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«2016 Revue et corrigée»: besoin de corrections (PHOTOS)

08/12/2016 01:12 EST | Actualisé 08/12/2016 01:12 EST
Théâtre du Rideau Vert

Quand l’hommage aux disparus est l’un des meilleurs moments d’un spectacle se voulant humoristique, c’est que la sauce manque un peu de consistance. C’est ce qu’on se dit une fois arrivés en fin de parcours de 2016 Revue et corrigée, la rétrospective humoristique que le Théâtre du Rideau Vert nous sert ces jours-ci pour une douzième année, fidèle à son immuable tradition des Fêtes. En poste depuis quatre ans, Alain Zouvi signe à nouveau la mise en scène.

Ce n’est pas de cracher dans la soupe que d’affirmer que la formule est un peu usée. Chanson au début, chanson à la fin, numéro à grand déploiement (souvent une parodie de comédie musicale) juste avant l’entracte, ton plutôt gentil, taquineries à Denis Coderre: la recette est assumée, et on sait à quoi s’attendre en se rendant assister à Revue et corrigée.

Mais pourquoi bouder son plaisir? Le concept remplit la salle à chacune de ses éditions, le Rideau Vert profite de ce succès assuré, les Québécois adorent les bilans comiques qui se multiplient en décembre et le rendez-vous est devenu, pour ses habitués, un incontournable, au même titre que La guerre des tuques pour les fidèles de Ciné-Cadeau.

Qui plus est, la pièce a toujours le mérite d’effectuer un survol très exhaustif des manchettes de l’année, étant moins contrainte par le temps et les considérations commerciales qu’un Bye Bye, par exemple.

Après, le constat qui se pose en quittant l’endroit demeure: c’était drôle, ou pas? Meilleur que l’an dernier, ou pas? À la hauteur de l’importance des événements de l’année, ou pas? Certaines moutures sont très réussies – on a encore en mémoire le résultat fabuleux de 2015 -, d’autres moins. Puis, on oublie quelques jours plus tard, et on y retourne en décembre suivant.

«2016 Revue et corrigée» au Théâtre du Rideau Vert


Le négatif…

La cuvée 2016 est de celles qui ne brillent pas tellement. Lundi, soir de première médiatique, on décelait plus de rires polis et beaucoup de blagues qui tombaient à plat que de vrais instants de franche rigolade. On ne veut pas jouer les trouble-fêtes mais, en toute sincérité, on aurait du mal à dresser un top 5 des meilleurs numéros de la soirée… étant donné qu’il n’y en a pas cinq qui se démarquent réellement. Les trouvailles ingénieuses ne sont pas tellement nombreuses, des segments s’étirent, on accorde beaucoup d’importance à des incidents qui n’en avaient pas nécessairement lorsqu’ils se sont produits et certaines mises en scène sont tirées par les cheveux.

Rendons toutefois hommage au talent des six interprètes qui se démènent dans leurs personnages respectifs et font preuve d’une remarquable polyvalence. Julie Ringuette, présente pour une troisième année, est excellente dans plusieurs de ses caricatures. Idem pour Marc St-Martin, vétéran de la bande, qui en est à sa 11ème Revue et corrigée.

Compte tenu du phénomène, l’idée de pasticher La voix junior était bonne, surtout pour ridiculiser un tantinet les grandiloquents compliments des coachs. Mais pourquoi y amener un Éric Lapointe, qui n’a pas tellement fait l’actualité en 2016?

L’an dernier, François Maranda avait causé un réel malheur en copiant à la perfection les tics et intonations de Marina Orsini dans son émission du matin à Radio-Canada. Le parterre en croulait d’hilarité. Cette année, l’acteur en met beaucoup trop, comme s’il voulait être certain de recréer son effet. C’est, hélas, plutôt médium, et les gloussements de sa Marina finissent par devenir agaçants. Bon flash, par contre, que d’envoyer Donald Trump se faire interviewer dans ce contexte, disons, léger.

