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Crise politique: les troupes sénégalaises sont entrées en Gambie

19/01/2017 02:14 EST | Actualisé 19/01/2017 02:14 EST

Le Conseil de sécurité des Nations Unies a soutenu jeudi à l'unanimité les initiatives menées par la Cédéao pour pousser le président sortant Yahya Jammeh à quitter le pouvoir en Gambie, où des troupes sénégalaises sont entrées peu après ce vote.

Une résolution préparée par le Sénégal a obtenu le soutien des quinze membres du Conseil, y compris celui de la Russie, qui a néanmoins souligné que ce texte n'autorisait pas formellement une intervention militaire en Gambie.

La Communauté économique des Etats d'Afrique de l'Ouest (Cédéao) a entrepris plusieurs démarches auprès de M. Jammeh pour qu'il respecte le résultat des urnes de l'élection du 1er décembre, remportée par Adama Barrow. Mais le président sortant s'accroche au pouvoir, qu'il détient depuis 22 ans.

La résolution appelle le Conseil à apporter "son soutien total à la Cédéao concernant son engagement à assurer, par des moyens politiques avant tout, le respect de la volonté de la population".

Le texte n'invoque pas le Chapitre 7 de la charte des Nations unies, qui autorise l'utilisation de la force.

Quelques minutes après ce vote, un porte-parole de l'armée sénégalaise a annoncé que des troupes de son pays étaient entrées en Gambie.

Le président gambien élu Adama Barrow a dû prêter serment jeudi matin à l'ambassade de Gambie à Dakar. Il est arrivé au Sénégal le 15 janvier.

L'ambassadeur adjoint russe Petr Iliichev a relevé que la résolution insistait sur une voie politique pour débloquer la situation, et prévenu qu'une action militaire pourrait échouer.

"Pour le moment, il n'y a pas de bain de sang mais s'ils interviennent, qui va en prendre la responsabilité", avait-il indiqué à la presse avant le vote.

Outre le Sénégal qui est passé à l'action, le Nigeria et le Ghana se sont également préparés à intervenir militairement.

Des diplomates onusiens ont relevé que si M. Barrow demandait une action armée en Gambie, la résolution servirait de base légale pour le faire.

"Nous espérons une résolution pacifique de la situation, mais il apparaît très clairement que si le président Barrow demande de l'aide alors c'est quelque chose que, en tant que président légitime de la Gambie, il aura parfaitement le droit de faire", a souligné l'ambassadeur adjoint britannique Peter Wilson.

Chronologie

Rappel des développements depuis le scrutin présidentiel du 1er décembre en Gambie, officiellement remporté par Adama Barrow face au sortant Yahya Jammeh qui refuse sa défaite.

Défi inédit pour Jammeh

1er décembre 2016: Les Gambiens votent pour désigner leur nouveau président parmi trois candidats en lice, dont Yahya Jammeh, au pouvoir depuis 22 ans, et Adama Barrow, candidat d'une large coalition de l'opposition.

Le lendemain, la Commission électorale annonce la victoire de M. Barrow. Des manifestations de joie éclatent à Banjul et dans ses environs.

M. Jammeh reconnaît sa défaite et téléphone à M. Barrow pour le féliciter. "Vous êtes le président élu de Gambie et je vous souhaite le meilleur", dit-il.

3 déc: M. Barrow assure qu'il ne lancera de "chasse aux sorcières contre personne".

5 déc: Un tribunal ordonne la libération sous caution du chef du Parti démocratique uni (UDP, principal parti d'opposition) Ousainou Darboe, et de 18 co-prévenus, condamnés en juillet à trois ans de prison ferme. Une quarantaine d'opposants seront libérés sous caution dans les jours qui suivent.

Ils étaient poursuivis notamment pour avoir manifesté illégalement.

Brusque revirement de M. Jammeh

5 déc: La Commission électorale indique qu'Adama Barrow l'a emporté sur Yahya Jammeh avec une avance plus réduite qu'annoncé initialement et une participation inférieure. Selon les résultats révisés, M. Barrow est élu avec 43,2% des voix, M. Jammeh arrive deuxième avec 39,6% des voix, soit quelque 19.000 voix d'écart.

Le 9 décembre, Yahya Jammeh annonce qu'il ne reconnaît plus les résultats. "Tout comme j'ai loyalement accepté les résultats, en croyant que la Commission électorale était indépendante, honnête et fiable, je les rejette dans leur totalité", dit-il, dénonçant des "erreurs inacceptables".

Condamnations de la communauté internationale, qui le presse de reconnaître sa défaite et de céder le pouvoir.

Médiations de la Cédéao

13 déc: Une délégation de chefs d'Etat de la Communauté économique des Etats d'Afrique de l'Ouest (Cédéao) dépêchée en Gambie ne parvient pas à convaincre M. Jammeh de reconnaître sa défaite. Au contraire, le même jour son parti saisit la Cour suprême pour réclamer l'annulation de l'élection, arguant d'irrégularités dans la comptabilisation des votes et l'organisation du scrutin.

Nouvelle mission de dirigeants ouest-africains en janvier.

Le 31 décembre, M. Jammeh estime que la Cédéao lui a fait "une déclaration de guerre" en affirmant envisager tous les moyens pour le pousser à quitter le pouvoir.

Pas de décision de la Cour suprême

9 janvier 2017: Le président sortant limoge douze ambassadeurs qui l'avaient invité à céder le pouvoir. Plusieurs ministres ont depuis été limogés ou ont démissionné.

10 jan: La Cour suprême juge impossible de statuer sur le recours de M. Jammeh avant plusieurs mois, faute de juges.

13 jan: L'Union africaine somme M. Jammeh de quitter le pouvoir pacifiquement, sous peine de "sérieuses conséquences", prévenant qu'elle ne le considérera plus comme légitime à partir du 19 janvier.

Des milliers de Gambiens craignant des troubles fuient au Sénégal et en Guinée-Bissau.

Adama Barrow accueilli au Sénégal

15 jan: Le Sénégal affirme avoir accepté d'accueillir jusqu'à son investiture Adama Barrow, à la demande de la Cédéao.

16 jan: Le président de la Cour suprême se récuse de l'examen du recours porté par Yahya Jammeh contre l'investiture de M. Barrow.

État d'urgence: des troupes africaines prêtes

17 jan: Yahya Jammeh proclame l'état d'urgence, invoquant "un niveau d'ingérence étrangère exceptionnel et sans précédent" dans le processus électoral et les affaires du pays.

18 jan: Des troupes des pays ouest-africains --dont le Nigeria et le Sénégal-- se tiennent prêtes à intervenir en cas d'échec de la négociation.

19 jan: Adama Barrow prête serment à l'ambassade de Gambie au Sénégal, lors d'une cérémonie officielle, après l'expiration du mandat de Yahya Jammeh.

L'armée nigériane effectue des vols de reconnaissance au-dessus de Banjul.

Le Conseil de sécurité apporte son soutien unanime aux initiatives de la Cédéao.

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