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Situation «effrayante» à Alep-Est où les civils fuient l'assaut du régime syrien

29/11/2016 03:52 EST

L'ONU s'alarmait mardi de la situation "effrayante" à Alep-Est, où des milliers de civils fuient les combats et les bombardements au fur et à mesure de l'avancée des forces du régime syrien face à des rebelles aux abois.

Alors que le régime de Bachar al-Assad semble proche de sa plus grande victoire depuis le début du conflit en 2011, une réunion urgente du Conseil de sécurité de l'ONU réclamée par Paris devait se tenir mardi ou mercredi à New York, selon des diplomates.

L'armée syrienne et les milices qui la soutiennent se sont emparées de plus de 30% du territoire rebelle ces trois derniers jours dans la deuxième ville du pays, principal enjeu du conflit qui a fait plus de 300.000 morts en plus de cinq ans.

Cette avancée rapide a provoqué la fuite d'Alep-Est, aux mains des rebelles, de près de 20 000 personnes ces dernières 48 heures, a annoncé le Comité international de la Croix-Rouge (CICR), parlant d'"estimations".

Cet exode se poursuivait mardi, selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH), qui a fait état de combats dans plusieurs quartiers. Dix civils ont été tués par un bombardement dans l'un d'entre eux.

Selon l'ONU, 10 000 habitants ont rejoint Alep-Ouest, contrôlé par le régime, tandis que 4000 à 6000 ont trouvé refuge dans un quartier nord aux mains des forces kurdes.

Des milliers d'autres familles fuient vers les quartiers méridionaux d'Alep-Est toujours contrôlés par les rebelles. Mais ils sont parfois obligés de dormir dans la rue, affrontant le froid et la faim, a constaté un correspondant de l'AFP.

Descente aux enfers

La situation est "alarmante et effrayante", a résumé M. O'Brien. Car, en plus de "l'intensification des combats au sol et les bombardements aériens aveugles", plus aucun hôpital ne fonctionne et "les stocks alimentaires sont pratiquement épuisés".

"C'est une lente descente aux enfers", a renchéri Bettina Luescher, porte-parole du Programme alimentaire mondial (PAM).

Face à cette "catastrophe humanitaire", la France a demandé que le Conseil de sécurité se réunisse "immédiatement".

"Plus que jamais, il y a urgence à mettre en oeuvre une cessation des hostilités et à permettre un accès sans entrave de l'aide humanitaire", a estimé le ministre français des Affaires étrangères Jean-Marc Ayrault.

Avec l'appui de l'aviation russe, l'armée syrienne avait mené ces derniers mois offensive après offensive pour recapturer la partie Est de la métropole septentrionale. Mais c'est celle lancée le 15 novembre qui a brisé les défenses rebelles, incapables de résister à la puissance de feu déployée par Damas et ses alliés étrangers.

L'offensive du régime a provoqué la mort de plus de 250 civils en près de quinze jours à Alep-Est, selon l'OSDH. Les rebelles ont parallèlement tué au moins 40 civils en bombardant les zones gouvernementales d'Alep-Ouest.

À Alep-Est, "il n'y a ni nourriture, ni eau, ni abri, ni moyens de transport", a résumé Ibrahim Abou Laith, porte-parole des Casques blancs, le service de secouristes du secteur rebelle.

Les enfants exposés

Save the Children a dit craindre que l'assaut du régime ne divise des familles et laisse des milliers de personnes, dont des enfants, sans abri et exposés au danger.

"Avec autant de gens coincés dans un espace se réduisant toujours plus, les enfants ne peuvent être que des cibles pour les bombes", a déclaré sa directrice Sonia Khush.

Une chute totale d'Alep-Est infligerait aux groupes insurgés leur pire défaite depuis 2011 et permettrait au régime de se lancer dans la conquête d'autres villes qui lui échappent, comme Idleb (nord).

Le régime tente également de se débarrasser des rebelles autour de Damas. Au moins 1.200 personnes, des insurgés et leurs familles, ont été évacuées depuis lundi soir de l'un des derniers bastions des insurgés à l'ouest de la capitale, selon des ONG.

À l'instar d'autres opérations similaires, les personnes évacuées de Khan al-Chih ont été conduites dans une province aux mains des rebelles.

La guerre en Syrie est devenue de plus en plus complexe depuis 2011, avec l'intervention de multiples acteurs, comme les grandes puissances ou les groupes jihadistes, notamment l'Etat islamique (EI), sur un territoire totalement morcelé.

Alliée de l'opposition, la coalition internationale menée par Washington qui lutte contre l'EI a reconnu mardi avoir mené par erreur un bombardement sur des forces loyalistes en septembre dernier près de Deir Ezzor, une ville de l'Est divisée entre secteurs aux mains de l'EI et quartiers contrôlés par le régime.

La France et le Royaume-Uni ont par ailleurs annoncé qu'ils allaient soumettre bientôt à leurs partenaires du Conseil de sécurité de l'ONU un projet de résolution prévoyant des sanctions contre des responsables syriens coupables d'avoir utilisé des armes chimiques.

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