Pourquoi placer Anne-Marie Dussault dans un aéroport pour la faire confronter son «amie» Marine Le Pen? Charles Tisseyre qui explique le virus Zika sur l’air de Ziggy, vraiment? Hillary Clinton qui détruit tout en coulisses après sa défaite, nécessaire? Le ton criard d’Amélie Grenier dans cette superflue satire sur la légalisation de la marijuana, pertinent?

Longue, cette vignette du téléthon Opération Enfant Soleil pour traiter de l’affaire Mike Ward – Jérémy Gabriel. Inutile, ce sketch au restaurant pour parler à la fois de Tinder et des innombrables allergies et intolérances alimentaires qui semblent se multiplier dans la population. Ron Fournier chez le psychologue pour encaisser l’échange de PK. Subban? Bof. On a de surcroît mal exploité tout le matériel fourni par Céline Dion cette année, avec une tirade résumant plusieurs points chauds, mais qui ne lève pas très haut.

…et le positif

Mais il n’y a pas que du négatif dans 2016 Revue et corrigée. Quel éclair de génie que cette Denise Filiatrault personnifiée par un Marc St-Martin en pleine forme, qui vient donner ses directives ici et là, entre deux saynètes! La voix, les mimiques de la directrice du Rideau Vert, tout est parfait. Et quelles bonnes lignes! «On n’est plus jeunes, on n’a plus 80 ans», vocifère la fausse Denise pour inciter ses poulains à «enchaîner», en lever de rideau. «J’ai pas dormi depuis 1982», martèle-t-elle avant de quitter les lieux. Alain Zouvi et Marc St-Martin ont visiblement bien observé leur «patronne» du théâtre pour la reproduire avec tant d’exactitude et de drôlerie. Chapeau aussi à la parodie de Mary Poppins, exécutée par les ministres du Parti libéral.

D’autres capsules, comme l’apparition d’un Pierre-Yves McSween exalté scandant son En as-tu vraiment besoin?, l’évocation des tendances queer et Instagram de Cœur de pirate dans une prestation rappelant celle du Gala de l’ADISQ, un Pierre Karl Péladeau qui voudrait aller se «refaire» au Banquier et la publicité inventée de «L’école d’inconduite Louis Morissette» sont sympathiques, mais on les oubliera rapidement.

On a en outre droit à des références à la course à la direction du Parti québécois (avec les aspirants-chefs en Pokémons), au discours de victoire interminable de Jean-François Lisée, à un Justin Trudeau imbu de lui-même et de ses selfies, et à un épisode de Divorcés et nus.

La plupart de ces sketchs ne sont pas archi mauvais, seulement fades et pas tellement comiques. Malgré toute sa bonne volonté et ses nobles intentions, 2016 Revue et corrigée aurait justement besoin de quelques corrections. Mais on se dit quand même «à l’an prochain»…

Au Théâtre du Rideau Vert, jusqu’au 7 janvier (avec représentations les 26 et 31 décembre).

Quelques bons moments

- L’interprétation, en ouverture, de Can’t Stop The Feeling retraçant tous les faits de l’année, des cônes oranges dans les rues de Montréal au coton ouaté du Titanic de Céline Dion, de la folie Pokémon Go à la lenteur de la construction du CHUM et aux ventes de St-Hubert et Rona, entre autres ;

- L’hommage aux disparus avec les six vedettes de la pièce, costumées en saltimbanques, qui chantent les airs marquants des grands défunts de l’année, de C’est fou mais c’est tout à Halleluia;

- La « Légende du burkini», à la façon du conte qui résumait «l’affaire Joël Legendre», l’an dernier. Belle performance de Martin Héroux, appuyée par des effets sonores, visuels et olfactifs. «Le burkini, ici, au Québec, on en parlait sans jamais en avoir croisé un; le burkini, ça sert à couvrir tous les autres débats; quand les médias s’ennuient, les burkinis dansent»

Quelques bonnes imitations

- Marc St-Martin en Denise Filiatrault

- France Parent en Pénélope McQuade

- Julie Ringuette en Cœur de pirate, en Mary Poppins et en Céline Dion

- Amélie Grenier en Anne-France Goldwater

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