Chez Hockey Canada, «pas le droit» de parler français

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Après sa défaite crève-coeur en finale du Championnat mondial junior, Hockey Canada se retrouve au coeur d'une controverse après qu'un joueur québécois a affirmé ne pas avoir eu le droit de parler en français dans le vestiaire.

En entrevue à l'émission Dave Morissette en direct vendredi, Julien Gauthier a affirmé que les joueurs francophones n'avaient le droit à «aucun français» au cours du tournoi. Pourtant, certains matchs étaient présentés en sol québécois.

«Tu parles aucunement français. T'as pas le droit, vu que [pour] tout le monde, la langue première c'est l'anglais, là-bas.» – Julien Gauthier

Si elle n'a pas semblé surprendre Dave Morissette, la déclaration a fait sourciller le chroniqueur de La Presse, Philippe Cantin. Dans sa chronique de lundi, le journaliste sportif a partagé les précisions de Dominique Ducharme, l'entraîneur-chef d'Équipe Canada.

Selon l'entraîneur, lui-même francophone, on n'a jamais interdit aux joueurs de parler français entre eux. Il admet cependant avoir «demandé de faire attention».

«On voulait que tout le monde soit inclus. Ce n'est pas une interdiction. On voulait former l'équipe la plus forte possible ensemble. Il fallait que tout le monde se comprenne», a expliqué Dominique Ducharme à Philippe Cantin.

Mais avec une proportion de francophones inégalée depuis belle lurette au sein de l'équipe - six Québécois et un Néo-Brunswickois - on est en droit de se demander si tout le monde se comprenait vraiment.

Malheureusement, ce manque de considération de Hockey Canada pour les francophones n'est pas un phénomène isolé. Philippe Cantin rappelle d'ailleurs que l'organisation a récemment donné une conférence de presse uniquement en anglais pour annoncer la nomination de Scott Smith au poste de président.

«On peut trouver ça anecdotique. J'y vois plutôt une nouvelle preuve de l'absence totale de sensibilité envers le fait français de cette haute direction, bien cantonnée dans ses bureaux de Calgary», écrit-il.

Et il n'est pas le seul à s'indigner. Sur Twitter, lundi, la nouvelle continuait de faire réagir.




Mario Beaulieu, porte-parole du Bloc Québécois en matière de langues officielles, a aussi réagi par communiqué. «Quand deux francophones ne peuvent même pas se parler en français entre eux dans une conversation privée, ça en dit long sur la place que le Canada veut bien nous accorder, a-t-il affirmé. J’ose à peine imaginer le scandale si c’était la langue anglaise qui était bannie. Encore en 2017, il y a supposément deux langues officielles au Canada, mais il y en a une qu’il faut laisser derrière à la maison, il y en a une qui n’a pas sa place dans une organisation qui a la prétention d’être pancanadienne. C’est ça, être traité en citoyen de seconde classe».

Reste à voir si Hockey Canada pourra corriger le tir avant le prochain championnat.