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Forte demande pour des cours de langues autochtones à Montréal

16/11/2016 08:37 EST | Actualisé 16/11/2016 08:38 EST

Pour une deuxième année de suite, l'organisme Montréal autochtone offre des cours gratuits de langues autochtones dans la métropole. Mais l'organisme est victime de son succès : une centaine de personnes ont vu leur demande d'inscription rejetée, faute de places disponibles.

Un texte de Francis Labbé

« L'an dernier, nous avons donné des cours à 64 personnes », raconte Bérénice Mollen-Dupuis, chargée de projet en éducation, pour l'organisme Montréal autochtone. « Cette année, nous allons quadrupler notre nombre d'étudiants puisque nous allons atteindre 120 personnes cet automne et 120 personnes supplémentaires à la session d'hiver. »

« En septembre 2015, nous offrions un cours de mohawk, un cours de cri et un cours d'innu », ajoute Mme Mollen-Dupuis. « Cet automne, nous avons ajouté l'anishnabe, l'abénaquis et l'inuktitut pour les enfants. Nous privilégions les Autochtones pour nos classes, mais nous acceptons les non-Autochtones avec plaisir lorsqu'il y a des places disponibles. »

Préservation des langues

La principale raison pour laquelle Montréal autochtone a décidé d'offrir des cours de langues, c'est d'abord pour permettre aux Autochtones de conserver leurs acquis... quand ce n'est pas carrément pour apprendre leur langue maternelle. »

« Ici, à Montréal, il y a quelque chose comme 20 000 Autochtones, mais tous les Innus n'habitent pas dans Rosemont et tous les Mohawks ne vivent pas à Lachine » rajoute Mme Mollen-Dupuis.

« Il est difficile parfois de conserver sa langue hors des communautés. Nous avons même une jeune étudiante de 12 ans dont les deux parents sont Innus, mais elle, elle ne parle pas la langue. »

«En 2011, un Autochtone sur six au Canada était en mesure de soutenir une conversation dans une langue autochtone» ― Statistique Canada

Dans son rapport, publié en 2012, Statistique Canada écrit que « 213 490 personnes ont déclaré une langue maternelle autochtone dans le Recensement de la population de 2011. Les langues cries, l'inuktitut et l'ojibwé étaient les langues autochtones les plus fréquemment déclarées. Cependant, bien des langues autochtones ont été déclarées comme langue maternelle par moins de 500 personnes. »

Phénomène particulier, Montréal autochtone a décidé d'offrir un cours d'abénaquis, une langue parlée par seulement une vingtaine de personnes, selon le recensement de 2011.

De plus, le professeur qui enseigne l'abénaquis est un non-Autochtone. « Quand j'étais plus jeune, je me suis dit qu'il fallait que j'apprenne une langue autochtone. La seule langue qui m'était disponible dans un rayon assez près, c'était l'abénaquis à Odanak », explique l'enseignant Philippe Charland.

Aujourd'hui, Philippe Charland est le dernier enseignant de la langue abénaquise au Québec. « Je trouve ça triste d'être le dernier à l'enseigner, mais en même temps, je me réjouis que des étudiants s'inscrivent aux cours pour la préserver », a-t-il confié.

enseignant

La relève

Nahamé O'Bomsawin, une jeune femme aux origines abénaquises, mais vivant à Montréal, explique que c'est pour se rapprocher de ses racines qu'elle a décidé de s'inscrire à ce cours. « C'est vraiment pour faire un lien avec ma culture, mon héritage abénaquis. Je veux pouvoir faire quelques expressions avec ma famille et éventuellement, transmettre ce que je peux à la prochaine génération. »

Un autre étudiant du cours d'abénaquis, Xavier Watso, ne cache pas qu'il aimerait lui aussi enseigner la langue de ses grands-parents. « Je suis enseignant au secondaire... peut-être que dans un an ou deux, je pourrai prendre sa place. Je vais essayer de l'aider à remettre ça sur pied. »

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