DIVERTISSEMENT

Dissimulation d'oeuvres de Picasso: 2 ans de prison avec sursis pour l'ex-électricien et sa femme

16/12/2016 10:20 EST | Actualisé 16/12/2016 10:25 EST
BORIS HORVAT via Getty Images
Pierre Le Guennec (R), who is accused of receiving stolen goods after being found in possession of paintings by late Spanish artist Pablo Picasso, arrives with his wife Danielle at the court in Aix-en-Provence, southeastern France on October 31, 2016 for their appeal trial. Le Guennec, a former electrician, and his wife were convicted to two years suspended sentence for receiving stolen goods regarding some 271 artworks by Picasso which Le Guennec claims were given to him by Picasso and his wife Jacqueline when he carried out work on their villa in Mougins in the 1970's. / AFP / BORIS HORVAT (Photo credit should read BORIS HORVAT/AFP/Getty Images)

L'ex-électricien de Pablo Picasso, Pierre Le Guennec, et son épouse Danielle, ont été condamnés vendredi en appel par la justice française à deux ans de prison avec sursis pour le recel de 271 oeuvres de l'artiste entreposées durant quarante ans dans leur garage.

L'arrêt de la cour d'appel d'Aix-en-Provence (sud-est) confirme ainsi le jugement rendu en première instance en 2015. Lors de l'audience, en octobre dernier, l'avocat général avait requis la même peine en accusant le couple de retraités modestes d'avoir "menti" et refusant de croire à leur version d'un "don".

Les 180 oeuvres, des dessins, lithographies et collages non signés ni inventoriés au moment du décès du peintre, avaient refait surface lorsque M. Le Guennec, aujourd'hui âgé de 77 ans, s'était présenté au fils de l'artiste, Claude Ruiz-Picasso afin de les faire authentifier, avec un carnet de 91 esquisses, le tout datant de 1900 à 1932.

Les héritiers avaient aussitôt porté plainte, vu l'enjeu patrimonial. Représentés par Claude Ruiz-Picasso, ils avaient obtenu en première instance de se faire restituer les oeuvres.

"On ne peut qu'être satisfait que la vérité que nous affirmons dès le départ ait été reconnue", s'est réjoui vendredi Me Jean-Jacques Neuer, avocat de Claude Ruiz-Picasso et seul représentant des parties civiles présent à l'audience en appel.

Le lot comprend quelques pépites: des dessins stylisés de femmes et de chevaux, neuf collages cubistes très rares de l'époque de sa collaboration avec Georges Braque, une étude de la "période bleue" ou encore des sujets plus intimes comme des études de sa maîtresse Fernande, des dessins de sa première femme Olga ou un petit cheval découpé réalisé pour ses enfants.

Aucune oeuvre n'est signée ni dédicacée, une façon pour l'artiste de se protéger des vols dans ses ateliers. Les toiles sont restées pendant 37 ans sur une étagère, dans le garage du pavillon du couple dans un village des Alpes Maritimes près du mas de Mougins où Picasso vécut pendant douze ans, avant sa mort en 1973.

- Sacs poubelles -

L'électricien, qui avait travaillé entre 1970 et 1973 comme homme à tout faire pour le célébrissime peintre, avait soutenu dans un premier temps que les 271 oeuvres étaient un cadeau reçu en 1971 ou 1972 en remerciement de son dévouement. Il avait ensuite changé de version devant la cour d'appel, affirmant qu'il s'agissait d'un don de sa veuve Jacqueline après la mort du maître, "peut-être" pour les soustraire de l'inventaire de succession.

Quelques mois après le décès de Picasso, sa dernière épouse "m'a demandé de bien vouloir mettre chez moi en réserve des sacs poubelle", avait-il dit à la barre, la voix tremblante et l'expression maladroite. Selon lui, il y en avait entre 15 et 17.

Plus tard, Jacqueline Picasso lui aurait demandé de les lui rendre, sauf un pour lequel elle aurait dit "Gardez-le, c'est pour vous", avait déclaré M. Le Guennec en affirmant ne pas avoir dit la vérité plus tôt par "peur qu'on m'accuse ainsi que madame d'avoir volé ces sacs".

L'avocat général n'avait pas cru cette nouvelle version et demandé la confirmation des peines de première instance. "Je pense que c'est une soustraction à un Pablo Picasso vieillissant et à Jacqueline, plus que jamais focalisée sur son mari", avait-il estimé dans son réquisitoire. "On peut se demander si ce qu'on nous a présenté comme vérité aujourd'hui n'est pas encore un mensonge", avait-il lancé.

Me Eric Dupond-Moretti, avocat des prévenus, avait affirmé avoir obtenu "difficilement" cette version de son client quelques jours auparavant et avoir "la certitude que Jacqueline (avait) caché un certain nombre d'oeuvres, pas pour faire du recel". Il avait demandé un complément d'information pour "vérifier si d'autres oeuvres(avaient) pu être mises de côté par Jacqueline Picasso, pas forcément à des fins marchandes", une demande rejetée par la cour d'appel.

Pour les parties civiles, Me Neuer avait quant à lui dénoncé un "mensonge hallucinant", affirmant que cette affaire touchait aux "aspects les plus noirs et puissants du marché de l'art" et soutenant la thèse d'un "blanchiment international d'oeuvres volées".

Abonnez-vous à notre page HuffPost Québec Divertissement
Suivez-nous sur Twitter

À VOIR AUSSI:

INOLTRE SU HUFFPOST

Picasso et Fenosa à Baie-Saint-Paul cet été