POLITIQUE

Parti conservateur du Canada : le français malmené lors du débat bilingue à Moncton

06/12/2016 11:01 EST | Actualisé 07/12/2016 05:39 EST

OTTAWA – La langue de Molière a été malmenée, par moments, par des candidats à la direction du Parti conservateur du Canada lors du premier débat bilingue à Moncton, au Nouveau-Brunswick.

Certains des 14 aspirants chefs devront faire des pas de géant avant le prochain débat en français, qui aura lieu le 17 janvier dans la ville de Québec, s’ils entendent gagner la course et tenter de devenir premier ministre.

conservative leadership debate

Le deuxième débat de la course, à Moncton, était bilingue. (Photo : PC)

De tous les candidats, c’est la députée ontarienne Lisa Raitt qui semblait la plus frustrée de ne pas pouvoir s’exprimer à son aise. Si elle arrivait à faire passer ses idées en lisant ses notes sur la scène, la situation était tout autre en conférence de presse, après le débat.

« Je pense que j’ai… je pense que j’ai… je pense que j’ai essayé de parler en français parce que je sais que c’est très important à continuer avec mon français et je veux parler en français beaucoup », a-t-elle réussi à dire après quelques tentatives infructueuses.

Raitt, qui est originaire du Cap-Breton, a expliqué qu’elle se pratiquait à tous les jours avec un professeur privé et qu’elle allait suivre un programme d’immersion en français en janvier. « Je sais que je dois parler français pour tout le pays », a-t-elle martelé aux journalistes présents.

Kellie Leitch, qui représente elle aussi une circonscription en Ontario, a expliqué qu’elle étudiait en français deux ou trois heures par jour afin de pouvoir communiquer avec les « Canadiens ordinaires ».

Si certaines de ses déclarations étaient incompréhensibles pendant le débat, elle a assuré aux médias qu’elle s’améliore chaque jour afin d’être en mesure de parler dans les deux langues officielles en vue des élections de 2019.

La langue de Chrétien ou de Diefenbaker

Brad Trost, un député de la Saskatchewan, a lancé à la blague que les gens de son coin parlent un français digne de l’ancien premier ministre John Diefenbaker – c’est-à-dire un très mauvais français.

Pour sa part, il admet que l’apprentissage d’une nouvelle langue n’est pas de tout repos. « Mon niveau de français dépend de la journée. Je suis très nervous quand je parle avec le public avec beaucoup de personnes », a-t-il dit.

Son collègue de la Saskatchewan, Andrew Scheer, a grandi à Ottawa et se décrit comme bilingue. Mais il a parfois de la difficulté avec le masculin et le féminin et a tendance à marquer ses phrases de répétitions et d’hésitations.

« J’imagine qu’il y a du temps pour des gens qui veulent s’améliorer, a-t-il dit. Pour quelqu’un qui a appris le français pendant 13 ans à Ottawa, il y a parfois des occasions où notre français peut être rouillé. »

michael chong

Michael Chong se compare à l'ancien PM Jean Chrétien. (Photo : PC)

Celui qui a servi comme président de la Chambre des communes a peut-être « mal conjugué des choses ici et là », de son propre aveu, mais il fait valoir qu’il a réussi à parler sans notes, contrairement à d’autres de ses collègues.

Michael Chong, de l’Ontario, s’est comparé à l’ancien premier ministre Jean Chrétien – dont on a souvent dit qui parlait deux langues secondes – pour illustrer qu’il est possible de devenir un « communicateur efficace » malgré les embûches.

« Je parle français comme M. Chrétien parlait anglais dans les années 60. Mais comme M. Chrétien, je travaille très fort pour apprendre les deux langues », a déclaré le candidat né de deux parents immigrants.

Être ou ne pas être… bilingue

Plusieurs candidats anglophones, dans le lot, parlent un très bon français. L’ancien ministre conservateur Chris Alexander, qui a perdu son siège aux dernières élections, est parfaitement bilingue. L’ancien député de la Colombie-Britannique Andrew Saxton se débrouille lui aussi très bien.

Des candidats moins connus, comme le docteur du Manitoba Daniel Lindsay et l’ancien député Pierre Lemieux, ont eux aussi fait des efforts pour s’exprimer dans un bon français.

D’autres ne s’en faisaient guère avec le bilinguisme exigé pour le prochain chef de l’opposition officielle. Erin O’Toole ou Deepak Obhrai, par exemple, balançaient quelques phrases en français ici et là pendant le débat, avant de continuer en anglais seulement.

La formule du débat à Moncton permettait aux candidats de répondre dans la langue de leur choix à une question qui était posée en anglais ou en français.

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Maxime Bernier pense que certains de ses collègues doivent pratiquer. (Photo : PC)

Pour être certain d’être bien compris, Brad Trost s’assurait de répéter ses déclarations dans les deux langues officielles et ce, même s’il ne disposait que de quelques secondes pour exprimer ses idées en raison du nombre élevé de candidats.

Que pense l’un des candidats francophones de la performance générale en français des aspirants chefs pendant le débat? « Il y a certains de mes collègues qui vont devoir pratiquer un peu et être meilleurs que ce soir », a laissé tomber Maxime Bernier, en point de presse, sans pointer qui que ce soit du doigt.

Son collègue de Bellechasse-Les Etchemins-Lévis, Steven Blaney, n’a pas fait de commentaires à propos du français des autres candidats.

Un nouveau venu dans la course, l’homme d’affaires Rick Peterson, de la Colombie-Britannique, était un peu plus optimiste à la suite du débat bilingue. « Non, je pense que tout le monde qui était là a vraiment fait un grand effort et ça ira mieux dans le futur. »

Rejoindre jusqu’à 10 millions de Canadiens

Le mois dernier, Maxime Bernier avait indiqué que le prochain chef du Parti conservateur devait être capable de parler aux citoyens de quelque 100 circonscriptions au Québec et ailleurs au Canada où le vote francophone est majoritaire.

« Lors de la prochaine élection, nous ne pouvons pas donner un avantage de 100 circonscriptions à Justin Trudeau. Et nous devons être capables de débattre contre lui en français et en anglais », a martelé Bernier.

L’ancien premier ministre Brian Mulroney a fait écho à ses propos, lors d’une entrevue à l’émission Power and Politics sur les ondes de CBC, mardi soir.

« Quand vous considérez qu’il y a neuf ou dix millions de Canadiens qui parlent français, et que le français est une langue officielle, c’est plutôt utile pour un chef politique national de communiquer et converser avec ces citoyens dans leur langue. »

Le prochain chef du Parti conservateur sera choisi en mai 2017.