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«Music To Draw To: Satellite» de Kid Koala: l'amour au temps de la découverte spatiale (ENTREVUE)

13/01/2017 10:53 EST | Actualisé 13/01/2017 10:53 EST
FP

Le DJ, producteur et multi-instrumentiste Kid Koala offrira le 20 janvier Music To Draw To: Satellite, un cinquième album qui marque un tournant dans sa prolifique carrière. En plus d’avoir écrit les paroles de plusieurs chansons de l’opus pour une première fois, il a collaboré avec l’excellente chanteuse islandaise Emiliana Torrini.

Kid Koala, de son vrai nom Eric San, adore les sujets traitant de science-fiction, de robotique et d’exploration spatiale. Même la couleur créée par une étoile qui se meurt, il connaît. Il y a cinq ans, il avait proposé Space Cadet, un superbe livre noir et blanc qui raconte l’histoire d’un robot qui tente de trouver sa place dans l’univers. San, qui est aussi un artiste visuel, a créé tous les dessins en plus de réaliser la trame sonore incluse dans l’ouvrage.

Récemment, Kid Koala a publié un autre bouquin qui relate le processus créatif (making of) de Nufonia Must Fall, un live show (que l’on décrit aussi comme un film produit en direct) mettant en vedettes Robot, Malorie et Hexabot. Il a composé la musique de cette œuvre proposée par une équipe de musiciens, de créateurs allumés et de marionnettistes «postmodernistes», inspiré de la bande dessinée du même nom qu'il a publiée en 2003, Nufonia Must Fall, qui impliquait notamment le scénographe américain K.K. Barrett, accolytes des cinéastes Spike Jonze et Sofia Coppola.

kid koala

Cette fois, Kid Koala a de nouveau projeté le cœur et la tête dans l’espace pour pondre ce petit bijou, qu’il qualifie d’œuvre créée pour inspirer les dessinateurs (Music To Draw To: Satellite). Évidemment, cette idée n’est qu’un prétexte pour créer une musique calme, qui réfère à la glace, aux lumières scintillantes hivernales, au lyrisme du voyage, à la douce mais parfois inquiétante solitude. Çà et là sur l’album, on ne peut s’empêcher d’imaginer un petit vaisseau approchant la planète Mars. C’est comme si l’âme d’un vivant s’était blottie dans un cocon volant. Quand commence le morceau instrumental The Observable Universe, on est happé par ce monde de flottaison et de contemplation. Juste après, sur Adrift, impossible de ne pas remarquer la magnifique voix de la chanteuse Emilíana Torrini (on pense à Portishead ou encore Bjork quand on entend le timbre vocal pur de la chanteuse).

Dans le cockpit

Dans son vaste studio de la rue Christophe-Colomb, son cockpit de création, Eric San raconte qu’il avait ce projet en tête depuis quelques années. En gros, cet album-concept traite de l’histoire d’une femme qui, malgré le fait qu’elle soit en couple, décide de se lancer seule dans un projet de découverte spatiale; aller-simple pour Mars. L’hiver, saison qu’affectionne particulièrement Eric San, fut la période privilégiée pour concevoir ce disque de 18 morceaux (une dizaine sont instrumentaux).

Dans un français approximatif, et surtout en anglais, le très sympathique Eric San explique en entrevue qu’il aime beaucoup le travail d’Emilíana Torrini. Dès le premier album Love In the Time of Science (trois autres disques avaient été publié seulement en Islande), paru en 1999, il est devenu un fan de la chanteuse de 39 ans.

Six ans plus tard, après un spectacle de la tournée entourant l’album Fisherman’s Woman (2005), Eric San à rencontré Torrini. «J’habitais à New York. J’ai assisté à son concert dans une petite salle du centre-ville. J’ai pu lui parler quelques minutes après le spectacle. Je lui ai donné une bande dessinée et je suis parti ! (rires) Plusieurs années ont passé avant qu’un ami à moi, qui travaille chez Ninja Tune (Kid Koala est associé au réputé label britannique), m’a contacté pour l’aider à développer un vidéoclip pour développer un vidéoclip pour Emilíana… J’ai dit que je l’adorais, mais j’étais trop occupé. Finalement, après cinq autres années, C’est grâce au film Men Women and Children (sorti en octobre 2014 ; du réalisateur montréalais Jason Reitman), pour lequel Eric San a composé la musique Nightfall (Pale Blue), qu’il a pu faire appel, enfin, aux services d’Emilíana Torrini.

Mentionnons que Torrina jouit d’un statut enviable dans le monde de la musique. Elle a collaboré avec de grands noms comme Sting, Dido, Moby, Travis, Tricky, Kylie Minogue, Thievery Corporation ou encore Albin de la Simone. Elle a par ailleurs chanté White Rabbit de la bande originale du film Sucker Punch (de Zack Snyder) ou encore écrit et chanté le thème musical final, Gollum’s Song, du film de Peter Jackson, Le Seigneur des anneaux: les deux tours (2002).

C’est grâce à cette collaboration qu’il a eu l’idée de lui proposer plus tard son projet personnel de Music To Draw To: Satellite. Elle a accepté d’embarquer dans le projet. Avec enthousiasme, elle est venue à Montréal durant dix jours. «Nous avons travaillé tout ça dans mon studio, explique Eric San. Au début, les trois premiers jours, nous n’avons rien créé. Nous avons visité Montréal, jasé de tout et de rien. Nous avons appris à nous connaître. Elle a une énergie incroyable. Seul problème: elle disait souvent qu’elle avait énormément de difficulté à écrire des textes. Et je m’attendais à ce qu’elle s’occupe des paroles de plusieurs chansons.»

«Finalement, elle m’a convaincu de me lancer dans l’écriture, poursuit-il. Au départ, j’étais relativement inconfortable avec l’idée d’écrire les paroles. Je n’avais jamais tenté l’expérience. Et ce n’était pas ce qui était prévu dans ce projet. J’avais envisagé qu’elle serait responsable des mots. Après la lecture de mon premier texte, Emilíana a affirmé qu’elle serait très à l’aise de chanter mes mots. Tout au long du processus, elle apportait des commentaires tout en me rassurant sur la qualité de mon écriture. J’ai donc écrit cinq pièces sur l’album. Emilíana, quant à elle, s’est chargée du texte Fallaway. Au sujet de la dernière chanson contenant des paroles, Nightfall (Pale Blue), elle l’avait déjà composée auparavant pour le film.»

Interstellar Orbiter

L’album Music To Draw To: Satellite, qui contient 18 morceaux, dont une dizaine instrumentaux, sera transposé sur scène. En collaboration avec le Centre Phi, Kid Koala offrira une série de trois concerts intitulée Satellite, du 2 au 4 février.

Encore une fois, Kid Koala veut repousser les limites de l’expérience scénique. En effet, le public sera invité à participer à l’interprétation de ses chansons à l’aide de stations équipées de tables tournantes et de 50 dispositifs à effets spéciaux, qui incluent le Interstellar Orbiter.

Kid Koala entend aussi mettre passablement d’énergie sur le concept d’éclairage. Il sera modifié afin de proposer diverses teintes qui suivront les rythmes des chansons. Des changements de couleur indiqueront aux spectateurs quels vinyles ils devront utiliser sur leur table tournante respective. Le musicien souhaite consacrer une part importante d’improvisation dans ce nouveau concert.

Le concert Satellite sera livré à compter du 26 janvier, à Toronto (plusieurs représentations). Ensuite, Kid Koala partagera son univers dans de nombreuses villes en Amérique du Nord et dans le reste du monde. Même Abu Dhabi.

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