BIEN-ÊTRE

Le nouveau visage de Medellín (que vous ne verrez pas dans «Narcos»)

31/01/2017 12:04 EST | Actualisé 31/01/2017 12:04 EST
Malik Cocherel

Avec le succès de Narcos, tout le monde connaît aujourd’hui l’histoire de Pablo Escobar. Mais ce que ne raconte pas la série de Netflix, c’est comment Medellín, la deuxième plus grande ville de Colombie, qui a été le théâtre du règne sanglant du célèbre narcotrafiquant, est devenue une cité moderne et accueillante, après avoir été l’une des métropoles les plus violentes au monde.

En 1991, Medellín enregistrait un taux d’homicide record, 381 morts pour 100 000 habitants, soit l’équivalent de 32 000 morts par an pour une ville comme New York. À l’époque, Medellín était une vraie zone de guerre, des voitures piégées explosaient en pleine rue tous les jours, alors qu’Escobar, en conflit avec les forces gouvernementales et les groupes paramilitaires à la solde des cartels ennemis, mettait la ville à feu et à sang. En 1993, la mort d’El Patrón a été loin d’apaiser la situation, en laissant la place à d’autres narcotraficants et groupes armés prêts à toutes les violences pour récupérer leur part du gâteau.

Une impressionnante métamorphose

« Quand Escobar a été abattu, Medellín était sans doute l’un des endroits les plus dangereux au monde. La situation était désastreuse. Après la mort de Pablo, entre 70 et 80 % des commerces de la ville ont disparu parce qu’ils étaient, de près ou de loin, reliés au cartel », raconte Markus Jobi, en entrevue avec le Huffington Post Québec. Après avoir enseigné l’histoire et les sciences politiques à l’Université d’Antioquia à Medellín, ce natif de Cologne en Allemagne s’est lancé dans le tourisme en 2012, en montant sa compagnie, Palenque Tours. « Il y a encore 10 ans, rares étaient les touristes qui venaient à Medellín. C’était surtout des backpackers, généralement des hommes célibataires, en quête d’aventures », explique Jobi.

Aujourd’hui, les choses ont bien changé. « Il y a encore 20 ans, ça aurait été impensable de se retrouver ici en train de parler tranquillement autour d’un café », poursuit Jobi, sur la terrasse du Patio Del Mundo, un hôtel-boutique, récemment ouvert dans le quartier d’El Poblado, qui symbolise bien le renouveau de Medellín. « On est parti de très loin, et la ville a dû se réinventer, en mettant l’accent sur le développement des infrastructures. » Coincée dans vallée de Aburrá entourée de montagnes, Medellín est devenue la première métropole au monde à intégrer un téléphérique à son réseau de transports publics. Mise en service en 2003, la première ligne de ce Metrocable a contribué au développement des quartiers déshérités du nord-est de la ville.

Auparavant, Medellín avait déjà inauguré sa première ligne de métro en 1995. « La construction de cette ligne de métro qui longe la Medellín River a permis aux gens qui habitent le nord de la ville de se rendre en sécurité et rapidement dans le sud où se trouvent toutes les usines », souligne Markus Jobi. « Pour vous, le métro, ça ne représente peut-être pas grand-chose. Mais pour les Colombiens, c’est quasiment une attraction touristique. Dans chaque station, il y a deux femmes de ménage et quatre policiers en service, 7 jours 7. Ça doit être l’un des endroits les plus propres et les plus sûrs de Medellín! »

Une image à redorer

Le développement des infrastructures est également passé par la construction, en 2011, d’un gigantesque escalier mécanique au cœur de La Comuna 13, connu pour avoir été, durant des années, l’un des quartiers les plus violents de la ville. En de plus de faciliter la vie quotidienne des 12 000 et quelques habitants de ce barrio à flanc de colline, l’escalator, qui a côuté pas loin de 7 millions de dollars à la ville, est devenu l’un des symboles de la transformation et du renouveau de Medellín. Aujourd’hui, on peut marcher dans les ruelles escarpées de La Comuna 13, sans craindre pour sa sécurité. Des jeunes du quartier, regroupés au sein du collectif Casa Kolacho, organisent même un « Graffiti Tour » pour découvrir les nombreuses œuvres de street art qui recouvrent les murs du bario, et qui sont autant de témoignages des traumatismes et autres violences subies par les résidents du quartier.

Si la ville a changé — Medellín a été élue capitale mondiale de l’innovation par le Wall Street Journal et l’Urban Life Institute en 2013, avant de remporter en 2016 le prix Lee Kuan Yew surnommé le « Prix Nobel des villes » —, les clichés hérités des années de violences et de guérilla urbaine ont encore du mal à s’effacer. « De toutes les choses que tu peux perdre, la plus difficile à récupérer, c’est la réputation », confie au Huffington Post Québec John Vallejo Z., qui organise un « Transformation Tour » pour mettre en avant la métamorphose impressionnante opérée par Medellín. « On essaye de changer l’image de la ville, mais ce n’est pas facile quand les gens ont été habitués à voir à la télé toutes ces violences et ces histoires de drogue. »

