POLITIQUE

«Racisme systémique» à la SQ : Québec s'en remet à l'enquête fédérale

17/11/2016 12:13 EST | Actualisé 17/11/2016 12:13 EST

QUÉBEC – Le gouvernement Couillard s’en remet à Ottawa pour étudier la possible présence d’un racisme systémique au sein des policiers de la Sûreté du Québec envers les Autochtones.

Dans son rapport rendu public mercredi, l’observatrice indépendante chargée d’évaluer les enquêtes du SPVM sur les événements de Val-d’Or évoque la présence d’un racisme systémique au sein des forces de la SQ.

«Les événements de Val-d’Or et d’ailleurs mettent à l’avant-plan la question de pratiques policières discriminatoires et plus particulièrement celle de l’existence d’un racisme systémique au sein des forces de l’ordre à l’égard des Autochtones», écrit Me Fannie Lafontaine.

Jeudi, les ministres de la Sécurité publique et des Affaires autochtones ont tous deux refusé de reconnaître la présence d’un tel phénomène à la SQ.

«Je pense que c’est une question qui est très importante et qu’il faut l’évaluer», a tranché le ministre responsable des Affaires autochtones, Geoffrey Kelley.

Pour rétablir les liens entre les forces de l'ordre et les Autochtones, Québec réitère sa proposition faite l’an dernier de créer une table de concertation qui réunirait les communautés autochtones et les policiers.

Le gouvernement Couillard s’en remet également à l’Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées mise sur pied par Ottawa. «Je rappelle aussi que la commission d’enquête nationale qui a été mise sur pied par le gouvernement fédéral aura toute l’autorité, en vertu de nos propres lois, pour enquêter notamment sur les relations avec les corps policiers et qu’on a nommé, directement, la problématique de Val-d’Or», affirme le ministre de la Sécurité publique, Martin Coiteux.

Dans son rapport, Me Lafontaine souligne toutefois qu’une enquête publique provinciale peut être menée parallèlement à celle du gouvernement fédéral. C’est le cas en Ontario, où le gouvernement a déclenché une «enquête systémique de grande envergure sur les pratiques policières relatives à la population autochtone» concernant le Service de police de Thunder Bay, note l’observatrice indépendante. «Cet examen tiendra compte des résultats de l’Enquête nationale et fera part de ses observations à cette dernière», écrit-elle.

Malaise à Québec

Le PQ et la CAQ ont également exprimé un malaise avec le terme «racisme systémique» utilisé par Me Lafontaine. «C’est une affirmation qui est très lourde et qui est très chargée, a dit le leader parlementaire du PQ, Pascal Bérubé. C’est très très fort. Moi, j’aimerais l’entendre davantage sur cet élément-là. Je ne suis pas prêt à affirmer ça.»

Pour Pascal Bérubé, la présence d’un racisme systémique à la SQ n’a pas été démontrée. «Je n’ai pas d’indications qui me permettent de croire ça, personnellement», lance-t-il.

De son côté, le chef de la CAQ, François Legault, a admis ne pas avoir eu le temps de consulter le rapport jeudi matin. «Il faut que le gouvernement prenne des mesures pour lutter contre le racisme, contre ces formes d'agressions sexuelles, a-t-il déclaré. Maintenant, pour ce qui est exactement du rapport, je veux le lire avant de le commenter.»

En anglais, François Legault a toutefois rejeté le terme utilisé par l’observatrice indépendante. «Je n’aime pas le mot ‘‘systémique’’. Je ne crois pas qu’il y a une système, mais, bien sûr, il y a encore beaucoup à faire pour combattre le racisme.»

Seul Québec solidaire a reconnu d’emblée la présence d’un «racisme systémique». La formation politique applique d’ailleurs le concept à l’ensemble des minorités visibles au Québec. Le «racisme systémique, ça parle du racisme que crée le système», note Manon Massé.

«Ça demande du courage pour reconnaître qu'il y a du racisme systémique, ajoute-t-elle, et je pense que ça demande du courage politique qu'en plus de le reconnaître, d'agir pour faire en sorte qu'on détricote ce passé-là.»