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Faut-il avoir peur des promesses de Donald Trump?

10/11/2016 07:40 EST | Actualisé 10/11/2016 07:45 EST

Construire un mur, déporter les immigrants, se retirer de l'ALENA... Lors de la campagne électorale, le président désigné des États-Unis a multiplié les promesses outrancières. Donald Trump pourra-t-il les tenir? Retour sur 5 engagements majeurs.

Un texte de Ximena Sampson

1. Construire un mur entre le Mexique et les États-Unis et le faire payer par les Mexicains

« Il n'aura pas le choix d'aller de l'avant avec ce qu'il a promis », croit Frédérick Gagnon, directeur de l'Observatoire sur les États-Unis à la Chaire Raoul-Dandurand de l'Université du Québec à Montréal (UQAM).

La ministre des Affaires étrangères du Mexique, Claudia Ruiz Massieu, a réitéré qu'il était hors de question que son pays finance la construction du mur, dont le coût est évalué par M. Trump à 8 milliards de dollars américains. Le budget requis pour ce projet devrait donc être approuvé par le Congrès américain. Et celui-ci, bien que dominé par les républicains, ne sera pas nécessairement d'accord avec M. Trump sur la question.

À défaut de construire une vraie muraille, M. Trump pourrait par contre viser un renforcement des mesures de sécurité à la frontière, notamment une augmentation du nombre d'agents frontaliers, de caméras et de senseurs.

2. Déporter les immigrants illégaux

C'est une promesse qui a un peu changé en cours de campagne. Si, au départ, M. Trump proposait de déporter les 11 millions de sans-papiers vivant aux États-Unis, il a par la suite plutôt mis l'accent sur ceux qui ont des antécédents criminels.

C'est une mesure qui nécessitera, encore une fois, des crédits substantiels. M. Trump devra donc, comme sur plusieurs autres sujets, faire des compromis, soutient Frédérick Gagnon.

«La dure réalité d'un président est qu'il n'est pas seul au sein du système.» - Frédérick Gagnon, directeur de l'Observatoire sur les États-Unis à la Chaire Raoul-Dandurand

Par contre, croit le chercheur, il pourrait agir par décret présidentiel. « Cela lui permettrait d'annoncer ses couleurs et d'inciter la bureaucratie à mettre en œuvre les politiques qu'il souhaite », affirme M. Gagnon.

« M. Trump n'est pas dogmatique, mais il est imprévisible » pense, pour sa part, Gilles Rivard, spécialiste des relations internationales et ancien représentant permanent adjoint du Canada à l'ONU, interrogé par Alain Gravel sur ICI Première dans la région de Montréal. « Il a tenu des propos durs pour être élu, mais éventuellement il va falloir qu'il recentre un peu son discours », selon M. Rivard.

3. Retirer les États-Unis du Partenariat transpacifique et renégocier l'ALENA

« Il ne faut pas grimper dans les rideaux », croit John Parisella, ancien délégué général du Québec à New York. « M. Trump ne va pas déchirer les accords de l'ALENA demain matin. » Il rappelle que le Canada est le principal partenaire commercial de 35 États américains et que 11 millions d'emplois aux États-Unis dépendent du commerce transfrontalier.

Même s'il le voulait, il faut se rappeler qu'il ne peut pas agir seul sur cette question, dit Frédérick Gagnon, puisqu'il s'agit d'un accord adopté par le Congrès. Sa position est d'ailleurs à l'opposé de celle de la plupart des élus républicains qui, pour la plupart, sont pour le libre-échange.

« Les élus républicains contrediraient M. Trump sur cette question et voteraient contre l'abrogation de l'ALENA, si le Congrès en venait à voter là-dessus », pense M. Gagnon.

John Parisella, lui aussi, n'est pas trop inquiet.

«Quand on regarde son passé, en affaires ou à la télévision, il a tendance à être cassant et agressif, mais c'est une façon d'aller chercher des concessions. Au bout de la ligne, c'est un négociateur.» - John Parisella, ancien délégué général du Québec à New York

4. Interdire aux musulmans l'entrée aux États-Unis

Sur ce sujet-là non plus, Donald Trump n'a pas nécessairement l'appui de son parti. « Plusieurs républicains ont dit que cette idée était intenable, déraisonnable dans une certaine mesure », soutient Frédérick Gagnon. Mais son discours sur la « forteresse Amérique » a remporté l'adhésion de l'électorat.

«Le problème pour les élus modérés, c'est que le grand vainqueur de l'élection d'hier soir est Donald Trump. Il pourra dire : " J'ai le mandat de gouverner comme je le proposais pendant la campagne."» - Frédérick Gagnon, directeur de l'Observatoire sur les États-Unis à la Chaire Raoul-Dandurand

Mais va-t-il vraiment le faire? Ça reste à voir.

Donald Trump est un climatosceptique convaincu. Et là-dessus, il a l'appui de son parti. Il a promis de sortir les États-Unis de l'Accord de Paris sur le climat, remettant ainsi en question les efforts internationaux pour réduire les émissions de gaz à effet de serre.

« C'est une idée qu'il pourra mettre de l'avant sans grande opposition au sein du parti », mentionne Frédérick Gagnon. Donald Trump a également promis de réinvestir dans la production de combustibles fossiles.

Gilles Rivard pense qu'il faut laisser le temps faire son œuvre. « Il ne faut pas verser tout de suite dans le scénario catastrophe. Ça va prendre de quatre à six mois pour avoir une meilleure idée d'où il veut aller. »

«Trump a tellement promis de choses que ça va être difficile pour lui de livrer cette marchandise.» - Gilles Rivard, ancien représentant permanent adjoint du Canada à l'ONU

Manifestations contre Donald Trump (9 novembre 2016)


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