De fait, une série comme Narcos n’offre pas forcément une publicité rêvée pour Medellín qui bataille encore pour tourner la page des années noires de l’ère Pablo Escobar. Mais cela amène aussi de nouveaux touristes en ville. « Cette série apporte beaucoup d’expositions à Medellín, ce qui est toujours bon à prendre, même si c’est pour des mauvaises raisons, » confirme Markus Jobi. « Je ne suis pas contre Narcos, mais il faut comprendre que les gens à Medellín sont encore blessés par les drames de cette époque. Ils n’aiment pas trop parler de ça et la série n’est pas vraiment populaire ici. Les gens se sentent presque offensés par Narcos parce qu’ils sont lassés qu’on parle de la Colombie uniquement à travers Pablo Escobar. Ils veulent qu’on parle d’autres choses, plus positives. »

Tourisme communautaire contre Narcotourisme

Surfant sur le succès de Narcos, la ville de Medellín a vu se développer ces dernières années un juteux business du narcotourisme. On ne compte plus en ville les voyagistes qui organisent des visites guidées des principaux lieux associés au parcours violent de Pablo Escobar, du Monaco Building dans le quartier d’El Poblado où le cartel rival de Cali a tenté de l’exécuter en faisant exploser une voiture piégée en 1988, à la maison où il a passé ses derniers jours dans le quartier résidentiel de Los Olivos avant d’être abattu par les forces spéciales colombiennes. Sans oublier le cimetière d’Itagüí où il a été enterré, et où repose également le corps de Griselda Blanco, autre figure importante du narcotrafic assassinée en 2012.

Certains proposent aussi de rencontrer Roberto Escobar, le frère de Pablo et ancien comptable du cartel de Medellín, qui occupent l’une des anciennes demeures d’El Patrón transformée en musée de fortune. De son côté, même s’il se dit admirateur de Narcos, Markus Jobi refuse d’entrer sur ce terrain. « C’est normal que les touristes qui viennent en Colombie posent des questions sur la série et sur Escobar, explique-t-il. Mais je n’emmènerais jamais des gens voir le frère d’Escobar ou un ancien membre de son cartel. Ce serait manquer de respect à toutes leurs victimes que de permettre à ces criminels de tirer profit de ce qu’ils ont pu faire à l’époque. Ce dont on a besoin maintenant, c’est surtout d’un dialogue où les victimes sont impliquées. »

Plutôt que d’aller voir Roberto Escobar dont on ne tirera pas grand-chose (il est à moitié sourd et aveugle depuis qu’une lettre piégée, envoyée par le cartel ennemi de Cali, lui a explosé en plein visage), Jobi recommande la visite, beaucoup plus instructive — et bouleversante — de la Casa de la Memoria. Planté en plein centre-ville, ce mémorial a ouvert il y a seulement deux ans et recueille les témoignages de personnes ayant perdu un proche durant les longues années de violences et de guérilla à Medellín.

« Il y a encore 4 ou 5 ans, les gens préféraient garder le silence pour ne pas souffrir, explique le patron de Palenque Tours. Mais mieux vaut parler des problèmes, plutôt que de les enterrer, si on veut pouvoir les régler. C’est l’idée de ce lieu qui a été créé pour permettre aux gens de parler des drames qu’ils ont vécus. À la Casa de la Memoria, on ne cache rien. Et c’est bien de pouvoir parler enfin ouvertement des déplacements forcés, des enlèvements, des viols et des assassinats qui ont marqué l’histoire de la région. »

Face au narcotourisme, Markus Jobi joue également la carte du tourisme communautaire. Avec sa compagnie, il organise des « Coffee Tours » pour visiter les plantations de café de la région, comme le Café de la Cima, petite ferme située dans la commune de Fredonia, à une heure de route de Medellín, où l’on cultive un café artisanal et 100 % biologique. Jobi propose aussi d’aller à la rencontre des anciens cultivateurs de coca, qui travaillaient pour les cartels de la drogue, qui se sont reconvertis depuis dans la production de cacao.

« L’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime a mis en place un projet pour aider les petits fermiers à arrêter de produire de la drogue pour se mettre au cacao et au café », explique-t-il. « Mais aujourd’hui, ils n’ont pas de distributeurs pour les aider à vendre leurs produits. C’est là que le tourisme peut être utile à la communauté de ces fermiers qui forment une association regroupant environ 200 familles. Organiser des «Chocolate Tours» ou des «Coffee Tours» permet de leur fournir des revenus alternatifs et de les aider à s’ouvrir sur le reste du monde. C’est une façon très décente de faire du tourisme. »

Medellin, la ville derrière Narcos

Medellín et sa région ne manquent pas d’atouts pour attirer des touristes autres que les abonnés de Netflix qui se seraient subitement pris de passion pour la « ville de l’éternel printemps » en regardants Narcos. Au centre-ville, le Musée d’Antioquia renferme le plus grand nombre d’œuvres de Fernando Botero, dont le fameux tableau consacré à la mort d’Escobar par le célèbre peintre et sculpteur originaire de Medellín. On peut aussi se rendre à Santa Fe De Antioquia, l’ancienne capitale du département, petit bijou d’architecture coloniale (à 1h30 de route de Medellín), ou gravir les 659 marches de la Piedra del Peñol pour arriver au sommet du célèbre monolithe qui offre un panorama exceptionnel sur la région du lac de Guatapé (à deux heures de route de Medellín).

Cet article a été rendu possible grâce à l’invitation de Copa Airlines qui propose des vols entre Montréal et Medellín avec escale à Panama City. Pour plus d’infos: www.copa.com

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