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Le télescope géant chinois chasse les extraterrestres... et les riverains

30/11/2016 10:08 EST | Actualisé 30/11/2016 10:12 EST

C'est la plus grande chance de l'humanité de détecter des extraterrestres. Avec son radiotélescope géant, grand comme 30 terrains de football, la Chine compte bien devenir une puissance scientifique. Quitte à exproprier des milliers de riverains.

Appelé FAST, acronyme anglais de "Radiotélescope sphérique de 500 mètres d'ouverture", l'engin a été mis en service fin septembre, pour un coût de 1,2 milliard de yuans (233 M$CAN).

Installé dans la province pauvre du Guizhou, entre trois collines karstiques, le FAST peut sonder l'espace comme jamais, examinant pulsars, matière noire et ondes gravitationnelles, à la recherche de signes de vie.

Mais la construction a nécessité l'expropriation de 9 000 personnes du district de Pingtang. Et des milliers de villageois indignés portent désormais plainte.

Pour Pékin, le FAST est l'outil rêvé pour rattraper son retard international et glaner des prix Nobel, selon Peng Bo, directeur des Observatoires astronomiques nationaux.

Le FAST, d'un diamètre de 500 mètres, dépasse nettement le radiotélescope américain d'Arecibo (305 mètres), deuxième du monde et situé sur l'île de Porto Rico.

"Nous nous devions d'être un peu plus audacieux, car nous devons surpasser les Etats-Unis à tout prix", a déclaré M. Peng lors d'une conférence à l'Académie chinoise des Sciences.

"Nous pouvons obtenir quelques prix Nobel grâce à lui", espère l'astronome, soulignant que le radiotélescope doit pouvoir détecter autant de pulsars (des étoiles émettant un fort rayonnement électromagnétique) en un an qu'il n'en a été trouvé depuis 50 ans.

La Chine, pays le plus peuplé au monde, n'a remporté qu'un unique Nobel en sciences, décerné en 2015 à la chercheuse Tu Youyou, en médecine.

Merci aux extraterrestres

Le FAST nécessite une zone tampon de "silence radio" d'un rayon de 5 km, tout article électronique y étant prohibé afin de réduire les interférences.

Plus de 9.000 personnes ont ainsi été expropriées dans ce cadre, avait indiqué l'agence officielle Chine nouvelle en juillet. Les habitants délogés "bénéficieront de meilleures conditions de vie", affirmait-elle, ajoutant: "Les villageois des zones voisines les jalousent, leur disant qu'ils peuvent +dire merci aux extraterrestres+."

Mais des habitants affirment avoir été victimes d'expropriations sans indemnisation, de démolitions forcées et de détentions illégales. Quelque 500 familles poursuivent en justice les autorités de Pingtang.

Lu Zhenglong, dont l'affaire a été entendue mardi, affirme que des fonctionnaires ont démoli sa maison sans avertissement et sans autorisation, en son absence.

"Que se serait-il passé si j'avais été à l'intérieur?", déclare-t-il à l'AFP. Selon lui, les autorités ont "acculé les gens. C'est véritablement effarant".

Un voisin, un autre M. Lu, renchérit: "Ils nous ont tous chassé vers une espèce de terrain vague, en nous ordonnant d'habiter là, sans moyen de maintenir nos conditions de vie. Pour 90% d'entre nous, la simple survie pose problème."

Leurs maisons ont désormais fait place à un parc touristique situé en bordure de la zone de "silence radio". A environ 140 $CAN, l'entrée, ce parc a coûté 1,5 milliard de yuans (environ 290 M$CAN), soit davantage que le télescope lui-même, selon le site internet des autorités locales.

Meng Xiujun, dont le cabinet d'avocats Elites basé à Canton (sud) gère la majorité des dossiers des habitants expropriés, affirme que des fonctionnaires ont tenté de l'intimider, lui demandant de "prendre en compte le contexte plus large de ce projet essentiel pour le pays".

"Mais ce n'est pas juste une question d'intérêt économique. Lorsque vous demandez à de simples citoyens de se mettre à genoux ou quand vous les frappez, cela devient une question de droits de l'homme et de problème d'Etat de droit en Chine", accuse-t-il.

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