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Immobilier: certains premiers acheteurs doivent réévaluer leurs ambitions

19/12/2016 01:49 EST | Actualisé 19/12/2016 01:49 EST

Plus tôt cette année, Meghan Morrison et son fiancé ont pris la décision difficile d'ajouter deux heures de voyagement à leur routine quotidienne pour réaliser leur rêve de devenir propriétaires d'une maison.

Le couple aurait pu acheter une copropriété dans la région de Toronto, où tous deux travaillent, mais Mme Morrison a expliqué qu'ils préféraient avoir plus d'espace, pouvoir continuer à investir dans leurs passe-temps et, éventuellement, fonder une famille.

"Nous avons regardé les nouvelles constructions à Toronto et c'est comme _ mon dieu _ 400 000 $ pour 600 pieds carrés", a raconté Mme Morrison, âgée de 26 ans.

Le couple déménagera en janvier dans leur nouvelle demeure, une maison de briques à deux étages située à Barrie, en Ontario. Leur maison comprend un garage double et une grande cour clôturée, dans laquelle pourra s'amuser leur bouledogue.

"Cela a été une décision vraiment difficile, a indiqué Mme Morrison. Ça a été un long tiraillement. Mais nous ne pouvions pas nous faire à l'idée de vivre dans une copropriété toute notre vie."

Étant donné que les prix des maisons à Toronto, Vancouver et dans leurs régions avoisinantes sont de plus en plus élevés, plusieurs premiers acheteurs sont forcés de quitter la ville ou de réévaluer leur ambition de devenir propriétaires.

Mais dans les provinces productrices de pétrole comme l'Alberta, la Saskatchewan et Terre-Neuve-et-Labrador _ où le plongeon des prix du pétrole a plombé la croissance économique _ le portrait de la situation est très différent.

Selon le président de Royale Lepage, Phil Soper, les volumes de vente ont diminué d'environ 20 pour cent en Alberta par rapport à leur moyenne à long terme.

"Je n'ai jamais vu des différences régionales aussi importantes", a noté M. Soper.

"Selon les différents points de vue, soit il s'agit d'une des années les plus difficiles du marché du logement depuis la Grande Récession, ou soit la surchauffe est si dingue que le gouvernement devrait intervenir pour régler la situation."

L'économiste en chef adjoint de la Banque CIBC, Benjamin Tal, prédit que le marché va ralentir à Toronto et à Vancouver au cours de la prochaine année. Selon lui, les changements apportés par les gouvernements _ incluant la taxe de 15 pour cent pour les acheteurs étrangers à Vancouver et les modifications aux règles hypothécaires fédérales _ se feront sentir.

En outre, les gouvernements de l'Ontario et de la Colombie-Britannique ont annoncé récemment des mesures pour aider les premiers acheteurs sur le marché.

Le gouvernement britanno-colombien a lancé un plan offrant des prêts aux premiers acheteurs pour les aider à intégrer le marché immobilier. Les prêts sont offerts sans intérêt et ils ne comprennent aucun paiement de remboursement dans les cinq premières années.

"Manifestement, en ce qui a trait aux politiques, 2016 a été une année très importante qui influencera la trajectoire du marché du logement dans les années à venir", a estimé M. Tal.

La croissance des prix devrait ralentir dans la grande région de Toronto, a pour sa part prédit M. Soper, et elle pourrait possiblement se renverser à Vancouver. L'Alberta et les autres provinces productrices de pétrole pourraient pour leur part renouer avec une croissance modérée.

Les nouvelles règles introduites en octobre par Ottawa, qui exigent notamment que toutes les hypothèques assurées soient assujetties à une simulation de crise, devraient par ailleurs forcer certains aspirants acheteurs à continuer à louer leur logement, a poursuivi M. Tal.

"Je crois que le marché de la location va se resserrer davantage", a-t-il précisé.

Cela pourrait être de mauvais augure pour les gens comme Nicole Silver, une professionnelle de 23 ans du secteur des relations publiques qui vit dans la région de Toronto.

Après être restée pendant plusieurs années chez ses parents pour économiser de l'argent, Mme Silver était prête à faire une mise de fonds d'entre 60 000 $ et 70 000 $ sur une copropriété cet automne.

Mais elle a rapidement constaté que les prix des copropriétés avaient tellement grimpé qu'ils étaient hors de portée.

"Si je m'y étais prise un peu plus tôt, quelques mois plus tôt, peut-être que cela aurait été mieux, affirme-t-elle. Je sens que ça empire de mois en mois."

Même si elle surveille toujours le marché, Mme Silver dit s'être plus ou moins résignée à louer.

"Je ne veux pas passer ma vie à payer un loyer pour habiter dans la maison de quelqu'un d'autre, explique-t-elle. Je ne suis pas très contente de cette situation, mais c'est simplement la réalité."

Selon Heather Rollwagen, une professeure associée en sociologie à l'Université Ryerson, la propriété d'une maison est importante pour plusieurs Canadiens parce qu'elle est érigée, culturellement, en symbole de sécurité économique.

"Je crois que les gens se font dire que de louer toute leur vie est irresponsable, d'une certaine façon", explique-t-elle.

Cependant, l'achat d'une propriété n'est pas nécessairement plus sécuritaire du point de vue économique, assure Mme Rollwagen _ particulièrement pour ceux dont le revenu est plus faible et qui accumulent d'importantes dettes. Ceux-ci deviennent conséquemment plus vulnérables aux changements dans les taux d'intérêt.

"J'ai hâte de voir, dans les 10 à 15 prochaines années, comment l'attitude des jeunes de la génération du millénaire va alimenter les changements à la valeur de la propriété d'une maison, parce que ce sont eux qui commencent vraiment à choisir de ne pas s'y lancer", affirme-t-elle.

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