut de la notoriété, il faut du financement. Ça se prépare d’avance, ça ne se prépare pas à six mois des élections », a expliqué Martine Ouellet en entrevue.

Le chef par intérim du Bloc, Rhéal Fortin, a confirmé qu’il ne se présenterait pas à sa propre succession. Même s’il convient que Fortin fait un bon travail, Xavier Barsalou-Duval, qui a été le premier député à appuyer la potentielle candidature de Martine Ouellet, croit qu’à « un moment donné, il faut passer à autre chose ».

« Un chef intérimaire est toujours pris à ne pas trop prendre de décisions et à marcher sur des œufs, se justifie-t-il. S’il prend une décision sur laquelle on ne peut pas revenir après, ça pourrait ne pas faire l’affaire du prochain chef. »

Le député de Pierre-Boucher-Les Patriotes-Verchères veut éviter qu’un autre chef bloquiste doive céder sa place, à l’aube des élections, comme c’était le cas avec Mario Beaulieu en 2015. « C’est clair qu’on ne voudrait pas que ça se reproduise», convient-il.

Une chefferie «noyée»

L’année promet d’être chargée, du côté des partis d’opposition : le Parti conservateur du Canada élira son prochain chef en mai 2017, alors que le NPD fera son choix à l’automne 2017.

Le doyen du caucus, Louis Plamondon, craint que la course à la direction du Bloc soit « noyée » au sein du calendrier politique à Ottawa.

« Les choses ont changé depuis qu’on a pris cette décision [de tenir une course en 2017]. Peut-être qu’on serait mieux de prendre notre temps », a-t-il affirmé.

Luc Thériault, quant à lui, considère que le Bloc « mérite » une course à la direction, afin de tenir des débats de fond et d’attirer « d’éventuelles candidatures attrayantes » briguer le poste.

Mais Stevens Heroux, directeur général du Bloc, dit que les personnes intéressées avaient un an pour manifester leur intérêt.

La course, même si elle n’était pas officiellement lancée, a pris tellement de temps à démarrer que même l’ex-candidate bloquiste Catherine Fournier, qui avait songé à se présenter, a eu le temps de devenir députée péquiste de Marie-Victorin, ajoute-t-il.

Gilles Duceppe dit qu’au final, les membres devront décider du moment de la course. Mais à son avis, c’est à Martine Ouellet de se défaire d’un double rôle « incompatible », soit celui de députée à Québec et celui de chef à Ottawa.

« Si c’est tellement important de [choisir un chef] tout de suite, assumons-nous et démissionnons de Québec. »

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