POLITIQUE

Le projet résidentiel pour musulmans dénoncé de toutes parts à Québec (VIDÉO)

14/11/2016 11:59 EST

QUÉBEC – Dans une rare harmonie, le gouvernement Couillard et les trois partis d’opposition à Québec ont dénoncé lundi le projet de résidence pour musulmans en Montérégie.

Radio-Canada rapporte qu’un promoteur musulman, Nabil Warda, souhaite acquérir un terrain d’une centaine d’hectares sur la Rive-Sud de Montréal afin d’y construire des résidences pouvant accueillir 100 familles musulmanes. Toutefois, le promoteur précise que des familles non-musulmanes pourraient aussi s’y installer.

Lundi, le ministre des Affaires municipales, Martin Coiteux, s’est inquiété du projet. «Ça n’aurait pas de bon sens d’empêcher des gens d’acheter un logement dans un complexe en développement en fonction de la religion qu’ils ont, a-t-il déclaré dans les couloirs de l’Assemblée nationale. Alors, il faut que ce soit ouvert à tous. C’est comme ça qu’on fait du développement au Québec. Il faut ouvrir à tout le monde. On ne peut pas faire du développement qui serait juste pour certains groupes, à l’exclusion d’autres groupes.»

Quand un journaliste lui a demandé de préciser sa pensée, le ministre a tranché : «J’ai donné mon commentaire, vous comprendrez où je loge par rapport à une question comme celle-là».

La ministre de l’Immigration, Kathleen Weil, a fait écho aux propos de son collègue dans une déclaration acheminée par courriel : «Un projet qui dans sa conception même discrimine une partie de la population ne saurait être acceptable, affirme-t-elle. En ce sens, l'origine ethnique ou religieuse ne devrait pas être un critère de développement pour un projet domiciliaire.»

Ces déclarations étaient en porte-à-faux avec ceux du ministre de la Santé, Gaétan Barrette, également député de La Pinière, où les résidences pourraient voir le jour. «Moi, ce que je vois, ce sont des gens qui pensent faire un projet immobilier dans lequel on va offrir des habitations, des immeubles, avec cette orientation-là. À prime abord, je n'y vois aucun problème», a-t-il dit en entrevue à Radio-Canada lundi.

Selon le ministre, il n'y a aucune différence entre ce projet à l'étude et le quartier chinois de Montréal, qui est selon lui «bien intégré dans la communauté, dans le tissu social du Québec».

Front commun de l’opposition

De gauche à droite, les partis d’opposition ont dénoncé sans ambages le projet résidentiel. «Il ne peut pas y avoir de discrimination au logement sur la base d’une religion. C’est absolument inadmissible», a lancé la porte-parole péquiste en matière de laïcité, Agnès Maltais. La Charte des droits et libertés protège les citoyens contre une discrimination au logement basé, rappelle-t-elle.

Les résidents du complexe immobilier seraient «sélectionnés en fonction de la religion», fait-elle valoir.

De son côté, le député caquiste Éric Caire craint que cette initiative mène à la création de «zones franches où on va nier nos valeurs, où on va rejeter ce que la société québécoise offre dans son ensemble».

«C’est un ghetto, il n’y a pas d’autres définitions que celle-là», lance-t-il.

Quand on lui souligne que le promoteur est prêt à accepter les non-musulmans s’ils ont des «valeurs communes», Éric Caire réplique : «C’est au promoteur à partager nos valeurs. On est au Québec, ici, on va vivre comme des Québécois».

La porte-parole de Québec solidaire, elle, fait valoir l’importance de la mixité sociale. «Il faut donc convaincre nos concitoyens et concitoyennes que, dans l’optique de favoriser le vivre ensemble, les développeurs immobiliers ne peuvent concevoir des projets qui excluent sur une base culturelle ou religieuse, affirme Françoise David par voie de communiqué. La mixité permet de créer des ponts entre les communautés. Il faut rassembler plutôt que de diviser.»

«Pour ce qui est du besoin légitime pour les différentes communautés de partager leur réalité et de créer des réseaux de solidarité, d’autres moyens sont possibles comme la participation à des associations culturelles», ajoute-t-elle.

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